[L’Actu – Février 2026]
Première célébration des nouveaux docteurs, ambassadeurs de la recherche à l’INSA
C’était une première : l’INSA Toulouse a honoré ses docteurs en organisant la première cérémonie de remise des diplômes le 11 décembre dernier. C’était important. Pourquoi ? Parce que ce sont ces jeunes docteurs qui dynamisent les laboratoires, eux qui, ensuite, se font l’écho de l’excellence scientifique à laquelle ils contribuent pendant quelques trois années de leur vie.
145 personnes avaient répondu à l’invitation pour cette première, dont 25 des 65 nouveaux diplômés. Ils étaient entourés de leurs proches, de leurs directeurs d’unités et encadrants de thèse, ainsi que des partenaires professionnels publics et privés qui les ont accompagnés tout au long de leur doctorat. Il ne s’agissait pas seulement de leur délivrer leurs diplômes, mais de les honorer, de façon conjointe entre l’INSA et la COMUE (Communauté d’universités et établissements de Toulouse).
Mais pourquoi cette initiative singulière portée par l’INSA Toulouse ? D’abord, parce que la thèse n’est pas un long fleuve tranquille, et qu’il semblait important de remercier les docteurs pour leurs engagements et les efforts consentis pendant ces années de recherche. « La thèse, c’est un long parcours, de très nombreuses longues journées, parfois des échecs, des manips qui ne fonctionnent pas, des codes qu’il faut débugger, des analyses qui ne donnent pas les résultats escomptés, des hypothèses visiblement incomplètes à retravailler, des mois à rédiger un article scientifique, qui va ensuite passer de longs mois dans les rouages des revues scientifiques internationales… De nombreux efforts », résumait la directrice de l’INSA Toulouse, Alexandra Bertron, dans son discours d’ouverture.
Une diversité de partenaires académiques et professionnels
Important aussi de les honorer parce que leurs investissements profitent évidemment aux laboratoires. « Le dynamisme de nos laboratoires repose en grande partie sur ces jeunes chercheurs », souligne Omar Choa, chargé d’aide au pilotage de la recherche. « Parce que le projet scientifique que constitue la thèse, composé de hauts et de bas, d’une part d’aventure mais aussi de prise de risque, est un jalon important dans leur carrière ». Ces derniers ont conduit des travaux sur une grande diversité de sujets, s’inscrivant dans les spécialités des 8 laboratoires de recherche associés à l’INSA de Toulouse et engagés dans les enjeux majeurs actuels comme la transition écologique, le numérique, l’IA…
À titre d’exemple, ils ont produit des connaissances ou développé des applications ou technologies pour :
- optimiser des ressorts destinés à des applications industrielles ;
- utiliser des techniques d’intelligence artificielle pour reconstituer et expliquer des cyberattaques, ou encore pour surveiller et exploiter des ruches ;
- implémenter des solutions de réalité augmentée au service de la formation et de l’assistance opératoire en génie mécanique ;
- mettre au point des procédés qui s’appuieraient en partie sur de l’urée animale pour tendre vers une métallurgie bas-carbone (lire « Métasol»).
L’événement a aussi été l’occasion de révéler la diversité des partenaires académiques associés, en particulier les organismes nationaux de recherche – le CNRS, l’INRae, le CNES – et des établissements d’enseignement supérieur – l’ISAE SupAéro, l’IMT Mines d’Albi et l’Université de Toulouse. Le CNES était notamment associé à l’étude d’une bactérie qui pourrait servir de support à la vie dans l’espace pour recycler des déchets, produire des nutriments ou encore des biopolymères comme alternatives aux plastiques d’origine fossile.
Ces collaborations jouent un rôle majeur sur l’attractivité de la recherche aux niveaux régional, national et international. À titre d’exemple, 11 nationalités différentes étaient représentées par les diplômés ce 11 décembre dernier.
Des ambassadeurs de l’excellence de la recherche
De même, parce que l’INSA est également un établissement de recherche investi avec le monde socio-économique, elle a pu mettre à l’honneur des partenaires privés tels que CGR International, Safran, Bosch, CETIM, ID Partner, Nano X, Saint-Gobain PAM, TotalEnergies ou encore Suez.
Enfin, cette cérémonie était aussi une très belle occasion de remercier ceux qui ont encadré ces docteurs. Car, comme le soulignait encore Alexandra Bertron, si, chaque année, environ 70 doctorants de l’établissement soutiennent leur thèse avec succès, c’est parce qu’« ils sont accompagnés dans leur parcours par les directeurs et encadrants de thèse, par les écoles doctorales, par le service scolarité de l’INSA et la Direction de la Recherche ». Et c’est de ce cadre, dans lequel ils ont évolué et ont été formés, que ces nouveaux docteurs sont aujourd’hui « les ambassadeurs », comme le souligne Carole Molina Jouve. « Ce sont des ambassadeurs de l’excellence de notre recherche : de ses contenus, des moyens et des équipements que nous mettons à disposition, du soutien que nous apportons à la formation qui leur est dispensée par les écoles doctorales. Ce sont des ambassadeurs des valeurs de l’INSA, en tant que scientifiques engagés dans un monde en transition et une recherche libre ».
Les diplômés de doctorat
Rédaction : Camille Pons, journaliste
INSA Toulouse
135 avenue de Rangueil
31077 Toulouse cedex 4
Tél : 05 61 55 95 13
Fax : 05 61 55 95 00
J'ai toujours été passionné par les avions.
