Chérif KEITA
Le verbe et le vert
Chérif Keita est étudiant en 2ᵉ année à l’INSA Toulouse. Nul doute, au regard de la voie de formation qu’il a choisie, qu’il aime les sciences exactes et formelles. Mais le jeune homme démontre aussi que cette appétence n’est pas incompatible avec l’amour du verbe et de la philosophie. Amour qu’il a déjà partagé à deux reprises au concours d’éloquence du Groupe INSA. Grand vainqueur cette année à Toulouse, il s’est qualifié pour la finale nationale qui se déroulera à Paris en janvier prochain.
« Un écran, aussi lumineux soit-il, peut-il remplacer une poignée de mains ? Une pause café ? Un rire partagé ? (…) Le mal est déjà là : ce vide silencieux, cet isolement invisible. Travailler à distance, c’est couper le fil humain, c’est perdre le regard du collègue, le rire de la pause… ». En un court extrait issu de sa prestation donnée le 6 novembre 2025 à l’occasion de la finale toulousaine du concours d’éloquence du Groupe INSA, on apprend déjà deux grandes choses sur Chérif Keita : ce qu’il pense du télétravail, une vision inspirée par son propre vécu – les heures, les journées, les mois passés loin de ses camarades de classe durant le Covid-19 – ; et son amour du verbe. L’étudiant démontre aussi que l’INSA Toulouse, qu’il a intégré à la rentrée 2023 est fidèle au modèle qu’il promeut : encourager la diversité des profils. Et Chérif Keita montre en l’occurrence que l’on peut être bon en mathématiques, en physique, en sciences de l’ingénieur, tout en étant bon en français et en s’intéressant à la philosophie.
Ce penchant pour la réflexion, l’esprit critique et l’expression, le jeune homme le cultive depuis longtemps. Son étape au lycée Saint-Sernin, spécialisé dans les arts et les langues, l’invitera à développer encore davantage cette sensibilité particulière, tout comme le goût de l’engagement. En terminale, le jeune élève montera en effet une association avec deux autres lycéens, Écolight, pour organiser des débats autour de l’écologie dans les collèges et les lycées. De quoi s’agissait-il ? « D’expliquer simplement le rapport du GIEC (Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat) en s’inspirant de la BD écrite par Jean-Marc Jancovici et dessinée par Christophe Blain, ‘Le monde sans fin’ [BD qui vulgarise avec humour les enjeux écologiques, ndlr] », explique le jeune homme. Le modèle retenu est quant à lui celui des débats mouvants, qui consiste à soumettre des propositions à un groupe, puis à demander aux participants de prendre physiquement position pour ou contre, en changeant de zone selon leur point de vue. « Un mode interactif qui est adapté à un public de jeunes », argumente Chérif, tout comme le format pair-à-pair également choisi pour « sa pertinence, car il est plus facile de convaincre quand ce sont des jeunes qui s’adressent à d’autres jeunes, notamment parce qu’ils sont moins dans un discours moralisateur ».
Une prépa, une rencontre et une immersion plus loin, il franchit la porte de l’INSA
Son engagement ne se traduit pas qu’au travers de son implication dans cette association. Chérif Keita va occuper aussi, à plusieurs reprises durant son parcours scolaire, la fonction de délégué, puis celles de représentant des élèves au conseil de discipline, conseil d’administration et de vice-président du CVL (Conseil des délégués pour la vie lycéenne). Il contribuera à la mise en œuvre de plusieurs projets : des journées thématiques visant à créer un sentiment d’appartenance entre les élèves, des projets visant à sensibiliser ou à informer, à l’instar de la semaine de lutte contre les discriminations ou encore de la semaine des arts, des projets pour lutter contre le gaspillage…
Le jeune homme ramènera ce penchant pour l’engagement à l’INSA Toulouse, qu’il va découvrir, après la terminale, grâce à une prépa CPES (Classe préparatoire aux études supérieures), un dispositif d’égalité des chances qui permet à des élèves bacheliers à dominante scientifique boursiers et bacheliers professionnels issus de milieux modestes de poursuivre des études scientifiques longues en les aidant, en particulier, « à consolider leurs bases mais aussi à peaufiner leur orientation », précise le jeune étudiant.
J’ai été séduit ! Il n’était pas question d’aller ailleurs !
