[L’Actu – Octobre 2025]
L’adieu à Laurent Grégoire mais pas à son héritage
À 59 ans seulement, Laurent Grégoire a tiré sa révérence, à la plus grande tristesse de tous ceux qui composent la communauté INSA. Musicien et chef d’orchestre professionnel, l’homme avait rejoint il y a 25 ans l’INSA Toulouse pour, ici aussi, composer, mettre en musique, puis orchestrer des programmes artistiques et d’ouverture culturelle très innovants.
« Laurent est et restera un membre exceptionnel de notre communauté et il va beaucoup nous manquer ». C’est en ces mots, le lundi qui a suivi son décès, qu’Alexandra Bertron, la directrice de l’INSA Toulouse, a rendu un dernier hommage à Laurent Grégoire, disparu brusquement le 25 septembre à l’âge de 59 ans. Un hommage partagé lors des obsèques qui se sont déroulées le 3 octobre, par celui qui l’avait précédée à cette fonction, Bertrand Raquet : « Laurent a rejoint l’INSA Toulouse il y a 25 ans pour devenir, au fil des années, un chef d’orchestre qui ne comptait pas son temps, un directeur des filières artistiques rayonnant et tout simplement un bâtisseur généreux de parcours de talents. »
Si ces deux-là avaient, ensemble, « construit un chemin de vie professionnelle pendant 10 ans », c’est en effet plus du double de ce temps que Laurent Grégoire a donné à l’INSA. 25 ans à donner le meilleur de lui-même, tout en poussant les étudiants à fournir également le meilleur d’eux-mêmes « de façon remarquable », comme le souligne sur Instagram l’une de ses étudiantes. Ce qui explique pourquoi ils étaient si nombreux à venir lui dire adieu à la basilique Saint-Sernin.

Entrée en scène d’un musicien, chef d’orchestre et pédagogue à l’INSA Toulouse en 2000
Laurent Grégoire était d’abord musicien. Formé à la trompette dans le Cantal, au Conservatoire d’Aurillac, puis au Conservatoire de Toulouse où il obtiendra en 1991 un premier prix en analyse musicale, il a ensuite multiplié les expériences : chef assistant au festival de Saint-Céré dès 1988, directeur de spectacles lyriques avec Opéra Minima à Toulouse et les Compagnons du théâtre à Castres, mais aussi fondateur de son propre orchestre de chambre avec une vingtaine d’étudiants dès 1985. Il avait ensuite choisi de se saisir de la baguette de chef d’orchestre, après être passé à nouveau sur les bancs de l’école, ceux de l’École normale de musique Alfred-Cortot à Paris.
C’est cette empreinte si particulière qu’il laissera ensuite à l’INSA : celle d’un passionné et professionnel de la musique, d’un pédagogue (puisque, avant de rejoindre l’INSA et en parallèle ensuite jusqu’en 2018, il a aussi enseigné au Conservatoire de Musique et de Danse du Tarn), et celle du chef d’orchestre, mais cette fois-ci sans la baguette, en créant et pilotant plusieurs programmes d’ouverture à l’art. Il va ainsi, successivement, créer la section musique-études en 2000, la section danse-études en 2010 et enfin la section théâtre-études en 2018. Des programmes aménagés qui permettent à des élèves musiciens, danseurs et comédiens confirmés de continuer à pratiquer durant leur cursus d’ingénieur, de la même manière que le font les sportifs de haut niveau. Bien plus que ça, il pilotera aussi la mise en place, en 2021, d’un programme d’ouverture culturelle également novateur, INS’Art, soutenu par la Fondation INSA Toulouse, pour, cette fois-ci, emmener tous les autres étudiants qui le souhaitent à la découverte de la culture.
« Laurent est et restera un membre exceptionnel de notre communauté »
Poursuivre son chemin…
Pari réussi pour ces deux grands types de programmes. Les filières artistiques offrent aujourd’hui à des étudiants passionnés une continuité dans leur parcours de formation artistique, à haut niveau et en parallèle de leurs études. Avec INS’Art, grâce à tous les partenariats noués par le musicien avec l’aide du directeur de la fondation (Orchestre national du Capitole, Théâtre du Capitole, Jazz in Marciac, Cinémathèque de Toulouse, Festival Regards croisés de Biarritz, Théâtre de la Cité de Toulouse…), Laurent Grégoire a aussi « rendu possible », l’accès à la culture pour des centaines d’étudiants, donné « des clés de compréhension » et « provoqué des émotions ».
Ce qu’il faut retenir aujourd’hui ? Que ce que Laurent Grégoire a fait « est tout simplement admirable ». Et c’est pour cette raison que « l’INSA Toulouse poursuivra son chemin »…
Lire son portrait : Laurent Grégoire – Arts et formation d’ingénieur : l’accord parfait
Rédaction : Camille Pons, journaliste
INSA Toulouse
135 avenue de Rangueil
31077 Toulouse cedex 4
Tél : 05 61 55 95 13
Fax : 05 61 55 95 00
J'ai toujours été passionné par les avions.
Après une rentrée en classe préparatoire, il réalise rapidement que ce modèle ne lui correspond pas pleinement. Il trouve alors à l'INSA un équilibre entre exigence académique et ouverture à d'autres centres d'intérêt.
