Matthieu Androdias
Des défis et des hommes
Matthieu Androdias est l’un de ceux qui a pu, grâce aux aménagements de l’INSA Toulouse, mener son double projet d’études et de sport à haut niveau, sans faire le sacrifice de l’un ou de l’autre, et aller au bout de son « rêve le plus fort », être médaillé aux JO. Champion olympique d’aviron en duo à Tokyo 2020, puis deux fois champion d’Europe et champion du Monde, il est aussi qualifié aux JO de Paris 2024. Après avoir goûté aux valeurs humanistes à l’INSA Toulouse qui, dit-il, lui ont permis de performer, il fait aussi « le pari de l’humain » au niveau professionnel, en choisissant d’accompagner la performance des autres.
Il n’a pris les rames de l’aviron que tardivement, à 15 ans. Mais dès l’année d’après, ce sport va diriger ces choix et son orientation.« Le sport a guidé mes choix assez tôt. J’avais déjà choisi le lycée, de Bergerac, en Nouvelle-Aquitaine, parce qu’il était situé à 10 minutes d’un centre d’entraînement, ce qui me permettait de m’entraîner à la fin des cours », confie l’ancien étudiant de l’INSA. « Ensuite, comme j’étais à l’aise dans le domaine scientifique, j’ai privilégié cette orientation et j’ai découvert l’INSA Toulouse, un cursus qui allait me permettre de ne pas sacrifier le sport ! » Matthieu passe alors les sélections sur dossier et quitte le cocon familial à la rentrée 2008 pour rallier l’INSA Toulouse.
Si l’INSA était une découverte formidable car il allait lui permettre de mener en parallèle son double projet, ce ne sera néanmoins pas aussi facile qu’il avait pu l’imaginer. « J’ai été rapidement submergé, reconnaît le diplômé. . On m’avait prévenu, mais j’ai refusé de l’entendre, car, à cet âge-là, on a toujours l’impression qu’on échappe à la statistique ! » Résultat, le jeune homme, qui avait refusé au départ un aménagement de parcours, revient « à la table des négociations » à l’issue du premier semestre.
Deux projets qui se sont nourris l’un l’autre
En se « donnant un peu d’air » à l’INSA grâce à ces nouveaux aménagements, les premiers bénéfices sont vite visibles, puisque l’athlète revient dans le collectif de l’équipe de France et décroche une place de finaliste aux championnats du monde des moins de 23 ans. En même temps, ses apprentissages deviennent plus qualitatifs. Mais cela reste néanmoins difficile. Mais ce « chemin de connaissance de soi » va lui permettre de « trouver un équilibre » : conjuguer une assimilation satisfaisante des notions en formation et la performance à l’aviron. Ce qui se concrétisera, 3 ans après son entrée à l’INSA, par sa première participation aux Jeux olympiques, ceux de Londres en 2012. Il sera à nouveau qualifié aux JO en 2016, à Rio aux côtés d’Hugo Boucheron, son coéquipier d’entraînement, et ils réaliseront en 2018 un splendide doublé aux championnats d’Europe et du monde.
Côté cours, Matthieu privilégie l’ouverture à l’hyperspécialisation, grâce à l’aperçu sur les différentes spécialisations qu’offrait ce cursus dès les 3 premières années de tronc commun, ce qui est une autre spécificité de l’INSA Toulouse. Matthieu pourra ainsi s’orienter « par élimination » et, alors qu’il avait d’abord choisi le génie mécanique, il préférera à celui-ci le génie des systèmes industriels. Une spécialisation qui lui plaira beaucoup parce qu’elle était aussi enrichie par des interventions d’acteurs du monde de l’industrie, ce qui permettait « de mettre ainsi un pied dans ‘l’après’ ».
Au-delà de l’expérience de faire coexister les deux projets durant les 8 années passées à l’INSA, très « formatrice » parce ces deux projets « se sont nourris l’un l’autre », les valeurs humanistes découvertes à l’INSA vont influencer plusieurs virages pris à l’issue de sa diplomation. D’abord dans le cadre de son entraînement sportif, dès 2018, alors qu’il travaille désormais en tant qu’analyste développeur pour Atos, une entreprise de services du numérique française basée à Lyon.
Ce qu’on lit dans les plaquettes est vrai : c’est une école humaniste et ça a fait toute la différence !
Il choisit en effet de changer sa démarche parce qu’il stagne depuis 3 ans au même résultat. Matthieu remet alors en question le système sportif qu’il a toujours connu, un modèle « qui entraîne d’abord le corps, lui apprend à encaisser le plus de souffrances possibles et exclut les émotions, donc a ses limites ». « J’ai décidé de changer de chemin. S’entraîner dur ne suffisait pas. Avec Hugo, nous sommes donc allés chercher un préparateur physique, un préparateur mental, avons consulté des experts en nutrition, appris des techniques de récupération, ce qui nous a poussé à nous rencontrer nous-mêmes, à cerner nos spécificités et donc à nourrir ce qui nous rend singuliers. » Résultat, le duo de rameurs remporte en 2021 les championnats d’Europe et la première étape de Coupe du monde. Ils deviennent champions olympiques à Tokyo 2020 et champions du monde 2022 et obtiennent leur qualification à Paris 2024.
Il fait aussi le pari de l’humain dans son nouveau projet professionnel
Cette nouvelle démarche, qui consistait à mettre « l’humain au centre », s’avérait donc fructueuse. Et, explique encore l’ingénieur, c’est aussi l’INSA Toulouse qui la lui a inspirée. « Les gens extraordinaires que j’ai rencontrés à l’INSA – la responsable des sportifs de haut niveau, le responsable du tronc commun, l’ancien directeur de l’INSA, des responsables d’années et d’études… -, qui m’ont guidé à la fois en tant qu’apprenant et en tant qu’athlète, ce sont eux qui m’ont permis de surmonter un certain nombre de difficultés et de performer », explique Matthieu. « Ce qu’on lit dans les plaquettes est vrai : c’est une école humaniste et ça a fait toute la différence ! »
Ce vécu va inspirer un autre virage, professionnel cette fois-ci, et tout récent puisqu’il date de janvier 2026. En créant sa propre société, Boétia, Matthieu choisit d’accompagner, via des conférences, des ateliers / formations et du coaching, des acteurs du monde du sport (et, espère-t-il aussi à terme, des acteurs du monde de l’entreprise), pour les aider à dégager leurs avantages concurrentiels en s’appuyant davantage sur ce qui les rend singuliers. La démarche est doublement pertinente, selon Matthieu : « Si on ne se réinvente pas au travail, on n’existe plus. Et aujourd’hui, j’ai davantage envie de vivre des aventures humaines que de passer 8h par jour devant un ordinateur ! »
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