C’est là qu’il fera « une de ses plus belles rencontres », celle de Thierry Dupont, qui porte à l’INSA le Projet Professionnel Individualisé et va motiver le jeune homme à postuler ici (regarder « Thierry Dupont, chacun cherche sa voie »). La décision définitive se fera néanmoins à l’issue d’une journée d’immersion à l’INSA. « Ce que j’ai retenu de cette journée, c’est la dimension humaine de cette école au-delà de sa spécificité technique », se souvient l’étudiant. « Les professeurs prennent du temps pour t’expliquer, te guider et montrent qu’ils veulent valoriser la dimension humaine – tes motivations, tes spécificités – tout autant que tes compétences académiques ou techniques. J’ai été séduit ! Il n’était pas question d’aller ailleurs ! »
Un master en relations internationales pour peaufiner des dimensions autres que techniques
Une autre découverte contribuera aussi à cette décision : les valeurs portées par l’établissement. « Une question m’a marqué », poursuit Chérif Keita. « Qu’est-ce qu’un étudiant INSA peut faire pour l’écologie ? Je ne m’y attendais pas du tout. Et on nous a expliqué qu’on allait attendre de lui qu’il réfléchisse à cet enjeu et qu’il l’intègre dans sa façon de concevoir et d’innover. Ici, on forme des ingénieurs humanistes qui ne pensent pas seulement technologie ! »
Aujourd’hui, l’étudiant est en 2ᵉ année, en pré-orientation Ingénierie des matériaux, composants et systèmes (IMACS). Ce choix devrait lui permettre de viser ensuite la filière automatique-électronique (AE) en vue d’investir, à terme, le domaine des communications par satellite. L’étudiant ambitionne aussi de faire un master en relations internationales à Science Po afin d’obtenir un diplôme qui pourrait ainsi le « légitimer plus tard pour prendre des décisions qui ne seront pas seulement techniques ».
Fier de représenter l’INSA Toulouse
Côté vie étudiante, Chérif a décidé de s’engager comme il le faisait dans le secondaire. Parce qu’il a « une appétence naturelle pour défendre les gens », il s’est donc présenté cette année en tête d’une liste de 10 étudiants aux élections des représentants de son département des Sciences et technologies pour l’ingénieur (STPI), pour se faire le porte-parole des étudiants auprès de l’administration. Et il a été effectivement élu ce 9 décembre 2025 pour réaliser un premier mandat d’un an.
Mais la prochaine grande échéance qui l’attend « au nom de l’INSA » sera celle du concours national d’éloquence, dont la date est fixée au 29 janvier 2026 à Paris. Alors que l’an passé Chérif Keita avait déjà eu la fierté d’être désigné coup de cœur du jury, cette année il a fini premier de son établissement. Participer à ce concours offre deux mérites selon lui. « D’abord, m’aider à développer davantage ma réflexion et ma capacité à m’exprimer devant un public, à affronter le jugement des autres, ce qui me servira dans ma vie professionnelle où je serai amené à convaincre, ce qui n’est pas un exercice facile », explicite le jeune homme. Ensuite, représenter son établissement, ce qui lui procure « une fierté immense ». « Je suis heureux de représenter l’INSA Toulouse parce que c’est mon école, c’est la meilleure des écoles et des INSA : pour sa diversité, son inclusion, son dynamisme ! », martèle tout sourire l’étudiant qui dit avoir « l’audace d’espérer gagner ». Et c’est à ce titre qu’il invite ses camarades toulousains à voter pour lui lors de la grande finale qui sera diffusée sur YouTube en direct le 29 janvier prochain…
Pour suivre Chérif Keita
- Son compte Instagram : www.instagram.com/cherifkeitaa/
- Sa page Linkedin : www.linkedin.com/in/ch%C3%A9rif-keita-a79646266
- Compte Instagram de l’association : @Eco-light31
Rédaction : Camille Pons, journaliste
INSA Toulouse
135 avenue de Rangueil
31077 Toulouse cedex 4
Tél : 05 61 55 95 13
Fax : 05 61 55 95 00
J'ai toujours été passionné par les avions.
Après une rentrée en classe préparatoire, il réalise rapidement que ce modèle ne lui correspond pas pleinement. Il trouve alors à l'INSA un équilibre entre exigence académique et ouverture à d'autres centres d'intérêt.
J'aimais aussi lire, sortir, avoir une vie en dehors des études.
Le choix du génie électrique s'impose ensuite naturellement. Pour celui qui rêve d'aéronautique, cette spécialité représente alors « le centre nerveux des avions ».
De la technologie au collectif
Diplômé, après des stages à Motorola, Jean-Marie Garigue rejoint Alcatel, où il travaille sur des systèmes de traitement du signal et de l'image pour satellites. Guidé par son goût pour les technologies, il poursuit ensuite son parcours chez Alcatel puis Thales, dans des domaines aussi variés que les radars, la cybersécurité, la navigation, l'observation optique ou les télécommunications spatiales.
