[L’Actu – Octobre 2024]
Bertrand Raquet
10 ans de mandat : « J’ai eu la chance de travailler auprès d’une communauté formidable »
Bertrand Raquet achèvera son second mandat de directeur en décembre prochain. Son bilan est fortement marqué par un retour aux valeurs humanistes et inclusives du modèle INSA, un appui renforcé à la recherche et une formation totalement repensée pour répondre aux grands enjeux sociétaux actuels. Mais ce que retient surtout ce directeur, c’est le « formidable » collectif qui, à ses côtés, lui a permis de transformer des idées en actions.
Comment s’est déroulée cette « dernière » rentrée ?
C’était une rentrée au mieux. Au mieux d’abord, parce que l’établissement a encore démontré durant cet été qu’il était capable de briller par ses talents, ses étudiants qui, des JO et des Paralympiques, ont ramené deux médailles d’or et deux médailles d’argent. Une rentrée au mieux parce que notre établissement se retrouve à nouveau, pour la 4e année consécutive, dans le classement de Shanghai. Ce qui est exceptionnel compte tenu de notre taille. Ce positionnement, nous le devons à quelques pépites dans le domaine de recherche, mondialement reconnues, notamment dans les domaines des technologies quantiques et des biotechnologies. Autre marqueur d’une rentrée qui se passe au mieux, notre attractivité : nous recrutons vraiment très bien. Le nombre de candidats avec d’excellents profils augmente, nous accueillons 40 % d’étudiantes en 1re année et nous arrivons en parallèle à préserver la diversité, donc notre modèle, en recrutant dans des milieux sociaux peu ou moyennement favorisés, une diversité de talents. Enfin, c’est une rentrée qui s’est passée au mieux, car c’est aussi celle qui a vu l’achèvement du déploiement de notre nouvelle maquette de formation sur l’ensemble du cursus.
Cette rentrée est aussi celle de la préparation du renouvellement de la direction de l’établissement…
Cette rentrée était en effet aussi sous le signe de la transition avec l’ouverture de l’appel à candidatures pour le renouvellement de la direction qui prendra effet le 1er janvier 2025. Sept candidats se sont présentés et le Conseil d’administration en a auditionné trois le 4 octobre dernier. Il a choisi de proposer Madame Alexandra Bertron (PR GC-LMDC) au ministère de l’Enseignement supérieur et de la recherche. La dernière étape sera, dans les prochaines semaines la validation et la nomination par Monsieur le Ministre de l’ESR. J’adresse d’ores et déjà toutes mes plus sincères félicitations à Alexandra, et je félicite également l’ensemble des candidats qui ont chacun porté des candidatures et de projets de grande valeur. Avec l’installation d’une nouvelle direction, débutera une nouvelle histoire pour l’INSA Toulouse. Nouvelle histoire qui commence notamment par la reprise en main de la gestion de ses résidences, soit les 230 logements de la Résidence 1 dès janvier, alors que les autres suivront progressivement au fur et à mesure qu’arriveront à échéance les baux emphytéotiques. 2025 sera aussi l’année de lancement de l’évaluation périodique Hcéres (Haut Conseil de l’évaluation de la recherche et de l’enseignement supérieur) et du renouvellement de notre accréditation par la Cti (Commission des titres d’ingénieur) à délivrer le titre d’ingénieur pour nos 8 spécialités. Mais la nouveauté s’exprime aussi dès aujourd’hui à travers le recrutement d’un nouveau directeur général des services, Antoine Pouvreau.
« Je n’ai pas vu le temps passer ! C’était une source de plaisir au quotidien ».
C’était votre dernière rentrée en tant que directeur de l’INSA Toulouse, quel bilan dressez-vous de vos deux mandats à la tête de l’établissement ?
