[L’Actu – Avril 2025]

Savoir réparer pour mieux éco-concevoir plus tard

Et si on faisait d’une pierre – ou plutôt d’une formation – deux coups ? À l’INSA Toulouse, un module électif original vient d’être intégré en 3e année : on y apprend comment prolonger la vie de nos objets du quotidien. Au-delà de permettre concrètement de limiter l’impact environnemental des déchets électroniques, on sensibilise les étudiants à cette philosophie en espérant qu’ils l’appliqueront, à la fois dans leur future vie professionnelle en devenant éco-concepteurs, mais aussi dans leur vie de citoyen en formant à leur tour d’autres personnes à ces gestes.

Repair café
« Apprendre à réparer, c’est apprendre aux étudiants à devenir des ingénieurs éco-conscients et éco-concepteurs », soulignent Jean-Yves Fourniols, professeur d’électronique et directeur Fondation, Relations entreprises et Alumni INSA Toulouse et Christophe Escriba, maître de conférence en électronique à l’INSA Toulouse. Ensemble, ils ont imaginé un module électif consacré à un Repair Café. Ou l’équivalent d’un Café Bricol’, intégré au programme de formation, en espérant ainsi contribuer à former des futurs ingénieurs qui seront de vrais acteurs de l’économie circulaire.

Mais qu’est-ce qu’un Repair Café ? C’est un atelier animé par des bénévoles pour réparer des objets cassés ou en panne, particulièrement du petit électroménager. Ils ont donc pour but de moins jeter alors qu’aujourd’hui les appareils en panne ou endommagés sont généralement « recyclés » et que seule une petite partie des matériaux les composant est réutilisée, car le prix de la réparation reste souvent plus élevé que celui d’un objet neuf. 

 

L’intérêt environnemental et économique d’allonger la durée d’usage des produits

Cette idée n’est pas une lubie de convaincus, même si les deux hommes sont déjà impliqués dans un Café Bricol’ dans leurs communes respectives. « Nous sommes pour une consommation raisonnée et nous voulons porter un message d’écologie : en réparant, notre empreinte carbone s’en porte mieux ! », martèle Jean-Yves Fourniols. Les chiffres de l’ADEME lui donnent raison. Dans une étude dont les premiers résultats avaient été présentés à l’occasion, en 2019, de la campagne de mobilisation à l’allongement de la durée d’usage des objets de consommation courante (téléviseur, smartphone, scie sauteuse, jean…), l’Agence de la transition écologique avait mis en lumière l’intérêt environnemental et économique de cet allongement. Si la durée de vie moyenne en France de l’ensemble des télévisions était augmentée de 1 an, passant de 8 à 9 ans, le gain environnemental serait estimé à 1,7 million de tonnes de CO₂, soit les émissions annuelles d’une ville comme Lyon. Quant au bénéfice économique, il avait été évalué, si on conservait une télévision 8 ans au lieu de 4 actuellement en moyenne, à 66 €/an pendant la durée d’allongement.

 

Bien plus qu’une compétence supplémentaire à inscrire sur un CV

C’est le premier Festival des campus en transitions qui a donné l’occasion aux deux enseignants, accompagnés par Emmanuel Lombard, Alexandre Huyghe et Guillaume Auriol, d’introduire cette dimension à l’INSA Toulouse. Imaginé pour sensibiliser, informer et rendre actrice et acteur l’ensemble de la communauté universitaire aux enjeux de transition écologique et sociétale, ce festival avait donné lieu à deux rendez-vous à Toulouse en 2024. Christophe Escriba avait eu l’idée d’y tester un atelier. Celui-ci avait « fait le plein » et confirmé l’appétence des étudiants pour le sujet.

Aujourd’hui, le Repair Café INSA plonge les étudiants au cœur de la réparation responsable, en leur transmettant une philosophie, des consignes de sécurité et un savoir-faire technique au travers de réparations concrètes. « Cela fonctionne comme un SAV », détaille Christophe Escriba. « À partir d’objets collectés par l’intermédiaire de la Com’ Environnement de l’Amicale des Élèves (grille-pains, cafetières, théières, bouilloires, sèche-cheveux, radiateurs électriques, etc.), les étudiants vont apprendre à faire un diagnostic, puis les gestes techniques pour réparer. » 

L’originalité du dispositif ? « S’inscrire dans une démarche pédagogique », répond Christophe Escriba. Car, certes, il existe des fablab en établissements d’enseignement supérieur où peuvent se dérouler le même type d’initiatives – l’INSA en possède un d’ailleurs-, mais sans former les étudiants. C’est pourtant cette dimension qui pourrait permettre de davantage agir en profondeur sur les habitudes de la société et la conception même des objets « alors qu’aujourd’hui, par exemple, on ne peut même plus changer seul une ampoule de phare ou une batterie de voiture ! ».
 

