Ingénieur, innovateur et entrepreneur
Diplômé de la promotion 2016, Philippe Rouvier n’a pas attendu longtemps avant de se distinguer par sa capacité d’innovation. Le tee-shirt anti-noyade pour enfants Floatee, qu’il a conçu avec Thibaut Choulet, un autre alumni de l’INSA Toulouse, a reçu la médaille d’or du concours Lépine International Paris 2023 en mai dernier, ainsi que le Prix de la Mairie de Paris et la médaille de la société française de médecine, de l’exercice et du sport. C’est à l’INSA qu’il s’est découvert la fibre de l’entrepreneuriat.
Il l’avait imaginé sur les bancs de l’école et pris d’abord un autre chemin après l’obtention de son diplôme. Innovant, ce tee-shirt anti-noyade l’est au vu des multiples prix obtenus cette année. C’est d’ailleurs l’invention la plus primée de l’édition 2023 de la Foire de Paris. Mais la cerise sur le gâteau, c’est quand même la médaille d’or obtenue au concours Lépine. « Quand on est ingénieur, être primé au concours d’innovation Lépine, par un jury international, c’est important ! On est très fiers, très heureux que cela valide la pertinence et le caractère disruptif de notre innovation », se réjouit celui qui a imaginé ce tee-shirt anti-noyade pour enfants, Philippe Rouvier, passé par l’INSA Toulouse entre 2010 et 2016.
Le principe de ce tee-shirt baptisé Floatee ? Il se porte hors de l’eau comme un tee-shirt classique et se transforme automatiquement en gilet de sauvetage en cas de chute dans l’eau : il se gonfle en moins de 3 secondes et retourne l’enfant sur le dos en moins de 5 secondes pour placer ses voies respiratoires hors de l’eau.
Une idée née à l’INSA Toulouse dans le cadre du module création d’entreprise
Pourtant, au départ, c’est l’aéronautique qui l’attirait, raconte le jeune entrepreneur quand on l’interroge sur ce qui l’avait amené à l’INSA Toulouse. Parce qu’il faisait du planeur depuis la fin du collège, à côté de Perpignan, sa ville d’origine où il a obtenu son baccalauréat en 2010. « Logique alors de venir à Toulouse », commente l’ingénieur. Et l’INSA était son « premier vœu », « parce que c’était une école réputée ». Et c’est « assez vite » durant la formation qu’il a réalisé qu’il « ne voulai[t] pas forcément travailler dans la technique mais davantage se tourner vers l’entrepreneuriat ». « Faire du calcul, de la programmation, faire seulement de la technique, etc., n’était pas ce qui m’intéressait le plus. En revanche, la vision d’entreprise m’intéressait », confie-t-il.
Cette fibre l’avait d’ailleurs conduit à participer à un concours de création de startup à l’INSA en 3e année, puis à suivre le module création d’entreprise en 4e année, sur une semaine, durant laquelle avait germée cette idée de tee-shirt anti-noyade. « Il fallait trouver une idée qui ait du sens, on a donc cherché ce qui pourrait répondre à un besoin, un enjeu. Et j’ai vu que les noyades étaient la première cause des accidents chez les moins de 25 ans et notamment les enfants entre 1 et 6 ans », se rappelle-t-il. « Pourquoi pas alors imaginer quelque chose qui les protégeraient quand ils sont hors de l’eau mais qui soit confortable contrairement à un gilet de sauvetage, pour pouvoir être porté en permanence ? »
Un détour par l’aéronautique avant d’entreprendre
Il ne poursuivra pas néanmoins à ce moment-là vers la création d’entreprise pour de multiples raisons. « Je faisais beaucoup de choses, on m’a dit qu’il fallait que je me concentre sur mes études », s’amuse-t-il (il était aussi membre du conseil d’administration et du conseil des études de l’établissement en 2014, au sein desquels, d’ailleurs, il défendait l’idée qu’il fallait développer davantage les aspects liés à l’entrepreneuriat dans la formation). « Je n’ai donc pas continué sur la voie de la création d’entreprise après la 4e année, d’autant que je n’avais aucune idée de ce qu’il fallait faire pour vraiment me lancer et je ne me sentais pas assez mature ! »
Il démarre donc sa carrière dans l’aéronautique, comme il l’avait imaginé, d’abord dans le conseil en stratégie, puis chez Airbus, dans le pilotage de fusions-acquisitions.
