Julie MORENO

 

Tous les chemins mènent à l’INSA

Du lycée jusqu’à aujourd’hui, où elle s’apprête à valider un Mastère spécialisé à l’INSA Toulouse, un an après y avoir achevé son cursus d’ingénieur, la trajectoire de Julie Moreno aura été « à choix multiples ». Plusieurs formations, aux modalités, approches et contenus différents mais complémentaires, ont en effet contribué à façonner son profil professionnel, profil qui, grâce à une dernière expérience internationale forte, sera à 360 °.

Matthieu Androdias

« J’aimais les sciences, mais pas les SVT », souligne Julie Moreno lorsqu’elle évoque ce qui l’a d’abord amenée à choisir un bac S, qu’elle obtiendra en 2019, et l’option sciences de l’ingénieur dans son lycée, à Agde, sa ville d’origine. Portée par cet objectif de devenir ingénieure, la jeune femme optera ensuite pour une prépa aux concours des grandes écoles, spécialité PTSI (physique, technologie et sciences de l’ingénieur), au lycée Mermoz à Montpellier. Un choix motivé par « l’atout que constitue l’encadrement » puisqu’il s’agissait d’intégrer une classe de seulement 25 élèves.

Néanmoins, les résultats ne seront pas ceux espérés, à cause du Covid qui va entraîner confinement et travail à distance, donc une rupture dans l’organisation et la routine de travail. À l’issue de la première année, alors que les enseignants lui conseillent plutôt de redoubler, au risque sinon de « galérer aux concours l’an prochain », elle fera un choix tout autre, celui d’intégrer un DUT, en génie civil car elle veut travailler dans la construction.

Je trouve incroyable de pouvoir construire des maisons dans lesquelles vont vivre des gens, des ouvrages qui ont un impact sur le quotidien.

« C’est une passion, depuis toute petite ! », s’enthousiasme la jeune femme en parlant de cette orientation. « Mon papy était maçon, je construisais des cabanes avec mon petit frère… j’ai baigné dans cet amour de la construction. Je trouve incroyable de pouvoir construire des maisons dans lesquelles vont vivre des gens, des ouvrages qui ont un impact sur le quotidien. Il n’y a pas, non plus, de meilleur sentiment que de passer à côté d’un chantier et de se dire qu’on y a contribué. Et on a quelque chose de concret à montrer ! Enfin, c’est un secteur porteur et qui ouvre la porte à 1 milliard de métiers : chef de chantier, réaliser des chiffrages, de l’inspection de points d’ouvrages, poursuivre par une thèse dans les matériaux… J’aurais pu choisir la voie de l’architecture, mais j’avais plus de prédispositions pour les calculs : le génie civil s’est imposé ! »

Le choix de l’INSA… depuis le lycée

Elle n’abandonne pas pour autant l’idée de devenir ingénieure. Et elle réussira effectivement à entrer, via un dispositif « passerelle », à l’INSA Toulouse directement en 3e année. Un choix ancien aussi, puisque Julie avait déjà postulé pour intégrer l’INSA Toulouse en post bac, puis en post prépa. « J’aimais le fait que ce soit un groupe, donc représenté par plusieurs écoles partout en France : le cursus est ainsi connu partout », justifie la jeune femme. « Je savais aussi que j’y aurais des cours de qualité, grâce à des retours que j’avais eus d’ingénieurs passés par cette formation et d’enseignants au lycée. Et je confirme que nous sommes vraiment bien formés pour intégrer le monde professionnel ! »

Après un DUT très technique, suivi après une prépa très théorique, j’avais envie de rentrer dans le monde professionnel 

À ce moment-là, elle troquera son statut d’étudiante en formation initiale pour un statut d’apprenti. « Après un DUT très technique, survenu après une prépa très théorique, j’avais envie de rentrer dans le monde professionnel », explique la diplômée qui trouvera ensuite son entreprise d’accueil grâce au forum entreprises organisé par l’INSA. Elle y « matche » avec GA Smart Building, un promoteur constructeur bas carbone qui développe des projets de bâtiments intelligents et durables. Parce que cette entreprise lui propose un parcours progressif sur trois ans : d’abord réaliser une première année en tant que projeteuse structure, personne qui dessine des plans d’éléments structurel en béton en s’appuyant sur des notes de calcul, puis une deuxième année affectée à des calculs structures, et une troisième année en étude de prix, pour faire du chiffrage de projet de rénovation de bâtiment.