Je me suis attaché à renforcer le modèle et à faire en sorte que l’INSA Toulouse reste pionnier en la matière, ce qui signifiait aussi se réinventer tout en s’appuyant sur les bases : pour rester une école ouverte dans son écosystème, aux diversités notamment, et mettre notre excellence académique et scientifique au service du territoire et de l’international.
De grandes phases ont marqué mes 10 ans de mandat :
- une phase de croissance des effectifs et de diversification des apprenants, qu’elle soit sociale ou internationale ;
- une phase de recherche du bon équilibre de notre écosystème entre le Groupe INSA, qui s’est considérablement développé, l’Université de Toulouse et ECIU ;
- la période Covid qui a fait ressortir la capacité de résilience de notre communauté, sa solidarité et son professionnalisme ;
- la phase de réinterrogation du modèle par la prospective (INSA 2040), pour projeter une nouvelle stratégie avec trois grandes orientations, une nouvelle ambition d’ouverture sociale et la mise en place du dispositif Horizons INSA ;
- une nouvelle feuille de route pour la formation qui intègre notamment les enjeux de transition écologique et énergétique, le numérique responsable et revisite les enseignements en sciences humaines et sociales pour davantage nourrir la vision de l’ingénieur humaniste ; et des moyens dédiés à la recherche pour développer davantage de travaux en lien avec les enjeux sociétaux.
Que retenez-vous d’un point de vue personnel ?
Je n’ai pas vu le temps passer ! C’était une source de plaisir au quotidien. Un ancien directeur m’avait dit « tu verras, tu vas avoir la chance de travailler auprès d’une communauté formidable » et j’ai eu cette chance. J’ai appris beaucoup d’elle : ici, on peut lancer une idée et voir une communauté s’en emparer pour réaliser quelque chose qui est 10 fois mieux que ce que l’on imaginait. C’est la force de ce collectif. Avec les étudiants, j’ai appris aussi que si l’on veut que ça marche, il faut leur donner les clés du camion : si on leur donne des responsabilités, si on leur fait confiance, ils nous le rendent très bien.
Quels sont vos projets aujourd’hui ?
Continuer à me mettre au service de l’enseignement supérieur et de la recherche ! Compte tenu de tout ce dont j’ai pu me nourrir pendant 10 ans, ce n’est pas au sein d’un laboratoire que j’apporterai le plus aujourd’hui, même si j’ai énormément apprécié ma carrière d’enseignant-chercheur.
INSA Toulouse
135 avenue de Rangueil
31077 Toulouse cedex 4
Tél : 05 61 55 95 13
Fax : 05 61 55 95 00
J'ai toujours été passionné par les avions.
Après une rentrée en classe préparatoire, il réalise rapidement que ce modèle ne lui correspond pas pleinement. Il trouve alors à l'INSA un équilibre entre exigence académique et ouverture à d'autres centres d'intérêt.
J'aimais aussi lire, sortir, avoir une vie en dehors des études.
Le choix du génie électrique s'impose ensuite naturellement. Pour celui qui rêve d'aéronautique, cette spécialité représente alors « le centre nerveux des avions ».
De la technologie au collectif
Diplômé, après des stages à Motorola, Jean-Marie Garigue rejoint Alcatel, où il travaille sur des systèmes de traitement du signal et de l'image pour satellites. Guidé par son goût pour les technologies, il poursuit ensuite son parcours chez Alcatel puis Thales, dans des domaines aussi variés que les radars, la cybersécurité, la navigation, l'observation optique ou les télécommunications spatiales.
Au fil des années, se renforce cette idée que la performance technique seule ne suffit pas.
La performance technique a besoin de la performance collective pour conserver une longueur d'avance.
Cette conviction l'amène vers le management de projets puis vers des fonctions de direction. Dans une famille d'enseignants où l'accomplissement collectif comptait davantage que les titres, il voit dans ces responsabilités une occasion d'agir sur la transformation des organisations, leur compétitivité et leur avenir.