Une production et une commercialisation lancées fin 2022
Le virage vers l’entrepreneuriat se fera quelques années plus tard. « J’ai eu un déclic il y a deux ans quand j’ai assisté à une noyade, celle d’une petite fille en bord de mer et qui est tombée dans l’eau. Le temps que l’adulte le plus proche la récupère, elle était déjà inanimée », se souvient le chef d’entreprise. « J’avais eu cette idée de tee-shirt en 4e année de cursus d’ingénieur et cela m’a paru étonnant que rien n’ait été créé qui y ressemble depuis. J’ai rappelé un ami avec qui nous avions travaillé sur cette idée à l’INSA et en vérifiant ce qui existait sur le marché pour protéger un enfant du risque de noyade même lorsqu’il est hors de l’eau, nous n’avons trouvé dans le monde aucune solution de ce type. »
Il se lance donc dès lors dans l’aventure et fonde Olift SAS en 2021, connue sous le nom commercial Floatee, avec l’un de ses coéquipiers INSA et le soutien financier du fonds Crealia, qui intervient en région Occitanie sur des projets innovants, Bpifrance, le réseau Initiative France et la Technopole de Castres-Mazamet, rejoints plus tard aussi par EDF Hydro. Et comme le temps de l’innovation est long, la première version « mature » verra le jour en mai 2022 après plus de 50 versions de prototypes. Celle-ci passera à nouveau 6 mois des tests en laboratoire pour obtenir la certification avant d’être commercialisable en novembre 2022.
« Ce qui fait la force d’un ingénieur, c’est sa capacité à se débrouiller face à un problème et à trouver la solution »
Aujourd’hui, 6 mois après le démarrage de la production, Floatee a déjà livré plus de 4 000 produits et enregistré 5 000 commandes, commandes qui ne cessent d’augmenter. Philippe Rouvier, son associé et son équipe – ils sont actuellement 8 dans la société – ne comptent pas en rester là. Outre s’étendre sur le marché international, ces derniers souhaitent également développer de nouveaux produits contre la noyade et ne s’interdisent pas « de s’ouvrir à d’autres problèmes de santé publique ».
Une formation qui apprend « à raisonner de façon structurée »
Ce que retient aujourd’hui l’ingénieur de l’INSA au-delà des possibilités qui lui ont été offertes de « se frotter » à la création d’entreprise ? Le fait qu’on lui ait appris « à raisonner de façon structurée » et d’avoir été « confronté en permanence à des problèmes complexes ». « Dans le monde de l’entrepreneuriat, on est exposé à beaucoup de problèmes. Or, ce qui fait la force d’un ingénieur, c’est sa capacité à se débrouiller face à un problème et à trouver la solution. On va chercher et on va trouver… On n’a pas paniqué, par exemple, quand des gens sont venus nous expliquer que notre idée allait être compliquée à réaliser, voire infaisable ! »
Sa participation au Conseil d’Administration et au Conseil des Études lui a aussi beaucoup apporté. « Quand on assiste à des réunions où sont prises des décisions et que l’on est confronté à des interlocuteurs qui ont une vision très différente de la vôtre, on développe la capacité à défendre ses idées, ce qui s’avère ensuite très utile dans le monde de l’entreprise et de l’entrepreneuriat », poursuit le jeune entrepreneur.
Enfin, il y a le réseau qui se construit à l’INSA « parce qu’on vit beaucoup à travers les cours mais aussi en dehors, sur le campus, dans le cadre de la vie associative », explique Philippe Rouvier. « Il y a des amitiés qui se forgent et qui restent. On l’a vu lorsqu’on s’est lancés et que beaucoup nous ont soutenus ! »
Plus d’infos : www.floatee.co
Rédaction : Camille Pons, journaliste
INSA Toulouse
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J'ai toujours été passionné par les avions.
Après une rentrée en classe préparatoire, il réalise rapidement que ce modèle ne lui correspond pas pleinement. Il trouve alors à l'INSA un équilibre entre exigence académique et ouverture à d'autres centres d'intérêt.
J'aimais aussi lire, sortir, avoir une vie en dehors des études.
Le choix du génie électrique s'impose ensuite naturellement. Pour celui qui rêve d'aéronautique, cette spécialité représente alors « le centre nerveux des avions ».
De la technologie au collectif
Diplômé, après des stages à Motorola, Jean-Marie Garigue rejoint Alcatel, où il travaille sur des systèmes de traitement du signal et de l'image pour satellites. Guidé par son goût pour les technologies, il poursuit ensuite son parcours chez Alcatel puis Thales, dans des domaines aussi variés que les radars, la cybersécurité, la navigation, l'observation optique ou les télécommunications spatiales.
