Carole Molina Jouve

 

La force du collectif

Spécialiste en bioprocédés, Carole Molina Jouve a construit son parcours en menant des travaux de recherche sur le développement de nouvelles voies de conversion de ressources renouvelables et de déchets pour produire des molécules biosourcées, alors que les enjeux de transition écologique et énergétique faisaient encore débat dans la société. Elle s’est aussi engagée dans le management de la recherche et le développement de projets à l’international : des expériences qui lui permettent aujourd’hui d’œuvrer à la direction de la recherche de l’INSA Toulouse.

Carole Molina Jouve

Cette professeure des universités et chercheuse spécialisée dans les bioprocédés, a rejoint l’INSA Toulouse en 1999. Durant sa carrière, en complément de l’enseignement et de la recherche, elle s’est aussi investie dans des missions d’intérêt collectif et le management de la recherche. Elle a notamment dirigé l’équipe de recherche qu’elle avait rejointe en 1999, FAME (Fermentation Advances & Microbial Engineering), puis le laboratoire qui l’abritait, TBI (Toulouse Biotechnology Institute), de janvier 2016 à décembre 2020. Ce sont ces différentes responsabilités qui lui ont permis de développer une solide expérience pour prétendre au poste qu’elle occupe depuis février 2025, de directrice de la recherche de l’INSA Toulouse.

Mais comment en est-elle arrivée là ? Carole Molina Jouve est diplômée Ingénieur en Génie des procédés (1987), par l’École nationale supérieure d’ingénieur de Génie chimique de Toulouse (ENSIACET), rattachée à l’INPT (Institut national polytechnique de Toulouse).

Elle a poursuivi ensuite avec un DEA (équivalent d’un master recherche aujourd’hui), puis une thèse consacrée à la dépollution des effluents de l’industrie de galvanoplastie : l’ambition était de contribuer au traitement des eaux usées de cette industrie spécialisée dans les processus chimiques et électro-chimiques de dépôts de matériaux en surface de pièces métalliques pour des applications aéronautiques. Ces eaux usées peuvent contenir du cyanure hautement toxique, des ions de métaux lourds, des huiles et des graisses, des solvants organiques, etc.

Quand la recherche fondamentale a rendez-vous avec la recherche appliquée

Après sa thèse, elle fera ses « premiers pas » en tant que professeure, dans un lycée technique. Premiers pas « enrichissants », se souvient-elle, puisqu’elle apprend « les techniques pédagogiques avec des jeunes avec la nécessité de se mettre en scène ». Elle rejoindra ensuite l’université d’Aix-Marseille en tant qu’ATER (Attachée temporaire d’enseignement et de recherche) puis maître de conférences, où elle va développer des recherches sur les procédés séparatifs membranaires. Ces procédés permettent, par exemple, de séparer des molécules contenues dans des fluides pour dépolluer ou récupérer des arômes valorisés en cosmétique et dans l’agroalimentaire. 10 ans après, elle rejoindra l’équipe de recherche FAME.

Elle réalise alors une conversion thématique au génie microbiologique et aux bioprocédés dans les domaines d’applications des biotechnologies industrielles (bio énergie, chimie verte, biomatériaux). Et ils lui offrent « des opportunités incroyables ». Parce que, outre lui permettre de développer des connaissances en biotechnologies, ils la confrontent à un double challenge : « mener des recherches à la fois sur des aspects très fondamentaux (production de connaissances et prospective), mais aussi sur des aspects appliqués, ce qui est une force du laboratoire qui a construit son identité en associant à de la recherche de très haut niveau un fort partenariat industriel. »

 

Des travaux axés sur les grands enjeux environnementaux

Elle débute, avec le soutien de ses collègues au sein de l’équipe FAME, des travaux de recherche portant sur la production de biocarburants en mobilisant d’abord des substrats renouvelables agricoles non alimentaires. C’est ainsi que Carole Molina Jouve coordonnera, à partir de 2012, un projet de « carburant du futur » pour l’aéronautique (convertir le carbone contenu dans des résidus agricoles tels que la paille, des copeaux de bois, des déchets forestiers…en alcanes), ProBio3, associant cinq partenaires industriels, dont Airbus, et des partenaires académiques tels que l’INRAe et le CNRS. Plus tard, elle s’intéressera également aux bio matériaux pour substituer les matériaux d’origine fossile.

