[L’Actu – Février 2025]
À la conquête de l’espace
C’est innovant tout en répondant à la fois à des attentes du monde industriel mais aussi des étudiants : l’INSA Toulouse propose désormais à ses étudiants de suivre un parcours spatial. Ouvert à une trentaine d’étudiants chaque année, il vise à donner une « coloration spatiale » aux futurs ingénieurs, en les immergeant dans des enseignements, projets, stages en lien avec ce domaine.
Le parcours de formation, optionnel et à suivre sur les 5 ans du cursus d’ingénieur, faisait partie d’un projet global qui a été retenu en juillet 2024 dans le cadre de l’appel à manifestation d’intérêt Compétences et métiers d’avenir COMETES (Compétences et métiers pour l’espace). L’ambition du projet COMETES ? Développer les formations pour préparer aux nouveaux métiers du spatial liés au New Space (terme qui désigne un mouvement lié à l’émergence d’une industrie spatiale). Ce programme est soutenu par le partenaire industriel SII, déjà associé à l’INSA Toulouse via une chaire industrielle, et le Centre spatial universitaire de Toulouse.
Bâtir un parcours ici semblait plutôt légitime alors que Toulouse est le berceau du spatial en France depuis les années 60, grâce à la présence du CNES (Centre national d’études spatiales), d’Airbus et de Thales Alenias Space. « Il y avait une forte demande des industriels pour recruter des ingénieurs et des techniciens dans les filières du spatial », confirme Hélène Carrère, enseignante-chercheuse en génie physique et responsable de l’animation de la chaire industrielle SII. Mais cela n’a pas été la seule motivation, précise-t-elle encore. En parallèle, en effet, « il y avait également une demande croissante des étudiants ». Une appétence qui s’est traduite en 2017 par la création d’une association, l’ASTRE (Association spatiale toulousaine de recherche étudiante), avec des étudiants de l’université de Toulouse (ex université Toulouse 3 – Paul Sabatier), de l’ENSEEIHT (École nationale supérieure d’électrotechnique, d’électronique, d’informatique, d’hydraulique et des télécommunications) et de l’ENAC (École nationale de l’aviation civile). Sa vocation, proposer aux étudiants d’apprendre autour de l’ingénierie spatiale grâce à des projets techniques et concrets : projets de ballon sonde, de fusées expérimentales, de CubeSat, un nanosatellite cubique, développé conjointement avec le Club CubeSat de l’ISAE-Supaero (Institut supérieur de l’aéronautique et de l’espace). Et, au-delà d’un engouement au travers d’une activité associative, beaucoup d’ingénieurs, une fois leur diplôme en poche, investissaient déjà ce secteur, sauf que c’était avec « un profil plutôt généraliste », observe la professeure des universités. « L’idée, c’était de donner un peu de visibilité à nos formations dans ce secteur, en leur donnant cette coloration spatiale et de pouvoir ainsi faire passer le message suivant : ‘on peut travailler dans le spatial en passant par l’INSA Toulouse’ ! »
Des modules, des projets et des stages de la 1re à la dernière année
Sur 5 ans, ce nouveau parcours doit permettre aux étudiants des départements Génie électrique et informatique (GEI), Génie physique (GP) et Génie mécanique (GM) de découvrir les métiers du spatial grâce à des modules spécifiques, des projets et des stages. Plus précisément, le programme comprend :
- En 1re année, un projet de recherche bibliographique sur un sujet proposé par l’établissement : par exemple, l’effet des radiations sur les composants des satellites, les contrôles d’altitude des satellites, l’impression 3D pour les applications spatiales, que fait-on des déchets en orbite ?
- En 2e année, les étudiants doivent choisir un module électif qui s’applique à ce domaine. Cette année, 2 sont proposés, « Satellite, trajectoire et missions spatiales » et « Calcul & communication quantique ».
- En 3e année, ils devront opter pour l’un des modules proposés dans certaines spécialités (automatique, électronique ; génie physique…), modules qui comprendront des applications en TP.
- En 4e année, les étudiants réaliseront un projet, pluridisciplinaire en physique (par exemple, développer un banc d’essai), et d’initiation à la recherche dans les autres départements.
- Enfin, le parcours se clôturera avec un stage de 3 à 4 mois, réalisable en 4e ou en 5e année.
À ce programme, devra s’ajouter durant le cursus un engagement associatif. Il pourra être ponctuel, en intervenant, par exemple, dans des collèges et lycées pour promouvoir les filières scientifiques et les métiers de l’espace auprès du jeune public. Il pourra être également réalisé sous statut d’Étudiant associatif, ce qui pourra se traduire, par exemple, par un semestre de tutorat sur un sujet spatial de vulgarisation scientifique.
À l’issue du parcours, les étudiants recevront une attestation, qui pourrait prendre la forme, à terme, d’un supplément au diplôme. De quoi se réjouir comme le fait Andrea Balocchi, directeur du département génie physique engagé dans le projet, car ces derniers pourront ainsi « rajouter une ligne claire sur leur CV qui pourra faire la différence ! ».
En savoir plus : parcours-spatial@insa-toulouse.fr
COMETES, un projet plus large
Le parcours spatial n’est qu’une des composantes du projet retenu dans le cadre de l’AMI CMA, qui implique au total 26 partenaires présents dans 5 régions. Le projet a en effet aussi été financé pour des équipements qui seront dédiés à des manipulations pouvant servir ce domaine (dans les télécommunications, par exemple), ou encore pour l’organisation d’événements de découverte du Newspace. Il pourra s’agir de conférences, tables rondes, visites d’entreprises pour les étudiants, de l’intégration d’un volet de promotion des métiers et formations du spatial durant l’événement annuel « Filles, osez les sciences », avec notamment des témoignages de professionnels de l’espace, du CNES, d’Airbus Defense and Space, de Thales Alenia Space… D’un montant total de 45 millions d’euros, le projet COMETES est soutenu dans le cadre de France 2030 par une dotation de 20 millions d’euros pour une durée de 5 ans.
