[L’Actu – Octobre 2023 ]

L’INSA TOULOUSE A 60 ANS

Ils étaient 2 000 à venir célébrer cet anniversaire sur le campus même de l’INSA Toulouse, le 22 septembre dernier. Que des membres de la communauté INSA, autour d’animations conçues par et pour la communauté INSA. Du festif mais aussi beaucoup d’émotion…

Nous partîmes 104 en 1963, mais par un prompt renfort nous nous vîmes 19 000 en 2023… Le 20 octobre 1963 (un dimanche !), la première promo s’installait sur les bancs de l’école encore en chantier. En 2023, l’INSA Toulouse compte plus de 19 000 ingénieurs répartis dans tous les secteurs de l’économie, au national ou à l’international. Une partie d’entre eux est venue fêter cet anniversaire avec les actuelles promotions et les personnels le 22 septembre dernier, sur le campus.

Ce qui les a motivés ? Les liens forts que l’établissement leur a permis de nouer avec leurs camarades ingénieurs et les souvenirs qu’ils gardent d’un établissement qui n’a pas dérogé durant toutes ces années au destin qu’il s’était fixé : former une nouvelle génération d’ingénieurs innovants et humanistes, originaires de milieux plus diversifiés que les traditionnelles grandes écoles, de tous horizons, des sportifs de haut niveau, des musiciens, des artistes…

Quand les 63’s « côtoient » les 23’s

En témoigne Jérémy Chambault, diplômé de Génie civil en 2015, aujourd’hui à la tête de sa propre entreprise de conciergerie, services aux entreprises et d’événementiel, NEEDED, et qui s’est porté volontaire pour accompagner le montage et la coordination de l’événement. « En apportant ma pierre à l’édifice, c’était une façon de rendre ce qu’on m’avait donné ! Parce que j’ai passé de très belles années à l’INSA, parce que j’y ai été soutenu en tant que rugbyman de haut niveau, parce que j’y ai noué des liens très forts et conservé parmi mes meilleurs amis des étudiants de cette époque. »

La fête, elle, a été conçue par et pour l’INSA… Ainsi, elle s’est ouverte sur des prestations d’insaïens (un spectacle de magie, un one-man show, de la musique, des chorales, des danses…) et s’est clôturée par des concerts donnés aussi par des insaïens. Avec, entre ces temps festifs, un moment d’émotion particulièrement « fort », quand, en début de soirée, a été diffusée une vidéo dans laquelle se « rencontrent » deux alumni de la première promotion qui se rappellent les premiers pas de l’INSA et les jeunes qui évoluent aujourd’hui sur le campus, auteurs et interprètes d’un très beau slam, avec « des paroles magnifiques qui rassemblaient toute la communauté », souligne Jérémy : « On est jeune, souvent perdu, en quête de sens. On partage les mêmes craintes et parfois les mêmes souffrances… Toujours ensemble, on ne se quitte jamais, presque associables aux yeux des autres. En vérité humanistes, tu peux le voir dans les yeux des nôtres… Chacun a son histoire, ses quelques lignes à raconter. Ensemble on forme l’INSA… »

Crédits : Baptiste Hamousin et Studio INSA

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J'ai toujours été passionné par les avions. 

Après une rentrée en classe préparatoire, il réalise rapidement que ce modèle ne lui correspond pas pleinement. Il trouve alors à l'INSA un équilibre entre exigence académique et ouverture à d'autres centres d'intérêt.

J'aimais aussi lire, sortir, avoir une vie en dehors des études. 

Le choix du génie électrique s'impose ensuite naturellement. Pour celui qui rêve d'aéronautique, cette spécialité représente alors « le centre nerveux des avions ».

 

De la technologie au collectif

Diplômé, après des stages à Motorola, Jean-Marie Garigue rejoint Alcatel, où il travaille sur des systèmes de traitement du signal et de l'image pour satellites. Guidé par son goût pour les technologies, il poursuit ensuite son parcours chez Alcatel puis Thales, dans des domaines aussi variés que les radars, la cybersécurité, la navigation, l'observation optique ou les télécommunications spatiales.

Au fil des années, se renforce cette idée que la performance technique seule ne suffit pas.