C’est à partir de 2016 qu’elle fera le choix d’élargir ses activités de recherche pour s’investir davantage dans le management de la recherche, en se positionnant à la direction de TBI jusqu’en 2021. Une direction qu’elle partagera avec deux autres chercheurs, Pascal Loubiere et Véronique LeBerre, convaincue que c’est le collectif qui fait « la force ». Elle impulsera une réorganisation de ce laboratoire avec, notamment, la création d’un service de gestion administrative et des RH afin « de rester en proximité des personnels et identifier les moyens de dégager du temps à l’exercice de leurs métiers ». Elle travaillera aussi à accroitre la visibilité des travaux de TBI à l’international et soutiendra, entre autres, des collaborations avec Singapour sur la biologie de synthèse et la création d’une graduate school Biotechnology and Processes for Bio Based Economy.

 

Poursuivre son fil directeur : travailler en transversalité

Une dimension internationale qu’elle va développer aussi, à partir de janvier 2023, avec la création et la co-coordination de la Chaire Unesco Ingénierie Durable des produits biosourcés IDBio : un projet de collaboration franco-africaine dédié au développement durable et associant 7 établissements africains sur les dimensions enseignement supérieur, recherche, innovation, transfert et entrepreneuriat.

« Le collectif, c’est ce qui nous porte et nous nourrit »

Ce sont toutes ces expériences, mais surtout la façon dont elle les a menées, qui ont conduit l’enseignante et la chercheuse jusqu’à la direction de la recherche. Sa candidature a été particulièrement motivée par la demande faite par Alexandra Bertron de travailler en transversalité entre les directions de l’établissement et de façon synergique. « C’est une dimension dans laquelle je me retrouve. Il faut être plusieurs pour monter des projets ambitieux, servir le collectif qui nous nourrit », justifie la nouvelle directrice de la recherche. Elle aime souligner que, dans tout son parcours, c’est le « nous » qui a toujours primé sur le « je ». « Je partage la conviction que la synergie entre la recherche, la formation initiale, la formation continue, les relations avec les entreprises et les relations internationales constitue un levier déterminant pour répondre aux besoins d’une recherche de qualité et une formation de qualité, visibles et attractives ». Des exemples, elle n’en manque pas. « La recherche peut être en capacité de venir soutenir la formation initiale pour initier nos étudiants à la recherche, les amener vers l’entrepreneuriat ; la recherche peut s’associer à la direction des relations internationales pour aller sur des partenariats stratégiques et travailler à la fois la mobilité de nos ingénieurs et le développement de projets de recherche à l’international ; la recherche peut s’associer avec la Fondation pour développer des chaires industrielles ; la recherche peut travailler avec le service des ressources humaines pour mieux gérer les besoins, les carrières, les difficultés des personnels dont elle a besoin pour se développer… ». Autant de pistes et d’actions à mener au bénéfice de notre établissement pour réussir à atteindre ses ambitions.

Rédaction : Camille Pons, journaliste

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J'ai toujours été passionné par les avions. 

Après une rentrée en classe préparatoire, il réalise rapidement que ce modèle ne lui correspond pas pleinement. Il trouve alors à l'INSA un équilibre entre exigence académique et ouverture à d'autres centres d'intérêt.

J'aimais aussi lire, sortir, avoir une vie en dehors des études. 

Le choix du génie électrique s'impose ensuite naturellement. Pour celui qui rêve d'aéronautique, cette spécialité représente alors « le centre nerveux des avions ».

 

De la technologie au collectif

Diplômé, après des stages à Motorola, Jean-Marie Garigue rejoint Alcatel, où il travaille sur des systèmes de traitement du signal et de l'image pour satellites. Guidé par son goût pour les technologies, il poursuit ensuite son parcours chez Alcatel puis Thales, dans des domaines aussi variés que les radars, la cybersécurité, la navigation, l'observation optique ou les télécommunications spatiales.

Au fil des années, se renforce cette idée que la performance technique seule ne suffit pas.