Rédaction : Camille Pons, journaliste
INSA Toulouse
135 avenue de Rangueil
31077 Toulouse cedex 4
Tél : 05 61 55 95 13
Fax : 05 61 55 95 00
J'ai toujours été passionné par les avions.
Après une rentrée en classe préparatoire, il réalise rapidement que ce modèle ne lui correspond pas pleinement. Il trouve alors à l'INSA un équilibre entre exigence académique et ouverture à d'autres centres d'intérêt.
J'aimais aussi lire, sortir, avoir une vie en dehors des études.
Le choix du génie électrique s'impose ensuite naturellement. Pour celui qui rêve d'aéronautique, cette spécialité représente alors « le centre nerveux des avions ».
De la technologie au collectif
Diplômé, après des stages à Motorola, Jean-Marie Garigue rejoint Alcatel, où il travaille sur des systèmes de traitement du signal et de l'image pour satellites. Guidé par son goût pour les technologies, il poursuit ensuite son parcours chez Alcatel puis Thales, dans des domaines aussi variés que les radars, la cybersécurité, la navigation, l'observation optique ou les télécommunications spatiales.
Au fil des années, se renforce cette idée que la performance technique seule ne suffit pas.
La performance technique a besoin de la performance collective pour conserver une longueur d'avance.
Cette conviction l'amène vers le management de projets puis vers des fonctions de direction. Dans une famille d'enseignants où l'accomplissement collectif comptait davantage que les titres, il voit dans ces responsabilités une occasion d'agir sur la transformation des organisations, leur compétitivité et leur avenir.
Ces responsabilités nourrissent également chez lui un véritable sens entrepreneurial. Au fil de sa carrière, il a vu des entreprises prospérer, se transformer ou parfois disparaître faute d'avoir su anticiper les évolutions de leur marché. Pour lui, l'ingénieur a donc aussi un rôle à jouer dans la capacité des organisations à innover, à se réinventer et à préparer l'avenir.
Après plus de vingt ans chez Thales Alésia Space, il choisit de découvrir un nouvel univers en rejoignant la division avionique de Thales, en tant que responsable de l’ingénierie des équipements, avant d'intégrer Airbus en 2020. Une étape importante pour celui qui se dit particulièrement attaché à la dimension européenne du groupe et à son ancrage territorial.
Diversité, ouverture et sens pratique
Malgré un parcours qui l'a conduit vers de hautes responsabilités industrielles, Jean-Marie Garigue reste profondément attaché au modèle de formation de l'INSA. Il en retient d'abord la diversité. « J'ai eu beaucoup de plaisir à découvrir l'international, à côtoyer des étudiants tunisiens, norvégiens et bien d'autres. Cela ouvre les horizons. »
Cette expérience lui paraît aujourd'hui essentielle dans des entreprises mondiales comme Airbus, où la diversité des parcours nourrit la qualité des décisions.
Il souligne également la force du modèle des sciences appliquées. Les travaux pratiques, les projets et le contact avec le terrain développent un sens concret de la résolution de problèmes qu'il continue de valoriser chez les jeunes ingénieurs.
Mais, à ses yeux, l'INSA forme surtout des ingénieurs capables d'aller au-delà de la technique.
Comprendre le monde pour agir
Jean-Marie Garigue insiste sur l'importance des humanités dans la formation. Elles développent la capacité à analyser, argumenter et dialoguer avec des acteurs très différents. « Les ingénieurs doivent être capables de s'intégrer dans leur environnement et de comprendre le monde dans lequel ils agissent. »
Lecteur d'histoire des sciences et de conquête spatiale, il considère qu'aucune innovation ne peut être pensée indépendamment de son contexte économique, social, environnemental ou géopolitique. Cette compréhension des écosystèmes est devenue selon lui une compétence essentielle. Les entreprises, les technologies et les territoires n'évoluent jamais isolément ; leur performance dépend de leur capacité à interagir avec leur environnement et à aller chercher de l'intelligence à l'extérieur.
Très attaché à sa région d'origine, le Lot, il y voit également une manière de rester connecté aux réalités humaines qui doivent entourer l'innovation.
À cela s'ajoutent d'autres marqueurs du modèle INSA auxquels il reste très attaché : les activités associatives et la pratique sportive obligatoire. « Le sport, la culture, les passions personnelles participent aussi à la formation de l'ingénieur et du développement de sa curiosité. Les entreprises ont besoin de profils ouverts sur le monde, pas seulement de spécialistes enfermés dans leur domaine. »
Former les ingénieurs de demain
Face aux défis contemporains, Jean-Marie Garigue estime que le rôle de l'ingénieur est particulièrement stratégique. Transition climatique, intelligence artificielle, souveraineté technologique ou tensions géopolitiques imposent une approche toujours plus globale des problèmes.
Les compétences scientifiques demeurent fondamentales, mais elles doivent désormais s'accompagner d'autres qualités : apprendre en permanence, exercer son esprit critique, comprendre des écosystèmes complexes et fédérer des équipes.
« Le rôle de l'ingénieur se déplace progressivement de la technique pure vers la capacité à agréger des savoirs, interagir avec différents acteurs et construire une vision. »
Des premiers satellites aux systèmes spatiaux d'Airbus, son parcours illustre une conviction forgée au fil des années : les ingénieurs de demain devront maîtriser les technologies autant que les écosystèmes dans lesquels ils évoluent.
Dans un souci d'alléger le texte et sans aucune discrimination de genre, l'emploi du genre masculin est utilisé à titre épicène.










