Denis BEAUVAIS

 

À la recherche des parfaits accords

Entré à l’INSA Toulouse après une première carrière menée dans le privé, Denis Beauvais a été sollicité pour valoriser davantage les activités de recherche auprès du monde socio-économique. Passionné par les challenges, il acceptera, à l’aube de sa retraite, de retarder la date de son départ pour poursuivre une réflexion au service de la valorisation de la formation, puis pour exploiter tout le potentiel abrité par l’INSA.

Portrait de Denis Beauvais

« Je suis un fonctionnaire vieux », aime-t-il souligner, un brin amusé, en guise d’introduction lorsqu’on lui demande de présenter sa nouvelle fonction de responsable de la Direction opérationnelle de la contractualisation, dite DOC. En effet, après avoir joué les prolongations à deux reprises, Denis Beauvais ne partira à la retraite qu’en juin prochain, à l’âge de 66 ans. « Mais je suis en même temps un jeune fonctionnaire », poursuit-il, toujours amusé. Ce n’est qu’en 2016 que celui-ci a rejoint la fonction publique, en intégrant TBI (Toulouse Biotechnology Institute), le plus gros laboratoire de l’INSA Toulouse spécialisé dans les biotechnologies, après avoir réalisé toute sa carrière dans le privé, à diverses fonctions d’encadrement. 

Sa manière de se présenter est loin d’être anodine. C’est ce profil et cette expérience, en particulier, qui motivent sa présence à l’INSA depuis 2016 et son évolution jusqu’à aujourd’hui, où il a accepté une dernière mission : mettre sur les rails cette DOC, qu’il dirige depuis janvier, à la demande de la nouvelle directrice de l’établissement, Alexandra Bertron.

Montage de projets et valorisation des résultats : s’appuyer sur l’expérience en recherche

Mais de quoi parle-t-on exactement ? Cette Direction opérationnelle de la contractualisation s’est vue confier la mission d’aider les personnels de l’INSA au montage de projets et à la négociation de contrats, pour valoriser les productions, activités, outils dans tous les domaines : scientifiques, pédagogiques, en direction des entreprises, à l’international. Ce qui va être vraiment nouveau, c’est la capacité de cette direction à œuvrer sur tous les domaines car, explique Denis Beauvais, cette mission, l’INSA Toulouse l’exerce déjà très bien pour la recherche depuis des années.

C’est Bertrand Raquet, l’ancien directeur de l’établissement, qui lui demandera après 4 années en tant que secrétaire général au sein de TBI, sa première contribution pour écrire cette histoire. À ce moment-là, il lui confiera les rênes du SAIC (Service d’activités industrielles et commerciales), pour que se développe davantage à l’INSA la formation « contractuelle », sur le même modèle que s’était développée depuis le début des années 2000 la recherche contractuelle (valorisation et exploitation des travaux de recherche, des brevets, licences, droits de propriété intellectuelle ou industrielle…). L’idée ? Alors que se multiplient les appels à projets pour mettre en place des projets innovants et favoriser l’éclosion de nouveaux enseignements, il s’agit de mieux accompagner les équipes pédagogiques de l’établissement d’un point de vue administratif et financier, afin d’accroître les chances de succès sur ces appels à concours. 

Cette aide est indispensable car, observe encore le responsable de la DOC, « si le pli de la recherche contractuelle était pris par les chercheurs, rentrés dès 2000 dans un système d’appels à projets et d’appels à manifestations d’intérêt…, il n’en est pas de même dans les autres domaines ».

