[L’Actu – Juillet 2025]
Comprendre le monde avec les scientifiques
Sur le campus de Rangueil, dès la rentrée prochaine, enseignants-chercheurs et chercheurs de l’Université de Toulouse et de l’INSA Toulouse vont partager avec les citoyens leurs savoirs, à travers des moments privilégiés d’échanges. Objectifs : apporter un éclairage scientifique rigoureux et nuancé sur les grands enjeux contemporains.
Deux grands objectifs ont été à l’origine de cette toute nouvelle Université pour toutes et tous, baptisée « Les savoirs du campus Rangueil », les deux établissements du campus de Rangueil ayant souhaité ouvrir le champ des possibles. « À la fois en termes de disciplines et de territorialité, l’offre existante sur Toulouse étant plutôt axée sur les humanités et proposée en centre ville, alors que nous sommes, de notre côté, en capacité de faire une offre sur les sciences du vivant et les sciences exactes, mais aussi en facilitant l’accès à ces savoirs en supprimant la contrainte de l’accès en hyper centre et en se rapprochant du Sicoval et du Lauragais », explique Antoine Pouvreau, le directeur général des services de l’INSA Toulouse qui a emmené l’INSA dans ce projet porté par l’Université de Toulouse.
Questionner les sujets de société avec la science
L’accès à ces connaissances semblait d’autant plus indispensable qu’il y avait « un manque » autour de sujets forts et largement questionnés et/ou débattus par la société, aussi bien dans les domaines de l’ingénierie et des sciences expérimentales, qu’autour des grands enjeux socio-environnementaux. Objectif, « déconstruire certaines controverses », précise de son côté Jean-Yves Fourniols, le directeur de la formation continue de l’INSA Toulouse, qui se dit « courroucé par toute cette paranoïa ambiante, l’IA qui est diabolisée, tout comme les nanotechnologies alors qu’elles sont utilisées dans les smartphones, qu’elles sont l’objet de recherche pour dépister des cancers, etc. »
D’où le choix des thèmes que les établissements proposent d’explorer en 2025-2026, les mardis et jeudis, d’octobre à juin 2026, à travers 11 cycles de 4 conférences chacun : des experts seront amenés à aborder des questions qui intéressent directement le public cible, les seniors (cerveau, mémoire, microbiote…), ainsi que ces sujets qui peuvent faire polémique ou susciter des inquiétudes, comme le quantique, l’IA ou encore la cybersécurité. S’y ajoutera par ailleurs un cycle de conférences « Objets durables : l’éco-réparation en action », qui fait écho au module ouvert cette année aux étudiants de l’INSA Toulouse, « le Repair café », étant ambitionné par ce biais d’amener ces citoyens à s’investir aussi, à terme, dans cette initiative éco-responsable (lire Savoir réparer pour mieux éco-concevoir plus tard).
Ces conférences se feront sur site et non en visio. L’idée ? « Venir pour acquérir du savoir que l’on pourra diffuser ensuite, mais aussi pour interagir et tisser du lien social », insiste le directeur de la formation continue. « Quel intérêt sinon, puisqu’on peut aujourd’hui aller chercher des contenus sur des plateformes internet comme YouTube. »
Rédaction : Camille Pons, journaliste
INSA Toulouse
135 avenue de Rangueil
31077 Toulouse cedex 4
Tél : 05 61 55 95 13
Fax : 05 61 55 95 00
J'ai toujours été passionné par les avions.
Après une rentrée en classe préparatoire, il réalise rapidement que ce modèle ne lui correspond pas pleinement. Il trouve alors à l'INSA un équilibre entre exigence académique et ouverture à d'autres centres d'intérêt.
J'aimais aussi lire, sortir, avoir une vie en dehors des études.
Le choix du génie électrique s'impose ensuite naturellement. Pour celui qui rêve d'aéronautique, cette spécialité représente alors « le centre nerveux des avions ».
De la technologie au collectif
Diplômé, après des stages à Motorola, Jean-Marie Garigue rejoint Alcatel, où il travaille sur des systèmes de traitement du signal et de l'image pour satellites. Guidé par son goût pour les technologies, il poursuit ensuite son parcours chez Alcatel puis Thales, dans des domaines aussi variés que les radars, la cybersécurité, la navigation, l'observation optique ou les télécommunications spatiales.
Au fil des années, se renforce cette idée que la performance technique seule ne suffit pas.