Fière d’appartenir à « une famille d’alternants »

Cette alternance sera enrichissante autant d’un point de vue professionnel que du point de vue de la formation. « Les ‘initiaux’ sont très bons en théorie, soit ils vont deviner la solution, soit ne pas la voir. Les apprentis, de leur côté, doivent la trouver bien souvent par d’autres chemins, sur le terrain », observe l’ingénieure. « Et surtout, ils apprennent à ne pas se laisser abattre : ils doivent trouver la solution ! » 

L’expérience se révélera également remarquable d’un point de vue personnel. « Nous sommes 25 dans une promo contre 80 chez les initiaux. Les deux premières années, lorsque nous sommes sur le campus, nous nous voyons tous les jours de 8h à 18h, et les têtes qu’on voit en entrant en formation sont les mêmes que celles que l’on voit en sortant, cela crée forcément des liens très forts ! Nous formons une vraie famille d’alternants. Nous restons d’ailleurs en contact et nous entraidons régulièrement. » 

Demain, un VIE aux États-Unis

Cette expérience sera enrichie par d’autres opportunités offertes par l’INSA. Outre suivre une petite formation sur le management de la mixité financée par le Centre Gaston Berger, Julie bouclera ses études sur le campus, dans la foulée de l’obtention de son diplôme d’ingénieur, par un Mastère Spécialisé® Ingénieur d’Affaires Industrielles pour l’International (MSIAI). Mastère qu’elle a suivi également en alternance chez GA Smart Building. « Une boîte à outils complémentaire incroyable ! », se réjouit la jeune femme. « Parce qu’on apprend à négocier en anglais, échanger, vendre un produit, ce pour quoi nous ne sommes pas formés en école d’ingénieur. Or, si on conçoit un super produit mais qu’on ne sait pas le vendre, ce n’est pas très utile ! »

Aujourd’hui, la jeune femme souhaite encore s’accomplir au travers d’un autre projet « formateur », avant de se poser plus longuement sur un poste professionnel : elle rejoindra dès le mois d’octobre le groupe Demathieu Bard (BTP), à Alexandria dans l’état de Virginie, afin d’y effectuer un VIE (Volontariat international en entreprise). Objectif ? « Devenir bilingue français-anglais et me confronter à d’autres cultures », explique l’ingénieure. Un choix qui s’inscrit dans la lignée de tous les précédents qui lui ont permis « d’apprendre des choses très différentes » : la théorie et le goût de l’effort en prépa, puis la technique à l’IUT, avant de goûter à un bon « entre-deux » à l’INSA… 

Et ce parcours lui donne tellement de satisfaction qu’elle a décidé de le partager, notamment en direction des filles : au forum des métiers, à l’occasion des Journées Portes Ouvertes, lors des Journées Sciences sans genre organisées par le Centre Gaston Berger, sur des salons étudiants comme Infosup à Toulouse… Un travail qui a son importance puisque, comme elle aime le rappeler, elle n’a pas croisé beaucoup de filles depuis le secondaire : elles étaient 4 sur 25 élèves en option Sciences de l’ingénieur au lycée, 5 sur 45 en prépa, 30 sur 110 en DUT Génie civil et 10 sur 25 dans sa promo INSA… « J’ai envie de partager à deux titres », souligne encore la jeune femme. « 1/ Pour dire aux jeunes ‘pas de panique si vous ne rentrez pas en école d’ingénieur post bac, regardez mon parcours’. 2/ Comme l’actuelle directrice, Alexandra Bertron, nous sommes des filles dans le Génie civil et nous nous portons très bien ! »

Rédaction : Camille Pons, journaliste

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