[L’Actu – Juillet 2026]
L’INSA ouvre la science à la société
84 % des publications scientifiques en accès ouvert en 2024, dont 100 % des thèses, contre un taux s’élevant à 64,7 % au niveau national la même année : c’est l’un des résultats assez exceptionnels auxquels la politique « Science ouverte » menée à l’INSA Toulouse a pu mener. L’établissement a aussi commencé à ouvrir l’accès aux données, algorithmes et codes sources, a développé des actions de médiation et de co-recherche avec des partenaires de la société civile, tout en accompagnant ses personnels et étudiants dans ces démarches. L’établissement peaufine sa 2e feuille de route pour aller plus loin.
Quand on interroge Nicolas Dietrich, l’une des initiateurs de cette politique, il se souvient d’abord de ce qui l’avait motivé, lui, en tant qu’enseignant-chercheur, à rejoindre à l’époque ce « petit groupe d’illuminés », comme il se plaît à le qualifier. « À cette époque, je m’étais déjà beaucoup questionné sur le sens de ma mission », raconte le chercheur. « Selon moi, tout ce que produisaient les enseignants-chercheurs publics devait être accessible à la société, sans barrières, ni contraintes. Or, nous étions dans un système aberrant, car nous étions payés par de l’argent public, mais nos publications alimentaient un système privé ! J’avais donc regroupé toutes mes publications produites au cours des 15 dernières années et les avais mises à disposition. C’est ce principe qui m’a poussé à m’investir dans le projet ‘Science ouverte’ qui allait être porté, entre autres, par l’ancien directeur de la recherche, Christophe Chassot, et la directrice de la bibliothèque, Lætitia Guillard. »
Quand le groupe s’est formé, Laëtitia Guillard s’était également déjà lancée dans une démarche d’ouverture pour le secteur qu’elle gérait, notamment poussée par un argument budgétaire. « Lorsque les éditeurs scientifiques ont effectué leur transition vers l’édition électronique, au début des années 2000, les modèles économiques se sont avérés particulièrement défavorables pour les bibliothèques universitaires car ils s’accompagnaient d’une augmentation considérable des prix des abonnements. Nous nous sommes dit qu’il fallait alors que l’on œuvre pour l’ouverture de la science ! », se souvient en effet la directrice de la bibliothèque de l’INSA, BIB’INSA.
Le mouvement était assez précurseur car, à ce moment-là, même la loi pour une République numérique de 2016, qui autorisait les chercheurs à diffuser en accès ouvert leurs publications financées à 50 % par des fonds publics après 6 mois, n’avait pas encore eu l’impact attendu. Quant aux premier et second plans nationaux pour la science ouverte du ministère de 2018 et 2021, ils commençaient à peine à susciter de l’intérêt. L’INSA Toulouse allait, de son côté, au-delà des actions individuelles, adopter une première feuille de route pour l’ensemble de l’établissement dès 2022.
Dynamiser le dépôt des publications scientifiques sur HAL
Cette feuille de route s’appuyait sur 7 piliers et déclinait 40 actions à mener. Première d’entre elles, faire progresser significativement les taux d’accès des publications scientifiques de l’INSA Toulouse. La bibliothèque avait déjà ouvert, dès 2012, une archive ouverte institutionnelle des thèses, puis, en 2016, un portail HAL INSA Toulouse dans l’archive nationale HAL pour permettre le dépôt des publications scientifiques autres que les thèses. Et elle avait obtenu du Conseil scientifique (CS) un financement pour animer ces sites et pour communiquer sur la procédure de dépôt auprès des chercheurs : résultat, les taux d’accès des publications scientifiques de l’INSA Toulouse sont passés de 53 % en 2018 à 84 % en 2024, dont 100 % pour les thèses.
L’établissement a commencé également, à partir de 2023, à encadrer l’ouverture, par ses chercheurs, de leurs données, codes, logiciels. Une cellule a été constituée pour les accompagner et a mis au point un outil d’aide pour rédiger « pas à pas » les DMP (Data Management Plan), une étape devenue obligatoire par les financeurs des projets de recherche qui doit être « versé » sur l’entrepôt « Recherche Data Gouv » dédié à l’archivage de ces données. Dans le même temps, la cellule a ouvert une interface INSA Toulouse dans l’entrepôt national Recherche data Gouv pour archiver et rendre accessible les données.
À ce jour, 7 jeux de données de l’INSA et une cinquantaine de fichiers sont disponibles. La cellule propose aussi des formations et des webinaires pour sensibiliser les auteurs à s’investir dans la démarche.
