L’expertise de la recherche INSA valorisée par l’Institut universitaire de France (IUF)
Le 6 juin, l’IUF a dévoilé la liste de 200 enseignants-chercheurs nommés membres de l’Institut. Parmi eux, 4 personnels INSA : Robin Bouclier et Xavier Marie (INSA Toulouse) ; Carole Frindel (INSA Lyon) ; Gildas Avoine (INSA Rennes). Ces chaires permettent à leur détentrice et détenteur de bénéficier d’un financement sur cinq années ainsi que d’une décharge des deux tiers de leur service d’enseignement pour poursuivre leurs recherches.
Xavier Marie, lauréat au titre de la chaire fondamentale (membre Senior)

Xavier Marie est physicien de la matière condensée. Il est professeur au département de Génie Physique de l’INSA et chercheur au Laboratoire de Physique et Chimie des Nano-Objets (LPCNO, UMR 5215), laboratoire qu’il a mis en place à partir de 2002 et dirigé jusqu’en 2010. Il a intégré l’Institut Universitaire de France (IUF) en 2005 en tant que membre Junior puis en 2015 en tant que membre Senior.
De 2011 à 2018, il a dirigé le Laboratoire d’excellence « Labex NEXT » (Nano, Mesures EXtrêmes et Théorie) qui regroupe plus de 400 personnes de 6 laboratoires toulousains (www.next-toulouse.fr/). Depuis 2019, Il est responsable de l’École Universitaire de Recherche NanoX (Nanoscale Science & Engineering) adossée à ce Labex. Depuis 2021, il co-dirige également l’Institut Quantique Occitan (IQO, https://iqoc.fr) qui regroupe les industriels et académiques de Toulouse et Montpellier dans le domaine des technologies quantiques ; l’IQO est notamment financé par un défi clé de la Région Occitanie.
Son projet de recherche pour la Chaire Fondamentale Senior de l’IUF qu’il vient d’obtenir porte sur le contrôle des propriétés optiques et magnétiques de nouveaux matériaux bidimensionnels. Des couches atomiquement minces aux propriétés différentes peuvent aujourd’hui être assemblées en empilements verticaux appelés hétérostructures de van der Waals (« LEGO atomiques »). Cette ingénierie, à l’échelle de la monocouche atomique, permet la conception de matériaux artificiels aux propriétés inédites avec des applications potentielles dans des domaines aussi variés que l’optoélectronique, la spintronique ou les technologies quantiques.
Robin Bouclier, lauréat au titre de la chaire fondamentale (membres Junior)
À l’interface entre la mécanique et les mathématiques appliquées, R. Bouclier développe des méthodes numériques, principalement isogéométriques, pour la mécanique des solides. Il a débuté ses activités de recherche sur l’Analyse IsoGéométrique (IGA) pour la simulation numérique de structures minces lors de sa thèse à Lyon (2011-2014). Il a ensuite apporté cette approche à Toulouse, d’abord au cours d’un post-doctorat (2014-2015) puis en tant que MCF, dans un cadre de calcul-haute haute-performance (décomposition de domaine multi-échelle) et pour résoudre des problèmes inverses (optimisation de forme de structures & corrélation d’images). À présent professeur des universités à l‘INSA Toulouse, entre l’Institut Clément Ader et l’Institut de Mathématiques de Toulouse, il approfondit ces méthodes en allant jusqu’à l’assimilation données (identification de paramètres physiques), et en développant pour cela des approches hybrides modèles physiques/réseaux de neurones.
R. Bouclier a co-signé une quarantaine d’articles et écrit une série de 2 livres sur l’IGA. Bénéficiant d’une notoriété croissante en IGA et d’un positionnement original mécanique/mathématiques appliquées, il a pris de nombreuses responsabilités tant au niveau local, national qu’international telles que : co-président de la conférence internationale sur l’IGA en 2021 et 2023, coédition de la newsletter 2020 de l’association européenne ECCOMAS, membre du premier conseil d’administration du CSMA Junior et du groupe fondateur de l’association française PhotoMechanics. Il a aussi obtenu plusieurs financements : en particulier, il coordonne actuellement un projet ANR (Agence Nationale de la Recherche) et est « co-chair » d’un projet ANITI (Intelligence Artificielle Toulouse) impliquant des consortiums multidisciplinaires, internationaux et des industriels.
Le projet IUF de R. Bouclier vise à apprendre le procédé de fabrication additive permettant de produire les structures lattices, qui sont devenues aujourd’hui très prometteuses dans la quête d’allègement des structures et ainsi réduire l’impact environnemental des mobilités (notamment dans l’aérospatial). L’approche générale est de tirer parti des données massives désormais accessibles grâce à l’imagerie, et de développer des méthodes numériques innovantes liant mécanique, mathématiques appliquées, et informatique. Plus précisément, la stratégie consiste à construire des jumeaux numériques mécaniques des lattices fabriquées, et de les utiliser comme données de sortie pour apprendre, via des réseaux de neurones, le procédé de fabrication additive.
Lire + : https://www.iufrance.fr/
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J'ai toujours été passionné par les avions.
