[L’Actu – Juillet 2023 ]
S’ouvrir davantage à tous les profils
Ouvrir davantage ses portes aux lycéens d’origine modeste, à ceux qui s’auto-censurent malgré leur potentiel pour devenir ingénieurs…, l’INSA Toulouse porte des valeurs d’équité et de justice sociale depuis sa création. Désirant aller plus loin, l’établissement lance cette année une expérimentation visant l’accompagnement et le recrutement d’élèves qui n’ont pas conscience d’avoir les qualités nécessaires pour envisager une école d’ingénieur.
Cette expérimentation est l’une des actions concrètes issues de la réflexion menée autour de la rénovation du modèle social du Groupe INSA. L’INSA Toulouse est l’un des premiers établissements à se lancer dans ce nouveau programme d’égalité des chances dès la rentrée 2023. L’objectif ? Tester le dispositif, en partenariat avec deux lycées de l’académie de Toulouse, avant de le déployer à une plus grande échelle. Le programme s’appuie sur 3 piliers : encourager des jeunes d’origine modeste à se tourner vers une formation d’ingénieur (les critères sociaux retenus pour les cibler sont le statut boursier et le fait d’avoir deux représentants légaux de professions et catégories socioprofessionnelles moyennes ou défavorisées) ; aménager des modalités de recrutement spécifiques ; et les accompagner dès le lycée puis après leur entrée à l’INSA, pour mettre en place toutes les conditions de leur réussite.
Hélène Laffont, directrice du CGB
À Toulouse, le dispositif sera piloté par le Centre Gaston Berger (CGB) et s’adressera dès la rentrée prochaine aux élèves de première. Sa directrice, Hélène Laffont, précise que des actions d’information ont d’ores et déjà pu être menées dès cette année auprès d’élèves de seconde, « afin de les renseigner sur les métiers d’ingénieurs et les enseignements de spécialité compatibles avec une poursuite d’études en école d’ingénieur » [listés sur le site des admissions du Groupe INSA, ndlr]. Si tous les élèves ont besoin d’être informés dès la seconde, seuls les élèves d’origine modeste ayant choisi ces enseignements pourront formellement intégrer le dispositif.
Un accompagnement et un recrutement spécifiques
Les élèves identifiés et volontaires bénéficieront d’un programme d’accompagnement que l’établissement est en train de finaliser. Parmi les pistes privilégiées, du tutorat étudiant et enseignant auprès de petits groupes (4 élèves maximum) et incluant du soutien méthodologique et scolaire, des journées d’immersion et des stages sur le campus, ainsi que des activités culturelles. Pour ceux qui intégreront ensuite l’INSA, un dispositif d’accompagnement sera mis en œuvre en s’appuyant sur des modalités déjà éprouvées au sein de l’établissement ainsi que sur de nouvelles actions identifiées au niveau du Groupe INSA.
L’INSA Toulouse s’engage à ce que les postulants issus du dispositif bénéficient de modalités spécifiques d’examen de leurs candidatures dès 2025. L’établissement, avec le Groupe INSA, souhaiterait même aller plus loin. Des discussions sont en cours avec le ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche afin d’ouvrir une voie spécifique de recrutement sur Parcoursup dédiée aux candidats issus du dispositif et avec des modalités adaptées à leur profil ; un nombre de places serait réservé dans chaque établissement du Groupe mais il ne s’agira pas de quotas comme le précise Hélène Laffont, « car le niveau d’excellence attendu à l’entrée à l’INSA demeure ».
Déconstruire les stéréotypes et démystifier le métier d’ingénieur
À l’INSA Toulouse, on croit beaucoup à ce nouveau modèle qui emprunte en partie aux Cordées de la réussite mais s’en distingue sur plusieurs points, et dont on espère qu’il conduira à une plus grande ouverture sociale : les élèves seront ciblés sur des critères à la fois sociaux et académiques ; leur accompagnement sera davantage individualisé et comprendra un volet de renforcement méthodologique et académique qui n’existait pas dans le dispositif « Ô Talents », créé en 2008.
L’établissement souhaite également capitaliser sur son expérience et instaurer de nouvelles modalités d’action. Hélène Laffont évoque notamment « le déploiement des ateliers de déconstruction des stéréotypes et la mise en place de rencontres avec des professionnels pour démystifier le métier d’ingénieur ». Il sera aussi question de renforcer la sensibilisation à la culture scientifique, qui existe déjà dans les Cordées, en mettant en avant les grands enjeux sociétaux. Tout un ensemble d’éléments « qui devraient permettre d’inciter vraiment ces publics à poursuivre des études scientifiques alors que les Cordées visent l’enseignement supérieur en général », souligne de son côté Gabriel Brassart, le chargé de mission Diversités et Ouverture sociale du Groupe INSA.
Gabriel Brassart,
chargé de mission Diversité et Ouverture sociale du Groupe INSA
Dispositif d’ouverture sociale Groupe INSA : où en est-on ?
La réflexion autour du modèle social des INSA a donné lieu à 2 tomes d’un Livre blanc, publiés par l’Institut Gaston Berger (IGB) du Groupe INSA : le premier fait un état des lieux et le second présente un ensemble de préconisations, sur la base desquelles les 7 INSA construisent actuellement des plans d’actions locaux et nationaux. Outre l’INSA Toulouse (avec 2 lycées), 3 autres INSA vont initier le dispositif en 2023/24 : Hauts-de-France, Lyon et Rouen Normandie. L’expérimentation fera l’objet d’une évaluation quantitative et qualitative au niveau du Groupe, avec tous les lycées et INSA engagés dans le dispositif. Enfin, le Groupe INSA souhaite approfondir ses liens avec la recherche académique et réfléchir à de nouveaux critères pour mieux détecter les élèves ayant le potentiel pour réussir et s’épanouir dans un cursus d’ingénieur. Pour ce faire, une recherche-action a été initiée et devrait permettre d’ici 3 ans « d’identifier des compétences moins dépendantes de l’origine sociale et culturelle des élèves », précise Gabriel Brassart.