Financement de projets de médiation scientifique et de co-recherche avec la société
Nicolas Dietrich a, de son côté, animé le volet consacré aux actions de sciences participatives, avec et pour la société. Pour ce volet, avait été acté un budget de 15 000 euros par le CS pour alimenter deux appels à projets internes : le premier venait soutenir le développement d’actions de médiation scientifique à destination d’établissements d’enseignement, du grand public ou bien à travers le développement de jeux sérieux. Le second permettait de financer des projets de co-recherche avec des partenaires extra-académiques (associations, collectivités, collectifs de citoyens, groupes professionnels, scolaires…). Au-delà de permettre de soutenir des initiatives en ce sens, ces appels à projets ont une autre vertu, celle de faire « effet de levier », observe Nicolas Dietrich, « puisque, ensuite, certains ont pu être retenus dans le cadre d’autres appels à projets de plus grande envergure ». Plusieurs de ces projets poursuivent leur développement et certains ont été retenus lors des récents appels à projets TIRIS « co-recherches avec et pour la société ».
Sur ce volet, il a été aussi jugé pertinent de former les étudiants « aux postures de la médiation et de l’intermédiation avec l’ensemble des représentants de la société ». Un petit groupe a ainsi travaillé, dans le cadre d’un module d’ouverture, sur des projets avec un club de canoë-kayak qui s’interrogeait sur son empreinte carbone et avec une association de couture sur la problématique du recyclage de ses produits. L’équipe espère d’ici 2027 ouvrir ce module à l’interdisciplinarité, en donnant la possibilité à tous les étudiants du site toulousain d’y accéder et a candidaté, pour ce faire, sur l’appel à projets TIRIS « Module Interdisciplinaire ».
Il s’agit d’ouvrir la science et, au-delà, le patrimoine scientifique.
La nouvelle feuille de route de cette politique, qui encadrera la période 2027-2031, identifie d’autres axes d’amélioration au-delà de l’extension de ce module. D’abord booster davantage le taux d’ouverture des publications, afin d’atteindre les 100 % de dépôts en 2030. Il s’agira également de renforcer le travail de sensibilisation pour que les chercheurs ne se contentent pas de signaler leurs publications mais les proposent en texte complet. Autre grande action programmée, centraliser thèses et publications sur un nouvel outil dès octobre 2026, et créer une vraie « bibliothèque numérique dans laquelle on retrouvera aussi la présentation de tous les instruments scientifiques conservés au sein de l’établissement. Il s’agit d’ouvrir la science et, au-delà, le patrimoine scientifique », se réjouit la directrice de Bib’INSA.
Mettre en place une vraie stratégie d’indicateurs pour mesurer l’ouverture de la science
Le baromètre qui mesure l’ouverture des publications devrait par ailleurs servir de modèle à la création d’un « jumeau » qui mesurera l’ouverture des données, algorithmes et codes sources. Enfin, l’établissement avait aussi posé un cadre autour de l’intégrité scientifique et souhaite aller plus loin sur cette question. Après la nomination d’une référente qui a, entre autres, piloté la charte d’intégrité scientifique interne à l’INSA Toulouse, les porteurs de cette politique souhaitent aujourd’hui la création d’un comité d’éthique : celui-ci pourra apporter des réponses sur les données personnelles, l’usage de l’IA et l’explicabilité qui doit l’accompagner.
Concernant le volet médiation, la nouvelle feuille de route fixe, entre autres objectifs, celui de pérenniser le budget affecté aux appels à projets et la nomination d’un référent qui « cartographiera les actions menées pour en faire la promotion et les développer au sein de la communauté scientifique, mais aussi auprès des scolaires, du grand public, etc. », précise Nicolas Dietrich. Sont programmées d’autres formations à la médiation et l’intermédiation, dont certaines mélangeront personnels et étudiants, ainsi que la production d’un guide pour les porteurs de projets.
Rédaction : Camille Pons
INSA Toulouse
135 avenue de Rangueil
31077 Toulouse cedex 4
Tél : 05 61 55 95 13
Fax : 05 61 55 95 00
J'ai toujours été passionné par les avions.
Après une rentrée en classe préparatoire, il réalise rapidement que ce modèle ne lui correspond pas pleinement. Il trouve alors à l'INSA un équilibre entre exigence académique et ouverture à d'autres centres d'intérêt.
J'aimais aussi lire, sortir, avoir une vie en dehors des études.
Le choix du génie électrique s'impose ensuite naturellement. Pour celui qui rêve d'aéronautique, cette spécialité représente alors « le centre nerveux des avions ».