Élargir le spectre d’intervention de l’ancien SAIC

Après deux ans et demi de réflexion, en 2024, le directeur lui demande cette fois-ci d’imaginer une organisation qui permettrait d’élargir davantage le périmètre d’action du SAIC. Pourquoi accepter une fois encore ? « Alors que le mandat de Bertrand Raquet arrivait à son terme, c’est cette partie du projet d’Alexandra Bertron que j’ai trouvée la plus différenciante : sa volonté de continuer à tirer profit de l’expérience contractuelle acquise et d’élargir le spectre d’intervention en prenant également en compte les relations entreprises et les relations à l’international », explique le responsable de la DOC. « Or, dans un établissement public essentiellement financé par l’État, et où les ressources diminuent, mieux vaut compter sur ses propres forces. Et trouver de nouvelles marges d’action passe par cette idée que tous les acteurs ont un potentiel et qu’on peut les amener à travailler avec la culture du résultat. »

Ce qu’il entend par culture du résultat, c’est cette capacité à tirer bénéfice de ce que produisent ou font les équipes. Actuellement, beaucoup de ressources restent inexploitées. L’un des rôles de la DOC sera donc d’apporter une expertise financière et un soutien juridique au moment du montage des projets, afin de préserver les intérêts de l’établissement, de ses enseignants et de ses chercheurs.

 

Mieux exploiter tout le potentiel de l’INSA, de la formation initiale à la recherche

Il s’agit donc pour lui d’établir une feuille de route qui définira une organisation et des objectifs qui seront présentés pour validation au Conseil d’administration de l’établissement en juin prochain. En faisant d’abord un état des lieux des sujets traités et des partenariats déjà mis en place avec les directions respectives des relations entreprises, des relations internationales, des études et de la formation, et de la recherche, pour « avoir une vision globale de l’offre de l’établissement ». Il s’agira ensuite, avec les acteurs concernés, de définir, puis de mettre en place les process et les conditions qui vont permettre « d’en tirer des bénéfices », conditions parmi lesquelles figurent, entre autres, la définition d’outils de veille et de prospective pour valoriser ce potentiel. Enfin, il s’agira d’établir la manière dont cette direction formalisera ces partenariats avec ses multiples interlocuteurs publics et privés : accord de collaboration, accord de consortium, accord de confidentialité, accord cadre… Un travail qui « suppose des changements, voire des ruptures dans les modes de fonctionnement, notamment pour favoriser des synergies entre tous les services ». Ce qui nécessitera aussi de mener en parallèle « une conduite du changement avec les directions concernées ».

« Si je tiens quelque chose, j’ai un peu de mal à le lâcher »

Et après ?

Denis Beauvais l’assure, en juin, après avoir consolidé cette nouvelle organisation, un successeur prendra la relève et améliorera ce projet. Mais il ne regrette en aucun cas cette implication de longue haleine. D’abord de par son appétence certaine pour le challenge. Et parce qu’il aime aller jusqu’au bout des choses. « Si je tiens quelque chose, j’ai un peu de mal à le lâcher », aime-t-il d’ailleurs souligner.

Enfin, au-delà de ces traits de caractère personnels, Denis Beauvais reconnaît volontiers avoir été « séduit et convaincu par cet homme, puis cette femme [Bertrand Raquet puis Alexandra Bertron qui lui a succédé, ndrl], qui attendaient et attendent de moi que je donne mon avis, et m’ont donc offert une liberté d’échange et, ce faisant, une confiance que j’apprécie particulièrement ».

Rédaction : Camille Pons, journaliste

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J'ai toujours été passionné par les avions. 

Après une rentrée en classe préparatoire, il réalise rapidement que ce modèle ne lui correspond pas pleinement. Il trouve alors à l'INSA un équilibre entre exigence académique et ouverture à d'autres centres d'intérêt.

J'aimais aussi lire, sortir, avoir une vie en dehors des études. 

Le choix du génie électrique s'impose ensuite naturellement. Pour celui qui rêve d'aéronautique, cette spécialité représente alors « le centre nerveux des avions ».

 

De la technologie au collectif

Diplômé, après des stages à Motorola, Jean-Marie Garigue rejoint Alcatel, où il travaille sur des systèmes de traitement du signal et de l'image pour satellites. Guidé par son goût pour les technologies, il poursuit ensuite son parcours chez Alcatel puis Thales, dans des domaines aussi variés que les radars, la cybersécurité, la navigation, l'observation optique ou les télécommunications spatiales.

Au fil des années, se renforce cette idée que la performance technique seule ne suffit pas.

La performance technique a besoin de la performance collective pour conserver une longueur d'avance. 