Au fil des années, se renforce cette idée que la performance technique seule ne suffit pas.
La performance technique a besoin de la performance collective pour conserver une longueur d'avance.
Cette conviction l'amène vers le management de projets puis vers des fonctions de direction. Dans une famille d'enseignants où l'accomplissement collectif comptait davantage que les titres, il voit dans ces responsabilités une occasion d'agir sur la transformation des organisations, leur compétitivité et leur avenir.
Ces responsabilités nourrissent également chez lui un véritable sens entrepreneurial. Au fil de sa carrière, il a vu des entreprises prospérer, se transformer ou parfois disparaître faute d'avoir su anticiper les évolutions de leur marché. Pour lui, l'ingénieur a donc aussi un rôle à jouer dans la capacité des organisations à innover, à se réinventer et à préparer l'avenir.
Après plus de vingt ans chez Thales Alésia Space, il choisit de découvrir un nouvel univers en rejoignant la division avionique de Thales, en tant que responsable de l’ingénierie des équipements, avant d'intégrer Airbus en 2020. Une étape importante pour celui qui se dit particulièrement attaché à la dimension européenne du groupe et à son ancrage territorial.
Diversité, ouverture et sens pratique
Malgré un parcours qui l'a conduit vers de hautes responsabilités industrielles, Jean-Marie Garigue reste profondément attaché au modèle de formation de l'INSA. Il en retient d'abord la diversité. « J'ai eu beaucoup de plaisir à découvrir l'international, à côtoyer des étudiants tunisiens, norvégiens et bien d'autres. Cela ouvre les horizons. »
Cette expérience lui paraît aujourd'hui essentielle dans des entreprises mondiales comme Airbus, où la diversité des parcours nourrit la qualité des décisions.
Il souligne également la force du modèle des sciences appliquées. Les travaux pratiques, les projets et le contact avec le terrain développent un sens concret de la résolution de problèmes qu'il continue de valoriser chez les jeunes ingénieurs.
Mais, à ses yeux, l'INSA forme surtout des ingénieurs capables d'aller au-delà de la technique.
Comprendre le monde pour agir
Jean-Marie Garigue insiste sur l'importance des humanités dans la formation. Elles développent la capacité à analyser, argumenter et dialoguer avec des acteurs très différents. « Les ingénieurs doivent être capables de s'intégrer dans leur environnement et de comprendre le monde dans lequel ils agissent. »
Lecteur d'histoire des sciences et de conquête spatiale, il considère qu'aucune innovation ne peut être pensée indépendamment de son contexte économique, social, environnemental ou géopolitique. Cette compréhension des écosystèmes est devenue selon lui une compétence essentielle. Les entreprises, les technologies et les territoires n'évoluent jamais isolément ; leur performance dépend de leur capacité à interagir avec leur environnement et à aller chercher de l'intelligence à l'extérieur.
Très attaché à sa région d'origine, le Lot, il y voit également une manière de rester connecté aux réalités humaines qui doivent entourer l'innovation.
À cela s'ajoutent d'autres marqueurs du modèle INSA auxquels il reste très attaché : les activités associatives et la pratique sportive obligatoire. « Le sport, la culture, les passions personnelles participent aussi à la formation de l'ingénieur et du développement de sa curiosité. Les entreprises ont besoin de profils ouverts sur le monde, pas seulement de spécialistes enfermés dans leur domaine. »
Former les ingénieurs de demain
Face aux défis contemporains, Jean-Marie Garigue estime que le rôle de l'ingénieur est particulièrement stratégique. Transition climatique, intelligence artificielle, souveraineté technologique ou tensions géopolitiques imposent une approche toujours plus globale des problèmes.
Les compétences scientifiques demeurent fondamentales, mais elles doivent désormais s'accompagner d'autres qualités : apprendre en permanence, exercer son esprit critique, comprendre des écosystèmes complexes et fédérer des équipes.
« Le rôle de l'ingénieur se déplace progressivement de la technique pure vers la capacité à agréger des savoirs, interagir avec différents acteurs et construire une vision. »
Des premiers satellites aux systèmes spatiaux d'Airbus, son parcours illustre une conviction forgée au fil des années : les ingénieurs de demain devront maîtriser les technologies autant que les écosystèmes dans lesquels ils évoluent.
Dans un souci d'alléger le texte et sans aucune discrimination de genre, l'emploi du genre masculin est utilisé à titre épicène.










