L’Actu – Juillet 2023
L’INSA Toulouse fête ses 60 ans. Une belle occasion de confronter le point de vue d’un de ses premiers étudiants et d’un de la dernière promotion et de rappeler que la volonté d’ouverture sociale reste intacte puisque l’établissement s’engage dans une nouvelle démarche d’accompagnement et de recrutement de lycéens modestes. C’est aussi l’occasion de célébrer la capacité d’innovation de la communauté dans la recherche, la formation, l’associatif et la vie professionnelle.
60 ANS D’ÉCART ET LA MÊME PASSION DE L’INSA
Cette année, l’INSA Toulouse a 60 ans. En croisant le regard d’un élève qui a intégré la première promotion et a réalisé sa carrière à l’INSA, avec celui d’un étudiant de la toute dernière promotion, l’établissement démontre, non seulement que la formation, la recherche, la vie associative et le campus ont formidablement évolué en 6 décennies en restant connectés aux grands enjeux de la société, mais aussi que la passion des élèves pour l’établissement n’a pas pris une ride.
S’OUVRIR DAVANTAGE Á TOUS LES PROFILS
L’INSA Toulouse s’engage, avec deux lycées accueillant des élèves d’origine modeste, dans un nouveau dispositif de repérage, d’accompagnement et de recrutement de profils qui ont le potentiel pour suivre la formation d’ingénieur mais ne le soupçonnent pas ou n’osent pas s’y risquer. C’est l’un des premiers établissements du Groupe INSA à se lancer dans cette expérimentation.
QUAND LES COMPÉTENCES DES ÉTUDIANTS SONT MISES AU SERVICE DE LA SOLIDARITÉ
Déjà très engagé à travers ses collectes de fonds et de produits et ses maraudes réalisées auprès des sans-abris, le Pôle Huma a franchi un nouveau cap cette année, grâce notamment au mécénat de Pitch Immo : avec la Junior INSA Services, ils ont planché sur le développement d’une application informatique qui doit aider le Secours Populaire à optimiser sa gestion.
DES JUMEAUX NUMÉRIQUES POUR DES SIMULATIONS PLUS FIABLES
Jean-Charles Passieux conçoit des jumeaux numériques pour faire avancer la recherche sur des matériaux qui permettraient d’alléger des structures, notamment dans le domaine aéronautique. Son objet d’étude ? Les lattices, structures remplies de vide et capables de supporter des charges énormes malgré une masse minime, qui pourraient constituer une réponse pertinente à cet enjeu.
ŒUVRER POUR LA VILLE EN INTERDISCIPLINARITÉ
Comme chaque année, les élèves du Parcours transversal pluridisciplinaire Génie urbain vont vivre une expérience peu commune : durant une semaine, par groupes interdisciplinaires avec des étudiants de trois autres formations, ils vont, au contact de représentants de terrain, travailler sur une problématique réelle d’aménagement urbain intégrant une dimension environnementale.
PORTRAIT
Son innovation a obtenu la médaille d’or du concours Lépine 2023 : le tee-shirt anti-noyade Floatee, ce diplômé 2016 l’avait déjà imaginé sur les bancs de l’INSA Toulouse, lors du module création d’entreprise qu’il avait suivi en 4e année. Sa société, co-fondée avec un autre alumni, a le vent en poupe…
Directeur de publication : Bertrand Raquet
Rédaction : Camille Pons
Comité de rédaction, réalisation : service communication
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INSA TOULOUSE
135 avenue de Rangueil
31077 Toulouse cedex 4
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J'ai toujours été passionné par les avions.
Après une rentrée en classe préparatoire, il réalise rapidement que ce modèle ne lui correspond pas pleinement. Il trouve alors à l'INSA un équilibre entre exigence académique et ouverture à d'autres centres d'intérêt.
J'aimais aussi lire, sortir, avoir une vie en dehors des études.
Le choix du génie électrique s'impose ensuite naturellement. Pour celui qui rêve d'aéronautique, cette spécialité représente alors « le centre nerveux des avions ».
De la technologie au collectif
Diplômé, après des stages à Motorola, Jean-Marie Garigue rejoint Alcatel, où il travaille sur des systèmes de traitement du signal et de l'image pour satellites. Guidé par son goût pour les technologies, il poursuit ensuite son parcours chez Alcatel puis Thales, dans des domaines aussi variés que les radars, la cybersécurité, la navigation, l'observation optique ou les télécommunications spatiales.