Un module qui « réconcilie » les jeunes avec la technologie en lui donnant du « sens »

Du point de vue organisationnel, 27 étudiants, de toutes spécialités, sont accueillis à raison de 10 sessions au département Génie électrique et informatique, où le directeur, Patrick Tounsi, a mis à disposition un espace mais aussi un membre du personnel, Emmanuel Lombard, en charge de gérer le matériel de réparation. Matériel qui a été financé grâce à une enveloppe de 5 000 € octroyée par le GEI et la Fondation INSA Toulouse. Le module est aussi conduit avec des anciens professionnels de l’industrie, qui animent aujourd’hui le Repair Café de Tournefeuille (Christophe Copee, Gérard Petit, Jacques De Chaseaux et Jean-Guillaume Orliac).

« On est dans le vrai ! », se réjouit encore Jean-Yves Fourniols. En effet, la loi anti-gaspillage, adoptée en 2020, se déploie progressivement. Après avoir accompagné dès 2021 l’application d’un indice de réparabilité concernant des équipements électriques et électroniques (pour apporter au consommateur, au moment de son achat, une information simple sur la capacité des produits à être réparé), celle-ci a introduit, depuis janvier dernier, un indice de durabilité. Il inclut de nouveaux critères comme la fiabilité et la robustesse du produit et viendra remplacer progressivement l’indice de réparabilité. Injonctions européennes et réglementation française amènent ainsi progressivement l’ensemble de la société à prendre en compte ces dimensions dans toutes les composantes de la vie. 

« Le rêve que nous avons ? En leur donnant le goût de la réparation et en leur transmettant les gestes techniques, que les étudiants s’approprient cette philosophie et qu’ils fassent grandir l’initiative. »

Vers une ressourcerie ?

Jean-Yves Fourniols, Christophe Escriba et leurs collègues voient plus loin. « Le rêve que nous avons ? En leur donnant le goût de la réparation et en leur transmettant les gestes techniques, faire que les étudiants s’approprient cette philosophie, qu’ils fassent grandir l’initiative auprès des autres étudiants, en formant leurs pairs à la réparation mais aussi les citoyens qui vont dans les Cafés Bricol’, personnes qui, souvent, ont la bonne volonté, mais n’ont pas les compétences pour le faire », poursuit Jean-Yves Fourniols. « En même temps, nous contribuons à redonner du sens à leur formation, à leur montrer que l’on peut conjuguer technologie et économie circulaire. »

Au sein du campus, ils veulent aussi transformer cette expérience en véritable « ressourcerie » : faire que les personnels de l’INSA viennent « massivement » apporter leurs objets à réparer, objets qui pourront être ensuite redistribués gratuitement aux étudiants les plus modestes.

Rédaction : Camille Pons, journaliste

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J'ai toujours été passionné par les avions. 

Après une rentrée en classe préparatoire, il réalise rapidement que ce modèle ne lui correspond pas pleinement. Il trouve alors à l'INSA un équilibre entre exigence académique et ouverture à d'autres centres d'intérêt.

J'aimais aussi lire, sortir, avoir une vie en dehors des études. 

Le choix du génie électrique s'impose ensuite naturellement. Pour celui qui rêve d'aéronautique, cette spécialité représente alors « le centre nerveux des avions ».

 

De la technologie au collectif

Diplômé, après des stages à Motorola, Jean-Marie Garigue rejoint Alcatel, où il travaille sur des systèmes de traitement du signal et de l'image pour satellites. Guidé par son goût pour les technologies, il poursuit ensuite son parcours chez Alcatel puis Thales, dans des domaines aussi variés que les radars, la cybersécurité, la navigation, l'observation optique ou les télécommunications spatiales.