Après une rentrée en classe préparatoire, il réalise rapidement que ce modèle ne lui correspond pas pleinement. Il trouve alors à l'INSA un équilibre entre exigence académique et ouverture à d'autres centres d'intérêt.
J'aimais aussi lire, sortir, avoir une vie en dehors des études.
Le choix du génie électrique s'impose ensuite naturellement. Pour celui qui rêve d'aéronautique, cette spécialité représente alors « le centre nerveux des avions ».
De la technologie au collectif
Diplômé, après des stages à Motorola, Jean-Marie Garigue rejoint Alcatel, où il travaille sur des systèmes de traitement du signal et de l'image pour satellites. Guidé par son goût pour les technologies, il poursuit ensuite son parcours chez Alcatel puis Thales, dans des domaines aussi variés que les radars, la cybersécurité, la navigation, l'observation optique ou les télécommunications spatiales.
Au fil des années, se renforce cette idée que la performance technique seule ne suffit pas.
La performance technique a besoin de la performance collective pour conserver une longueur d'avance.
Cette conviction l'amène vers le management de projets puis vers des fonctions de direction. Dans une famille d'enseignants où l'accomplissement collectif comptait davantage que les titres, il voit dans ces responsabilités une occasion d'agir sur la transformation des organisations, leur compétitivité et leur avenir.
Ces responsabilités nourrissent également chez lui un véritable sens entrepreneurial. Au fil de sa carrière, il a vu des entreprises prospérer, se transformer ou parfois disparaître faute d'avoir su anticiper les évolutions de leur marché. Pour lui, l'ingénieur a donc aussi un rôle à jouer dans la capacité des organisations à innover, à se réinventer et à préparer l'avenir.
Après plus de vingt ans chez Thales Alésia Space, il choisit de découvrir un nouvel univers en rejoignant la division avionique de Thales, en tant que responsable de l’ingénierie des équipements, avant d'intégrer Airbus en 2020. Une étape importante pour celui qui se dit particulièrement attaché à la dimension européenne du groupe et à son ancrage territorial.
Diversité, ouverture et sens pratique
Malgré un parcours qui l'a conduit vers de hautes responsabilités industrielles, Jean-Marie Garigue reste profondément attaché au modèle de formation de l'INSA. Il en retient d'abord la diversité. « J'ai eu beaucoup de plaisir à découvrir l'international, à côtoyer des étudiants tunisiens, norvégiens et bien d'autres. Cela ouvre les horizons. »
Cette expérience lui paraît aujourd'hui essentielle dans des entreprises mondiales comme Airbus, où la diversité des parcours nourrit la qualité des décisions.
Il souligne également la force du modèle des sciences appliquées. Les travaux pratiques, les projets et le contact avec le terrain développent un sens concret de la résolution de problèmes qu'il continue de valoriser chez les jeunes ingénieurs.
Mais, à ses yeux, l'INSA forme surtout des ingénieurs capables d'aller au-delà de la technique.
Comprendre le monde pour agir
Jean-Marie Garigue insiste sur l'importance des humanités dans la formation. Elles développent la capacité à analyser, argumenter et dialoguer avec des acteurs très différents. « Les ingénieurs doivent être capables de s'intégrer dans leur environnement et de comprendre le monde dans lequel ils agissent. »
Lecteur d'histoire des sciences et de conquête spatiale, il considère qu'aucune innovation ne peut être pensée indépendamment de son contexte économique, social, environnemental ou géopolitique. Cette compréhension des écosystèmes est devenue selon lui une compétence essentielle. Les entreprises, les technologies et les territoires n'évoluent jamais isolément ; leur performance dépend de leur capacité à interagir avec leur environnement et à aller chercher de l'intelligence à l'extérieur.
Très attaché à sa région d'origine, le Lot, il y voit également une manière de rester connecté aux réalités humaines qui doivent entourer l'innovation.
À cela s'ajoutent d'autres marqueurs du modèle INSA auxquels il reste très attaché : les activités associatives et la pratique sportive obligatoire. « Le sport, la culture, les passions personnelles participent aussi à la formation de l'ingénieur et du développement de sa curiosité. Les entreprises ont besoin de profils ouverts sur le monde, pas seulement de spécialistes enfermés dans leur domaine. »
Former les ingénieurs de demain
Face aux défis contemporains, Jean-Marie Garigue estime que le rôle de l'ingénieur est particulièrement stratégique. Transition climatique, intelligence artificielle, souveraineté technologique ou tensions géopolitiques imposent une approche toujours plus globale des problèmes.
Les compétences scientifiques demeurent fondamentales, mais elles doivent désormais s'accompagner d'autres qualités : apprendre en permanence, exercer son esprit critique, comprendre des écosystèmes complexes et fédérer des équipes.
« Le rôle de l'ingénieur se déplace progressivement de la technique pure vers la capacité à agréger des savoirs, interagir avec différents acteurs et construire une vision. »
Des premiers satellites aux systèmes spatiaux d'Airbus, son parcours illustre une conviction forgée au fil des années : les ingénieurs de demain devront maîtriser les technologies autant que les écosystèmes dans lesquels ils évoluent.
Dans un souci d'alléger le texte et sans aucune discrimination de genre, l'emploi du genre masculin est utilisé à titre épicène.