La performance technique a besoin de la performance collective pour conserver une longueur d'avance. 

Cette conviction l'amène vers le management de projets puis vers des fonctions de direction. Dans une famille d'enseignants où l'accomplissement collectif comptait davantage que les titres, il voit dans ces responsabilités une occasion d'agir sur la transformation des organisations, leur compétitivité et leur avenir.

Ces responsabilités nourrissent également chez lui un véritable sens entrepreneurial. Au fil de sa carrière, il a vu des entreprises prospérer, se transformer ou parfois disparaître faute d'avoir su anticiper les évolutions de leur marché. Pour lui, l'ingénieur a donc aussi un rôle à jouer dans la capacité des organisations à innover, à se réinventer et à préparer l'avenir.

Après plus de vingt ans chez Thales Alésia Space, il choisit de découvrir un nouvel univers en rejoignant la division avionique de Thales, en tant que responsable de l’ingénierie des équipements, avant d'intégrer Airbus en 2020. Une étape importante pour celui qui se dit particulièrement attaché à la dimension européenne du groupe et à son ancrage territorial.

Diversité, ouverture et sens pratique

Malgré un parcours qui l'a conduit vers de hautes responsabilités industrielles, Jean-Marie Garigue reste profondément attaché au modèle de formation de l'INSA. Il en retient d'abord la diversité. « J'ai eu beaucoup de plaisir à découvrir l'international, à côtoyer des étudiants tunisiens, norvégiens et bien d'autres. Cela ouvre les horizons. »

Cette expérience lui paraît aujourd'hui essentielle dans des entreprises mondiales comme Airbus, où la diversité des parcours nourrit la qualité des décisions.
Il souligne également la force du modèle des sciences appliquées. Les travaux pratiques, les projets et le contact avec le terrain développent un sens concret de la résolution de problèmes qu'il continue de valoriser chez les jeunes ingénieurs.
Mais, à ses yeux, l'INSA forme surtout des ingénieurs capables d'aller au-delà de la technique.

Comprendre le monde pour agir

Jean-Marie Garigue insiste sur l'importance des humanités dans la formation. Elles développent la capacité à analyser, argumenter et dialoguer avec des acteurs très différents. « Les ingénieurs doivent être capables de s'intégrer dans leur environnement et de comprendre le monde dans lequel ils agissent. »

Lecteur d'histoire des sciences et de conquête spatiale, il considère qu'aucune innovation ne peut être pensée indépendamment de son contexte économique, social, environnemental ou géopolitique. Cette compréhension des écosystèmes est devenue selon lui une compétence essentielle. Les entreprises, les technologies et les territoires n'évoluent jamais isolément ; leur performance dépend de leur capacité à interagir avec leur environnement et à aller chercher de l'intelligence à l'extérieur.

Très attaché à sa région d'origine, le Lot, il y voit également une manière de rester connecté aux réalités humaines qui doivent entourer l'innovation.

À cela s'ajoutent d'autres marqueurs du modèle INSA auxquels il reste très attaché : les activités associatives et la pratique sportive obligatoire. « Le sport, la culture, les passions personnelles participent aussi à la formation de l'ingénieur et du développement de sa curiosité. Les entreprises ont besoin de profils ouverts sur le monde, pas seulement de spécialistes enfermés dans leur domaine. »

Former les ingénieurs de demain

Face aux défis contemporains, Jean-Marie Garigue estime que le rôle de l'ingénieur est particulièrement stratégique. Transition climatique, intelligence artificielle, souveraineté technologique ou tensions géopolitiques imposent une approche toujours plus globale des problèmes.

Les compétences scientifiques demeurent fondamentales, mais elles doivent désormais s'accompagner d'autres qualités : apprendre en permanence, exercer son esprit critique, comprendre des écosystèmes complexes et fédérer des équipes.
« Le rôle de l'ingénieur se déplace progressivement de la technique pure vers la capacité à agréger des savoirs, interagir avec différents acteurs et construire une vision. »

Des premiers satellites aux systèmes spatiaux d'Airbus, son parcours illustre une conviction forgée au fil des années : les ingénieurs de demain devront maîtriser les technologies autant que les écosystèmes dans lesquels ils évoluent.

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