INSA Toulouse
135 avenue de Rangueil
31077 Toulouse cedex 4
Tél : 05 61 55 95 13
Fax : 05 61 55 95 00
J'ai toujours été passionné par les avions.
Après une rentrée en classe préparatoire, il réalise rapidement que ce modèle ne lui correspond pas pleinement. Il trouve alors à l'INSA un équilibre entre exigence académique et ouverture à d'autres centres d'intérêt.
J'aimais aussi lire, sortir, avoir une vie en dehors des études.
Le choix du génie électrique s'impose ensuite naturellement. Pour celui qui rêve d'aéronautique, cette spécialité représente alors « le centre nerveux des avions ».
De la technologie au collectif
Diplômé, après des stages à Motorola, Jean-Marie Garigue rejoint Alcatel, où il travaille sur des systèmes de traitement du signal et de l'image pour satellites. Guidé par son goût pour les technologies, il poursuit ensuite son parcours chez Alcatel puis Thales, dans des domaines aussi variés que les radars, la cybersécurité, la navigation, l'observation optique ou les télécommunications spatiales.
Au fil des années, se renforce cette idée que la performance technique seule ne suffit pas.
La performance technique a besoin de la performance collective pour conserver une longueur d'avance.
Cette conviction l'amène vers le management de projets puis vers des fonctions de direction. Dans une famille d'enseignants où l'accomplissement collectif comptait davantage que les titres, il voit dans ces responsabilités une occasion d'agir sur la transformation des organisations, leur compétitivité et leur avenir.
Ces responsabilités nourrissent également chez lui un véritable sens entrepreneurial. Au fil de sa carrière, il a vu des entreprises prospérer, se transformer ou parfois disparaître faute d'avoir su anticiper les évolutions de leur marché. Pour lui, l'ingénieur a donc aussi un rôle à jouer dans la capacité des organisations à innover, à se réinventer et à préparer l'avenir.
Après plus de vingt ans chez Thales Alésia Space, il choisit de découvrir un nouvel univers en rejoignant la division avionique de Thales, en tant que responsable de l’ingénierie des équipements, avant d'intégrer Airbus en 2020. Une étape importante pour celui qui se dit particulièrement attaché à la dimension européenne du groupe et à son ancrage territorial.
Diversité, ouverture et sens pratique
Malgré un parcours qui l'a conduit vers de hautes responsabilités industrielles, Jean-Marie Garigue reste profondément attaché au modèle de formation de l'INSA. Il en retient d'abord la diversité. « J'ai eu beaucoup de plaisir à découvrir l'international, à côtoyer des étudiants tunisiens, norvégiens et bien d'autres. Cela ouvre les horizons. »
Cette expérience lui paraît aujourd'hui essentielle dans des entreprises mondiales comme Airbus, où la diversité des parcours nourrit la qualité des décisions.
Il souligne également la force du modèle des sciences appliquées. Les travaux pratiques, les projets et le contact avec le terrain développent un sens concret de la résolution de problèmes qu'il continue de valoriser chez les jeunes ingénieurs.
Mais, à ses yeux, l'INSA forme surtout des ingénieurs capables d'aller au-delà de la technique.
Comprendre le monde pour agir
Jean-Marie Garigue insiste sur l'importance des humanités dans la formation. Elles développent la capacité à analyser, argumenter et dialoguer avec des acteurs très différents. « Les ingénieurs doivent être capables de s'intégrer dans leur environnement et de comprendre le monde dans lequel ils agissent. »
Lecteur d'histoire des sciences et de conquête spatiale, il considère qu'aucune innovation ne peut être pensée indépendamment de son contexte économique, social, environnemental ou géopolitique. Cette compréhension des écosystèmes est devenue selon lui une compétence essentielle. Les entreprises, les technologies et les territoires n'évoluent jamais isolément ; leur performance dépend de leur capacité à interagir avec leur environnement et à aller chercher de l'intelligence à l'extérieur.
Très attaché à sa région d'origine, le Lot, il y voit également une manière de rester connecté aux réalités humaines qui doivent entourer l'innovation.
À cela s'ajoutent d'autres marqueurs du modèle INSA auxquels il reste très attaché : les activités associatives et la pratique sportive obligatoire. « Le sport, la culture, les passions personnelles participent aussi à la formation de l'ingénieur et du développement de sa curiosité. Les entreprises ont besoin de profils ouverts sur le monde, pas seulement de spécialistes enfermés dans leur domaine. »
Former les ingénieurs de demain
Face aux défis contemporains, Jean-Marie Garigue estime que le rôle de l'ingénieur est particulièrement stratégique. Transition climatique, intelligence artificielle, souveraineté technologique ou tensions géopolitiques imposent une approche toujours plus globale des problèmes.
Les compétences scientifiques demeurent fondamentales, mais elles doivent désormais s'accompagner d'autres qualités : apprendre en permanence, exercer son esprit critique, comprendre des écosystèmes complexes et fédérer des équipes.
« Le rôle de l'ingénieur se déplace progressivement de la technique pure vers la capacité à agréger des savoirs, interagir avec différents acteurs et construire une vision. »
Des premiers satellites aux systèmes spatiaux d'Airbus, son parcours illustre une conviction forgée au fil des années : les ingénieurs de demain devront maîtriser les technologies autant que les écosystèmes dans lesquels ils évoluent.
Dans un souci d'alléger le texte et sans aucune discrimination de genre, l'emploi du genre masculin est utilisé à titre épicène.