Ces responsabilités nourrissent également chez lui un véritable sens entrepreneurial. Au fil de sa carrière, il a vu des entreprises prospérer, se transformer ou parfois disparaître faute d'avoir su anticiper les évolutions de leur marché. Pour lui, l'ingénieur a donc aussi un rôle à jouer dans la capacité des organisations à innover, à se réinventer et à préparer l'avenir.
Après plus de vingt ans chez Thales Alésia Space, il choisit de découvrir un nouvel univers en rejoignant la division avionique de Thales, en tant que responsable de l’ingénierie des équipements, avant d'intégrer Airbus en 2020. Une étape importante pour celui qui se dit particulièrement attaché à la dimension européenne du groupe et à son ancrage territorial.
Diversité, ouverture et sens pratique
Malgré un parcours qui l'a conduit vers de hautes responsabilités industrielles, Jean-Marie Garigue reste profondément attaché au modèle de formation de l'INSA. Il en retient d'abord la diversité. « J'ai eu beaucoup de plaisir à découvrir l'international, à côtoyer des étudiants tunisiens, norvégiens et bien d'autres. Cela ouvre les horizons. »
Cette expérience lui paraît aujourd'hui essentielle dans des entreprises mondiales comme Airbus, où la diversité des parcours nourrit la qualité des décisions.
Il souligne également la force du modèle des sciences appliquées. Les travaux pratiques, les projets et le contact avec le terrain développent un sens concret de la résolution de problèmes qu'il continue de valoriser chez les jeunes ingénieurs.
Mais, à ses yeux, l'INSA forme surtout des ingénieurs capables d'aller au-delà de la technique.
Comprendre le monde pour agir
Jean-Marie Garigue insiste sur l'importance des humanités dans la formation. Elles développent la capacité à analyser, argumenter et dialoguer avec des acteurs très différents. « Les ingénieurs doivent être capables de s'intégrer dans leur environnement et de comprendre le monde dans lequel ils agissent. »
Lecteur d'histoire des sciences et de conquête spatiale, il considère qu'aucune innovation ne peut être pensée indépendamment de son contexte économique, social, environnemental ou géopolitique. Cette compréhension des écosystèmes est devenue selon lui une compétence essentielle. Les entreprises, les technologies et les territoires n'évoluent jamais isolément ; leur performance dépend de leur capacité à interagir avec leur environnement et à aller chercher de l'intelligence à l'extérieur.
Très attaché à sa région d'origine, le Lot, il y voit également une manière de rester connecté aux réalités humaines qui doivent entourer l'innovation.
À cela s'ajoutent d'autres marqueurs du modèle INSA auxquels il reste très attaché : les activités associatives et la pratique sportive obligatoire. « Le sport, la culture, les passions personnelles participent aussi à la formation de l'ingénieur et du développement de sa curiosité. Les entreprises ont besoin de profils ouverts sur le monde, pas seulement de spécialistes enfermés dans leur domaine. »
Former les ingénieurs de demain
Face aux défis contemporains, Jean-Marie Garigue estime que le rôle de l'ingénieur est particulièrement stratégique. Transition climatique, intelligence artificielle, souveraineté technologique ou tensions géopolitiques imposent une approche toujours plus globale des problèmes.
Les compétences scientifiques demeurent fondamentales, mais elles doivent désormais s'accompagner d'autres qualités : apprendre en permanence, exercer son esprit critique, comprendre des écosystèmes complexes et fédérer des équipes.
« Le rôle de l'ingénieur se déplace progressivement de la technique pure vers la capacité à agréger des savoirs, interagir avec différents acteurs et construire une vision. »
Des premiers satellites aux systèmes spatiaux d'Airbus, son parcours illustre une conviction forgée au fil des années : les ingénieurs de demain devront maîtriser les technologies autant que les écosystèmes dans lesquels ils évoluent.
Dans un souci d'alléger le texte et sans aucune discrimination de genre, l'emploi du genre masculin est utilisé à titre épicène.