De la technologie au collectif
Diplômé, après des stages à Motorola, Jean-Marie Garigue rejoint Alcatel, où il travaille sur des systèmes de traitement du signal et de l'image pour satellites. Guidé par son goût pour les technologies, il poursuit ensuite son parcours chez Alcatel puis Thales, dans des domaines aussi variés que les radars, la cybersécurité, la navigation, l'observation optique ou les télécommunications spatiales.
Au fil des années, se renforce cette idée que la performance technique seule ne suffit pas.
La performance technique a besoin de la performance collective pour conserver une longueur d'avance.
Cette conviction l'amène vers le management de projets puis vers des fonctions de direction. Dans une famille d'enseignants où l'accomplissement collectif comptait davantage que les titres, il voit dans ces responsabilités une occasion d'agir sur la transformation des organisations, leur compétitivité et leur avenir.
Ces responsabilités nourrissent également chez lui un véritable sens entrepreneurial. Au fil de sa carrière, il a vu des entreprises prospérer, se transformer ou parfois disparaître faute d'avoir su anticiper les évolutions de leur marché. Pour lui, l'ingénieur a donc aussi un rôle à jouer dans la capacité des organisations à innover, à se réinventer et à préparer l'avenir.
Après plus de vingt ans chez Thales Alésia Space, il choisit de découvrir un nouvel univers en rejoignant la division avionique de Thales, en tant que responsable de l’ingénierie des équipements, avant d'intégrer Airbus en 2020. Une étape importante pour celui qui se dit particulièrement attaché à la dimension européenne du groupe et à son ancrage territorial.
Diversité, ouverture et sens pratique
Malgré un parcours qui l'a conduit vers de hautes responsabilités industrielles, Jean-Marie Garigue reste profondément attaché au modèle de formation de l'INSA. Il en retient d'abord la diversité. « J'ai eu beaucoup de plaisir à découvrir l'international, à côtoyer des étudiants tunisiens, norvégiens et bien d'autres. Cela ouvre les horizons. »
Cette expérience lui paraît aujourd'hui essentielle dans des entreprises mondiales comme Airbus, où la diversité des parcours nourrit la qualité des décisions.
Il souligne également la force du modèle des sciences appliquées. Les travaux pratiques, les projets et le contact avec le terrain développent un sens concret de la résolution de problèmes qu'il continue de valoriser chez les jeunes ingénieurs.
Mais, à ses yeux, l'INSA forme surtout des ingénieurs capables d'aller au-delà de la technique.
Comprendre le monde pour agir
Jean-Marie Garigue insiste sur l'importance des humanités dans la formation. Elles développent la capacité à analyser, argumenter et dialoguer avec des acteurs très différents. « Les ingénieurs doivent être capables de s'intégrer dans leur environnement et de comprendre le monde dans lequel ils agissent. »
Lecteur d'histoire des sciences et de conquête spatiale, il considère qu'aucune innovation ne peut être pensée indépendamment de son contexte économique, social, environnemental ou géopolitique. Cette compréhension des écosystèmes est devenue selon lui une compétence essentielle. Les entreprises, les technologies et les territoires n'évoluent jamais isolément ; leur performance dépend de leur capacité à interagir avec leur environnement et à aller chercher de l'intelligence à l'extérieur.
Très attaché à sa région d'origine, le Lot, il y voit également une manière de rester connecté aux réalités humaines qui doivent entourer l'innovation.
À cela s'ajoutent d'autres marqueurs du modèle INSA auxquels il reste très attaché : les activités associatives et la pratique sportive obligatoire. « Le sport, la culture, les passions personnelles participent aussi à la formation de l'ingénieur et du développement de sa curiosité. Les entreprises ont besoin de profils ouverts sur le monde, pas seulement de spécialistes enfermés dans leur domaine. »
Former les ingénieurs de demain
Face aux défis contemporains, Jean-Marie Garigue estime que le rôle de l'ingénieur est particulièrement stratégique. Transition climatique, intelligence artificielle, souveraineté technologique ou tensions géopolitiques imposent une approche toujours plus globale des problèmes.
Les compétences scientifiques demeurent fondamentales, mais elles doivent désormais s'accompagner d'autres qualités : apprendre en permanence, exercer son esprit critique, comprendre des écosystèmes complexes et fédérer des équipes.
« Le rôle de l'ingénieur se déplace progressivement de la technique pure vers la capacité à agréger des savoirs, interagir avec différents acteurs et construire une vision. »
Des premiers satellites aux systèmes spatiaux d'Airbus, son parcours illustre une conviction forgée au fil des années : les ingénieurs de demain devront maîtriser les technologies autant que les écosystèmes dans lesquels ils évoluent.
Dans un souci d'alléger le texte et sans aucune discrimination de genre, l'emploi du genre masculin est utilisé à titre épicène.