Au fil des années, se renforce cette idée que la performance technique seule ne suffit pas.

La performance technique a besoin de la performance collective pour conserver une longueur d'avance. 

Cette conviction l'amène vers le management de projets puis vers des fonctions de direction. Dans une famille d'enseignants où l'accomplissement collectif comptait davantage que les titres, il voit dans ces responsabilités une occasion d'agir sur la transformation des organisations, leur compétitivité et leur avenir.

Ces responsabilités nourrissent également chez lui un véritable sens entrepreneurial. Au fil de sa carrière, il a vu des entreprises prospérer, se transformer ou parfois disparaître faute d'avoir su anticiper les évolutions de leur marché. Pour lui, l'ingénieur a donc aussi un rôle à jouer dans la capacité des organisations à innover, à se réinventer et à préparer l'avenir.

Après plus de vingt ans chez Thales Alésia Space, il choisit de découvrir un nouvel univers en rejoignant la division avionique de Thales, en tant que responsable de l’ingénierie des équipements, avant d'intégrer Airbus en 2020. Une étape importante pour celui qui se dit particulièrement attaché à la dimension européenne du groupe et à son ancrage territorial.

Diversité, ouverture et sens pratique

Malgré un parcours qui l'a conduit vers de hautes responsabilités industrielles, Jean-Marie Garigue reste profondément attaché au modèle de formation de l'INSA. Il en retient d'abord la diversité. « J'ai eu beaucoup de plaisir à découvrir l'international, à côtoyer des étudiants tunisiens, norvégiens et bien d'autres. Cela ouvre les horizons. »

Cette expérience lui paraît aujourd'hui essentielle dans des entreprises mondiales comme Airbus, où la diversité des parcours nourrit la qualité des décisions.
Il souligne également la force du modèle des sciences appliquées. Les travaux pratiques, les projets et le contact avec le terrain développent un sens concret de la résolution de problèmes qu'il continue de valoriser chez les jeunes ingénieurs.
Mais, à ses yeux, l'INSA forme surtout des ingénieurs capables d'aller au-delà de la technique.

Comprendre le monde pour agir

Jean-Marie Garigue insiste sur l'importance des humanités dans la formation. Elles développent la capacité à analyser, argumenter et dialoguer avec des acteurs très différents. « Les ingénieurs doivent être capables de s'intégrer dans leur environnement et de comprendre le monde dans lequel ils agissent. »

Lecteur d'histoire des sciences et de conquête spatiale, il considère qu'aucune innovation ne peut être pensée indépendamment de son contexte économique, social, environnemental ou géopolitique. Cette compréhension des écosystèmes est devenue selon lui une compétence essentielle. Les entreprises, les technologies et les territoires n'évoluent jamais isolément ; leur performance dépend de leur capacité à interagir avec leur environnement et à aller chercher de l'intelligence à l'extérieur.

Très attaché à sa région d'origine, le Lot, il y voit également une manière de rester connecté aux réalités humaines qui doivent entourer l'innovation.

À cela s'ajoutent d'autres marqueurs du modèle INSA auxquels il reste très attaché : les activités associatives et la pratique sportive obligatoire. « Le sport, la culture, les passions personnelles participent aussi à la formation de l'ingénieur et du développement de sa curiosité. Les entreprises ont besoin de profils ouverts sur le monde, pas seulement de spécialistes enfermés dans leur domaine. »

Former les ingénieurs de demain

Face aux défis contemporains, Jean-Marie Garigue estime que le rôle de l'ingénieur est particulièrement stratégique. Transition climatique, intelligence artificielle, souveraineté technologique ou tensions géopolitiques imposent une approche toujours plus globale des problèmes.

Les compétences scientifiques demeurent fondamentales, mais elles doivent désormais s'accompagner d'autres qualités : apprendre en permanence, exercer son esprit critique, comprendre des écosystèmes complexes et fédérer des équipes.
« Le rôle de l'ingénieur se déplace progressivement de la technique pure vers la capacité à agréger des savoirs, interagir avec différents acteurs et construire une vision. »

Des premiers satellites aux systèmes spatiaux d'Airbus, son parcours illustre une conviction forgée au fil des années : les ingénieurs de demain devront maîtriser les technologies autant que les écosystèmes dans lesquels ils évoluent.

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