Après une rentrée en classe préparatoire, il réalise rapidement que ce modèle ne lui correspond pas pleinement. Il trouve alors à l'INSA un équilibre entre exigence académique et ouverture à d'autres centres d'intérêt.
J'aimais aussi lire, sortir, avoir une vie en dehors des études.
Le choix du génie électrique s'impose ensuite naturellement. Pour celui qui rêve d'aéronautique, cette spécialité représente alors « le centre nerveux des avions ».
De la technologie au collectif
Diplômé, après des stages à Motorola, Jean-Marie Garigue rejoint Alcatel, où il travaille sur des systèmes de traitement du signal et de l'image pour satellites. Guidé par son goût pour les technologies, il poursuit ensuite son parcours chez Alcatel puis Thales, dans des domaines aussi variés que les radars, la cybersécurité, la navigation, l'observation optique ou les télécommunications spatiales.
Au fil des années, se renforce cette idée que la performance technique seule ne suffit pas.
La performance technique a besoin de la performance collective pour conserver une longueur d'avance.
Cette conviction l'amène vers le management de projets puis vers des fonctions de direction. Dans une famille d'enseignants où l'accomplissement collectif comptait davantage que les titres, il voit dans ces responsabilités une occasion d'agir sur la transformation des organisations, leur compétitivité et leur avenir.
Ces responsabilités nourrissent également chez lui un véritable sens entrepreneurial. Au fil de sa carrière, il a vu des entreprises prospérer, se transformer ou parfois disparaître faute d'avoir su anticiper les évolutions de leur marché. Pour lui, l'ingénieur a donc aussi un rôle à jouer dans la capacité des organisations à innover, à se réinventer et à préparer l'avenir.
Après plus de vingt ans chez Thales Alésia Space, il choisit de découvrir un nouvel univers en rejoignant la division avionique de Thales, en tant que responsable de l’ingénierie des équipements, avant d'intégrer Airbus en 2020. Une étape importante pour celui qui se dit particulièrement attaché à la dimension européenne du groupe et à son ancrage territorial.
Diversité, ouverture et sens pratique
Malgré un parcours qui l'a conduit vers de hautes responsabilités industrielles, Jean-Marie Garigue reste profondément attaché au modèle de formation de l'INSA. Il en retient d'abord la diversité. « J'ai eu beaucoup de plaisir à découvrir l'international, à côtoyer des étudiants tunisiens, norvégiens et bien d'autres. Cela ouvre les horizons. »
Cette expérience lui paraît aujourd'hui essentielle dans des entreprises mondiales comme Airbus, où la diversité des parcours nourrit la qualité des décisions.
Il souligne également la force du modèle des sciences appliquées. Les travaux pratiques, les projets et le contact avec le terrain développent un sens concret de la résolution de problèmes qu'il continue de valoriser chez les jeunes ingénieurs.
Mais, à ses yeux, l'INSA forme surtout des ingénieurs capables d'aller au-delà de la technique.
Comprendre le monde pour agir
Jean-Marie Garigue insiste sur l'importance des humanités dans la formation. Elles développent la capacité à analyser, argumenter et dialoguer avec des acteurs très différents. « Les ingénieurs doivent être capables de s'intégrer dans leur environnement et de comprendre le monde dans lequel ils agissent. »
Lecteur d'histoire des sciences et de conquête spatiale, il considère qu'aucune innovation ne peut être pensée indépendamment de son contexte économique, social, environnemental ou géopolitique. Cette compréhension des écosystèmes est devenue selon lui une compétence essentielle. Les entreprises, les technologies et les territoires n'évoluent jamais isolément ; leur performance dépend de leur capacité à interagir avec leur environnement et à aller chercher de l'intelligence à l'extérieur.
Très attaché à sa région d'origine, le Lot, il y voit également une manière de rester connecté aux réalités humaines qui doivent entourer l'innovation.
À cela s'ajoutent d'autres marqueurs du modèle INSA auxquels il reste très attaché : les activités associatives et la pratique sportive obligatoire. « Le sport, la culture, les passions personnelles participent aussi à la formation de l'ingénieur et du développement de sa curiosité. Les entreprises ont besoin de profils ouverts sur le monde, pas seulement de spécialistes enfermés dans leur domaine. »
Former les ingénieurs de demain
Face aux défis contemporains, Jean-Marie Garigue estime que le rôle de l'ingénieur est particulièrement stratégique. Transition climatique, intelligence artificielle, souveraineté technologique ou tensions géopolitiques imposent une approche toujours plus globale des problèmes.
Les compétences scientifiques demeurent fondamentales, mais elles doivent désormais s'accompagner d'autres qualités : apprendre en permanence, exercer son esprit critique, comprendre des écosystèmes complexes et fédérer des équipes.
« Le rôle de l'ingénieur se déplace progressivement de la technique pure vers la capacité à agréger des savoirs, interagir avec différents acteurs et construire une vision. »
Des premiers satellites aux systèmes spatiaux d'Airbus, son parcours illustre une conviction forgée au fil des années : les ingénieurs de demain devront maîtriser les technologies autant que les écosystèmes dans lesquels ils évoluent.
Dans un souci d'alléger le texte et sans aucune discrimination de genre, l'emploi du genre masculin est utilisé à titre épicène.