Cette conviction l'amène vers le management de projets puis vers des fonctions de direction. Dans une famille d'enseignants où l'accomplissement collectif comptait davantage que les titres, il voit dans ces responsabilités une occasion d'agir sur la transformation des organisations, leur compétitivité et leur avenir.

Ces responsabilités nourrissent également chez lui un véritable sens entrepreneurial. Au fil de sa carrière, il a vu des entreprises prospérer, se transformer ou parfois disparaître faute d'avoir su anticiper les évolutions de leur marché. Pour lui, l'ingénieur a donc aussi un rôle à jouer dans la capacité des organisations à innover, à se réinventer et à préparer l'avenir.

Après plus de vingt ans chez Thales Alésia Space, il choisit de découvrir un nouvel univers en rejoignant la division avionique de Thales, en tant que responsable de l’ingénierie des équipements, avant d'intégrer Airbus en 2020. Une étape importante pour celui qui se dit particulièrement attaché à la dimension européenne du groupe et à son ancrage territorial.

Diversité, ouverture et sens pratique

Malgré un parcours qui l'a conduit vers de hautes responsabilités industrielles, Jean-Marie Garigue reste profondément attaché au modèle de formation de l'INSA. Il en retient d'abord la diversité. « J'ai eu beaucoup de plaisir à découvrir l'international, à côtoyer des étudiants tunisiens, norvégiens et bien d'autres. Cela ouvre les horizons. »

Cette expérience lui paraît aujourd'hui essentielle dans des entreprises mondiales comme Airbus, où la diversité des parcours nourrit la qualité des décisions.
Il souligne également la force du modèle des sciences appliquées. Les travaux pratiques, les projets et le contact avec le terrain développent un sens concret de la résolution de problèmes qu'il continue de valoriser chez les jeunes ingénieurs.
Mais, à ses yeux, l'INSA forme surtout des ingénieurs capables d'aller au-delà de la technique.

Comprendre le monde pour agir

Jean-Marie Garigue insiste sur l'importance des humanités dans la formation. Elles développent la capacité à analyser, argumenter et dialoguer avec des acteurs très différents. « Les ingénieurs doivent être capables de s'intégrer dans leur environnement et de comprendre le monde dans lequel ils agissent. »

Lecteur d'histoire des sciences et de conquête spatiale, il considère qu'aucune innovation ne peut être pensée indépendamment de son contexte économique, social, environnemental ou géopolitique. Cette compréhension des écosystèmes est devenue selon lui une compétence essentielle. Les entreprises, les technologies et les territoires n'évoluent jamais isolément ; leur performance dépend de leur capacité à interagir avec leur environnement et à aller chercher de l'intelligence à l'extérieur.

Très attaché à sa région d'origine, le Lot, il y voit également une manière de rester connecté aux réalités humaines qui doivent entourer l'innovation.

À cela s'ajoutent d'autres marqueurs du modèle INSA auxquels il reste très attaché : les activités associatives et la pratique sportive obligatoire. « Le sport, la culture, les passions personnelles participent aussi à la formation de l'ingénieur et du développement de sa curiosité. Les entreprises ont besoin de profils ouverts sur le monde, pas seulement de spécialistes enfermés dans leur domaine. »

Former les ingénieurs de demain

Face aux défis contemporains, Jean-Marie Garigue estime que le rôle de l'ingénieur est particulièrement stratégique. Transition climatique, intelligence artificielle, souveraineté technologique ou tensions géopolitiques imposent une approche toujours plus globale des problèmes.

Les compétences scientifiques demeurent fondamentales, mais elles doivent désormais s'accompagner d'autres qualités : apprendre en permanence, exercer son esprit critique, comprendre des écosystèmes complexes et fédérer des équipes.
« Le rôle de l'ingénieur se déplace progressivement de la technique pure vers la capacité à agréger des savoirs, interagir avec différents acteurs et construire une vision. »

Des premiers satellites aux systèmes spatiaux d'Airbus, son parcours illustre une conviction forgée au fil des années : les ingénieurs de demain devront maîtriser les technologies autant que les écosystèmes dans lesquels ils évoluent.

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