Au fil des années, se renforce cette idée que la performance technique seule ne suffit pas.
La performance technique a besoin de la performance collective pour conserver une longueur d'avance.
Cette conviction l'amène vers le management de projets puis vers des fonctions de direction. Dans une famille d'enseignants où l'accomplissement collectif comptait davantage que les titres, il voit dans ces responsabilités une occasion d'agir sur la transformation des organisations, leur compétitivité et leur avenir.
Ces responsabilités nourrissent également chez lui un véritable sens entrepreneurial. Au fil de sa carrière, il a vu des entreprises prospérer, se transformer ou parfois disparaître faute d'avoir su anticiper les évolutions de leur marché. Pour lui, l'ingénieur a donc aussi un rôle à jouer dans la capacité des organisations à innover, à se réinventer et à préparer l'avenir.
Après plus de vingt ans chez Thales Alésia Space, il choisit de découvrir un nouvel univers en rejoignant la division avionique de Thales, en tant que responsable de l’ingénierie des équipements, avant d'intégrer Airbus en 2020. Une étape importante pour celui qui se dit particulièrement attaché à la dimension européenne du groupe et à son ancrage territorial.
Diversité, ouverture et sens pratique
Malgré un parcours qui l'a conduit vers de hautes responsabilités industrielles, Jean-Marie Garigue reste profondément attaché au modèle de formation de l'INSA. Il en retient d'abord la diversité. « J'ai eu beaucoup de plaisir à découvrir l'international, à côtoyer des étudiants tunisiens, norvégiens et bien d'autres. Cela ouvre les horizons. »
Cette expérience lui paraît aujourd'hui essentielle dans des entreprises mondiales comme Airbus, où la diversité des parcours nourrit la qualité des décisions.
Il souligne également la force du modèle des sciences appliquées. Les travaux pratiques, les projets et le contact avec le terrain développent un sens concret de la résolution de problèmes qu'il continue de valoriser chez les jeunes ingénieurs.
Mais, à ses yeux, l'INSA forme surtout des ingénieurs capables d'aller au-delà de la technique.
Comprendre le monde pour agir
Jean-Marie Garigue insiste sur l'importance des humanités dans la formation. Elles développent la capacité à analyser, argumenter et dialoguer avec des acteurs très différents. « Les ingénieurs doivent être capables de s'intégrer dans leur environnement et de comprendre le monde dans lequel ils agissent. »
Lecteur d'histoire des sciences et de conquête spatiale, il considère qu'aucune innovation ne peut être pensée indépendamment de son contexte économique, social, environnemental ou géopolitique. Cette compréhension des écosystèmes est devenue selon lui une compétence essentielle. Les entreprises, les technologies et les territoires n'évoluent jamais isolément ; leur performance dépend de leur capacité à interagir avec leur environnement et à aller chercher de l'intelligence à l'extérieur.
Très attaché à sa région d'origine, le Lot, il y voit également une manière de rester connecté aux réalités humaines qui doivent entourer l'innovation.
À cela s'ajoutent d'autres marqueurs du modèle INSA auxquels il reste très attaché : les activités associatives et la pratique sportive obligatoire. « Le sport, la culture, les passions personnelles participent aussi à la formation de l'ingénieur et du développement de sa curiosité. Les entreprises ont besoin de profils ouverts sur le monde, pas seulement de spécialistes enfermés dans leur domaine. »
Former les ingénieurs de demain
Face aux défis contemporains, Jean-Marie Garigue estime que le rôle de l'ingénieur est particulièrement stratégique. Transition climatique, intelligence artificielle, souveraineté technologique ou tensions géopolitiques imposent une approche toujours plus globale des problèmes.
Les compétences scientifiques demeurent fondamentales, mais elles doivent désormais s'accompagner d'autres qualités : apprendre en permanence, exercer son esprit critique, comprendre des écosystèmes complexes et fédérer des équipes.
« Le rôle de l'ingénieur se déplace progressivement de la technique pure vers la capacité à agréger des savoirs, interagir avec différents acteurs et construire une vision. »
Des premiers satellites aux systèmes spatiaux d'Airbus, son parcours illustre une conviction forgée au fil des années : les ingénieurs de demain devront maîtriser les technologies autant que les écosystèmes dans lesquels ils évoluent.
Dans un souci d'alléger le texte et sans aucune discrimination de genre, l'emploi du genre masculin est utilisé à titre épicène.