La performance technique a besoin de la performance collective pour conserver une longueur d'avance. 

Cette conviction l'amène vers le management de projets puis vers des fonctions de direction. Dans une famille d'enseignants où l'accomplissement collectif comptait davantage que les titres, il voit dans ces responsabilités une occasion d'agir sur la transformation des organisations, leur compétitivité et leur avenir.

Ces responsabilités nourrissent également chez lui un véritable sens entrepreneurial. Au fil de sa carrière, il a vu des entreprises prospérer, se transformer ou parfois disparaître faute d'avoir su anticiper les évolutions de leur marché. Pour lui, l'ingénieur a donc aussi un rôle à jouer dans la capacité des organisations à innover, à se réinventer et à préparer l'avenir.

Après plus de vingt ans chez Thales Alésia Space, il choisit de découvrir un nouvel univers en rejoignant la division avionique de Thales, en tant que responsable de l’ingénierie des équipements, avant d'intégrer Airbus en 2020. Une étape importante pour celui qui se dit particulièrement attaché à la dimension européenne du groupe et à son ancrage territorial.

Diversité, ouverture et sens pratique

Malgré un parcours qui l'a conduit vers de hautes responsabilités industrielles, Jean-Marie Garigue reste profondément attaché au modèle de formation de l'INSA. Il en retient d'abord la diversité. « J'ai eu beaucoup de plaisir à découvrir l'international, à côtoyer des étudiants tunisiens, norvégiens et bien d'autres. Cela ouvre les horizons. »

Cette expérience lui paraît aujourd'hui essentielle dans des entreprises mondiales comme Airbus, où la diversité des parcours nourrit la qualité des décisions.
Il souligne également la force du modèle des sciences appliquées. Les travaux pratiques, les projets et le contact avec le terrain développent un sens concret de la résolution de problèmes qu'il continue de valoriser chez les jeunes ingénieurs.
Mais, à ses yeux, l'INSA forme surtout des ingénieurs capables d'aller au-delà de la technique.

Comprendre le monde pour agir

Jean-Marie Garigue insiste sur l'importance des humanités dans la formation. Elles développent la capacité à analyser, argumenter et dialoguer avec des acteurs très différents. « Les ingénieurs doivent être capables de s'intégrer dans leur environnement et de comprendre le monde dans lequel ils agissent. »

Lecteur d'histoire des sciences et de conquête spatiale, il considère qu'aucune innovation ne peut être pensée indépendamment de son contexte économique, social, environnemental ou géopolitique. Cette compréhension des écosystèmes est devenue selon lui une compétence essentielle. Les entreprises, les technologies et les territoires n'évoluent jamais isolément ; leur performance dépend de leur capacité à interagir avec leur environnement et à aller chercher de l'intelligence à l'extérieur.

Très attaché à sa région d'origine, le Lot, il y voit également une manière de rester connecté aux réalités humaines qui doivent entourer l'innovation.

À cela s'ajoutent d'autres marqueurs du modèle INSA auxquels il reste très attaché : les activités associatives et la pratique sportive obligatoire. « Le sport, la culture, les passions personnelles participent aussi à la formation de l'ingénieur et du développement de sa curiosité. Les entreprises ont besoin de profils ouverts sur le monde, pas seulement de spécialistes enfermés dans leur domaine. »

Former les ingénieurs de demain

Face aux défis contemporains, Jean-Marie Garigue estime que le rôle de l'ingénieur est particulièrement stratégique. Transition climatique, intelligence artificielle, souveraineté technologique ou tensions géopolitiques imposent une approche toujours plus globale des problèmes.

Les compétences scientifiques demeurent fondamentales, mais elles doivent désormais s'accompagner d'autres qualités : apprendre en permanence, exercer son esprit critique, comprendre des écosystèmes complexes et fédérer des équipes.
« Le rôle de l'ingénieur se déplace progressivement de la technique pure vers la capacité à agréger des savoirs, interagir avec différents acteurs et construire une vision. »

Des premiers satellites aux systèmes spatiaux d'Airbus, son parcours illustre une conviction forgée au fil des années : les ingénieurs de demain devront maîtriser les technologies autant que les écosystèmes dans lesquels ils évoluent.

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