La performance technique a besoin de la performance collective pour conserver une longueur d'avance.
Cette conviction l'amène vers le management de projets puis vers des fonctions de direction. Dans une famille d'enseignants où l'accomplissement collectif comptait davantage que les titres, il voit dans ces responsabilités une occasion d'agir sur la transformation des organisations, leur compétitivité et leur avenir.
Ces responsabilités nourrissent également chez lui un véritable sens entrepreneurial. Au fil de sa carrière, il a vu des entreprises prospérer, se transformer ou parfois disparaître faute d'avoir su anticiper les évolutions de leur marché. Pour lui, l'ingénieur a donc aussi un rôle à jouer dans la capacité des organisations à innover, à se réinventer et à préparer l'avenir.
Après plus de vingt ans chez Thales Alésia Space, il choisit de découvrir un nouvel univers en rejoignant la division avionique de Thales, en tant que responsable de l’ingénierie des équipements, avant d'intégrer Airbus en 2020. Une étape importante pour celui qui se dit particulièrement attaché à la dimension européenne du groupe et à son ancrage territorial.
Diversité, ouverture et sens pratique
Malgré un parcours qui l'a conduit vers de hautes responsabilités industrielles, Jean-Marie Garigue reste profondément attaché au modèle de formation de l'INSA. Il en retient d'abord la diversité. « J'ai eu beaucoup de plaisir à découvrir l'international, à côtoyer des étudiants tunisiens, norvégiens et bien d'autres. Cela ouvre les horizons. »
Cette expérience lui paraît aujourd'hui essentielle dans des entreprises mondiales comme Airbus, où la diversité des parcours nourrit la qualité des décisions.
Il souligne également la force du modèle des sciences appliquées. Les travaux pratiques, les projets et le contact avec le terrain développent un sens concret de la résolution de problèmes qu'il continue de valoriser chez les jeunes ingénieurs.
Mais, à ses yeux, l'INSA forme surtout des ingénieurs capables d'aller au-delà de la technique.
Comprendre le monde pour agir
Jean-Marie Garigue insiste sur l'importance des humanités dans la formation. Elles développent la capacité à analyser, argumenter et dialoguer avec des acteurs très différents. « Les ingénieurs doivent être capables de s'intégrer dans leur environnement et de comprendre le monde dans lequel ils agissent. »
Lecteur d'histoire des sciences et de conquête spatiale, il considère qu'aucune innovation ne peut être pensée indépendamment de son contexte économique, social, environnemental ou géopolitique. Cette compréhension des écosystèmes est devenue selon lui une compétence essentielle. Les entreprises, les technologies et les territoires n'évoluent jamais isolément ; leur performance dépend de leur capacité à interagir avec leur environnement et à aller chercher de l'intelligence à l'extérieur.
Très attaché à sa région d'origine, le Lot, il y voit également une manière de rester connecté aux réalités humaines qui doivent entourer l'innovation.
À cela s'ajoutent d'autres marqueurs du modèle INSA auxquels il reste très attaché : les activités associatives et la pratique sportive obligatoire. « Le sport, la culture, les passions personnelles participent aussi à la formation de l'ingénieur et du développement de sa curiosité. Les entreprises ont besoin de profils ouverts sur le monde, pas seulement de spécialistes enfermés dans leur domaine. »
Former les ingénieurs de demain
Face aux défis contemporains, Jean-Marie Garigue estime que le rôle de l'ingénieur est particulièrement stratégique. Transition climatique, intelligence artificielle, souveraineté technologique ou tensions géopolitiques imposent une approche toujours plus globale des problèmes.
Les compétences scientifiques demeurent fondamentales, mais elles doivent désormais s'accompagner d'autres qualités : apprendre en permanence, exercer son esprit critique, comprendre des écosystèmes complexes et fédérer des équipes.
« Le rôle de l'ingénieur se déplace progressivement de la technique pure vers la capacité à agréger des savoirs, interagir avec différents acteurs et construire une vision. »
Des premiers satellites aux systèmes spatiaux d'Airbus, son parcours illustre une conviction forgée au fil des années : les ingénieurs de demain devront maîtriser les technologies autant que les écosystèmes dans lesquels ils évoluent.
Dans un souci d'alléger le texte et sans aucune discrimination de genre, l'emploi du genre masculin est utilisé à titre épicène.