J'aimais aussi lire, sortir, avoir une vie en dehors des études.
Le choix du génie électrique s'impose ensuite naturellement. Pour celui qui rêve d'aéronautique, cette spécialité représente alors « le centre nerveux des avions ».
De la technologie au collectif
Diplômé, après des stages à Motorola, Jean-Marie Garigue rejoint Alcatel, où il travaille sur des systèmes de traitement du signal et de l'image pour satellites. Guidé par son goût pour les technologies, il poursuit ensuite son parcours chez Alcatel puis Thales, dans des domaines aussi variés que les radars, la cybersécurité, la navigation, l'observation optique ou les télécommunications spatiales.
Au fil des années, se renforce cette idée que la performance technique seule ne suffit pas.
La performance technique a besoin de la performance collective pour conserver une longueur d'avance.
Cette conviction l'amène vers le management de projets puis vers des fonctions de direction. Dans une famille d'enseignants où l'accomplissement collectif comptait davantage que les titres, il voit dans ces responsabilités une occasion d'agir sur la transformation des organisations, leur compétitivité et leur avenir.
Ces responsabilités nourrissent également chez lui un véritable sens entrepreneurial. Au fil de sa carrière, il a vu des entreprises prospérer, se transformer ou parfois disparaître faute d'avoir su anticiper les évolutions de leur marché. Pour lui, l'ingénieur a donc aussi un rôle à jouer dans la capacité des organisations à innover, à se réinventer et à préparer l'avenir.
Après plus de vingt ans chez Thales Alésia Space, il choisit de découvrir un nouvel univers en rejoignant la division avionique de Thales, en tant que responsable de l’ingénierie des équipements, avant d'intégrer Airbus en 2020. Une étape importante pour celui qui se dit particulièrement attaché à la dimension européenne du groupe et à son ancrage territorial.
Diversité, ouverture et sens pratique
Malgré un parcours qui l'a conduit vers de hautes responsabilités industrielles, Jean-Marie Garigue reste profondément attaché au modèle de formation de l'INSA. Il en retient d'abord la diversité. « J'ai eu beaucoup de plaisir à découvrir l'international, à côtoyer des étudiants tunisiens, norvégiens et bien d'autres. Cela ouvre les horizons. »
Cette expérience lui paraît aujourd'hui essentielle dans des entreprises mondiales comme Airbus, où la diversité des parcours nourrit la qualité des décisions.
Il souligne également la force du modèle des sciences appliquées. Les travaux pratiques, les projets et le contact avec le terrain développent un sens concret de la résolution de problèmes qu'il continue de valoriser chez les jeunes ingénieurs.
Mais, à ses yeux, l'INSA forme surtout des ingénieurs capables d'aller au-delà de la technique.
Comprendre le monde pour agir
Jean-Marie Garigue insiste sur l'importance des humanités dans la formation. Elles développent la capacité à analyser, argumenter et dialoguer avec des acteurs très différents. « Les ingénieurs doivent être capables de s'intégrer dans leur environnement et de comprendre le monde dans lequel ils agissent. »
Lecteur d'histoire des sciences et de conquête spatiale, il considère qu'aucune innovation ne peut être pensée indépendamment de son contexte économique, social, environnemental ou géopolitique. Cette compréhension des écosystèmes est devenue selon lui une compétence essentielle. Les entreprises, les technologies et les territoires n'évoluent jamais isolément ; leur performance dépend de leur capacité à interagir avec leur environnement et à aller chercher de l'intelligence à l'extérieur.
Très attaché à sa région d'origine, le Lot, il y voit également une manière de rester connecté aux réalités humaines qui doivent entourer l'innovation.
À cela s'ajoutent d'autres marqueurs du modèle INSA auxquels il reste très attaché : les activités associatives et la pratique sportive obligatoire. « Le sport, la culture, les passions personnelles participent aussi à la formation de l'ingénieur et du développement de sa curiosité. Les entreprises ont besoin de profils ouverts sur le monde, pas seulement de spécialistes enfermés dans leur domaine. »
Former les ingénieurs de demain
Face aux défis contemporains, Jean-Marie Garigue estime que le rôle de l'ingénieur est particulièrement stratégique. Transition climatique, intelligence artificielle, souveraineté technologique ou tensions géopolitiques imposent une approche toujours plus globale des problèmes.
Les compétences scientifiques demeurent fondamentales, mais elles doivent désormais s'accompagner d'autres qualités : apprendre en permanence, exercer son esprit critique, comprendre des écosystèmes complexes et fédérer des équipes.
« Le rôle de l'ingénieur se déplace progressivement de la technique pure vers la capacité à agréger des savoirs, interagir avec différents acteurs et construire une vision. »
Des premiers satellites aux systèmes spatiaux d'Airbus, son parcours illustre une conviction forgée au fil des années : les ingénieurs de demain devront maîtriser les technologies autant que les écosystèmes dans lesquels ils évoluent.
Dans un souci d'alléger le texte et sans aucune discrimination de genre, l'emploi du genre masculin est utilisé à titre épicène.