Au fil des années, se renforce cette idée que la performance technique seule ne suffit pas.
La performance technique a besoin de la performance collective pour conserver une longueur d'avance.
Cette conviction l'amène vers le management de projets puis vers des fonctions de direction. Dans une famille d'enseignants où l'accomplissement collectif comptait davantage que les titres, il voit dans ces responsabilités une occasion d'agir sur la transformation des organisations, leur compétitivité et leur avenir.
Ces responsabilités nourrissent également chez lui un véritable sens entrepreneurial. Au fil de sa carrière, il a vu des entreprises prospérer, se transformer ou parfois disparaître faute d'avoir su anticiper les évolutions de leur marché. Pour lui, l'ingénieur a donc aussi un rôle à jouer dans la capacité des organisations à innover, à se réinventer et à préparer l'avenir.
Après plus de vingt ans chez Thales Alésia Space, il choisit de découvrir un nouvel univers en rejoignant la division avionique de Thales, en tant que responsable de l’ingénierie des équipements, avant d'intégrer Airbus en 2020. Une étape importante pour celui qui se dit particulièrement attaché à la dimension européenne du groupe et à son ancrage territorial.
Diversité, ouverture et sens pratique
Malgré un parcours qui l'a conduit vers de hautes responsabilités industrielles, Jean-Marie Garigue reste profondément attaché au modèle de formation de l'INSA. Il en retient d'abord la diversité. « J'ai eu beaucoup de plaisir à découvrir l'international, à côtoyer des étudiants tunisiens, norvégiens et bien d'autres. Cela ouvre les horizons. »
Cette expérience lui paraît aujourd'hui essentielle dans des entreprises mondiales comme Airbus, où la diversité des parcours nourrit la qualité des décisions.
Il souligne également la force du modèle des sciences appliquées. Les travaux pratiques, les projets et le contact avec le terrain développent un sens concret de la résolution de problèmes qu'il continue de valoriser chez les jeunes ingénieurs.
Mais, à ses yeux, l'INSA forme surtout des ingénieurs capables d'aller au-delà de la technique.
Comprendre le monde pour agir
Jean-Marie Garigue insiste sur l'importance des humanités dans la formation. Elles développent la capacité à analyser, argumenter et dialoguer avec des acteurs très différents. « Les ingénieurs doivent être capables de s'intégrer dans leur environnement et de comprendre le monde dans lequel ils agissent. »
Lecteur d'histoire des sciences et de conquête spatiale, il considère qu'aucune innovation ne peut être pensée indépendamment de son contexte économique, social, environnemental ou géopolitique. Cette compréhension des écosystèmes est devenue selon lui une compétence essentielle. Les entreprises, les technologies et les territoires n'évoluent jamais isolément ; leur performance dépend de leur capacité à interagir avec leur environnement et à aller chercher de l'intelligence à l'extérieur.
Très attaché à sa région d'origine, le Lot, il y voit également une manière de rester connecté aux réalités humaines qui doivent entourer l'innovation.
À cela s'ajoutent d'autres marqueurs du modèle INSA auxquels il reste très attaché : les activités associatives et la pratique sportive obligatoire. « Le sport, la culture, les passions personnelles participent aussi à la formation de l'ingénieur et du développement de sa curiosité. Les entreprises ont besoin de profils ouverts sur le monde, pas seulement de spécialistes enfermés dans leur domaine. »
Former les ingénieurs de demain
Face aux défis contemporains, Jean-Marie Garigue estime que le rôle de l'ingénieur est particulièrement stratégique. Transition climatique, intelligence artificielle, souveraineté technologique ou tensions géopolitiques imposent une approche toujours plus globale des problèmes.
Les compétences scientifiques demeurent fondamentales, mais elles doivent désormais s'accompagner d'autres qualités : apprendre en permanence, exercer son esprit critique, comprendre des écosystèmes complexes et fédérer des équipes.
« Le rôle de l'ingénieur se déplace progressivement de la technique pure vers la capacité à agréger des savoirs, interagir avec différents acteurs et construire une vision. »
Des premiers satellites aux systèmes spatiaux d'Airbus, son parcours illustre une conviction forgée au fil des années : les ingénieurs de demain devront maîtriser les technologies autant que les écosystèmes dans lesquels ils évoluent.
Dans un souci d'alléger le texte et sans aucune discrimination de genre, l'emploi du genre masculin est utilisé à titre épicène.









