[L’Actu – Juillet 2025]

Les CRITT pour servir autant le tissu économique
que la recherche publique

Avec ses deux centres régionaux d’innovation et de transfert de technologie (CRITT), l’INSA Toulouse met sa recherche au service des entreprises. Intégrés totalement à l’établissement, ils permettent à la fois de valoriser les avancées des laboratoires de l’établissement et d’accompagner les entreprises dans leurs projets d’innovation, contribuant ainsi à leur développement économique.

Responsables des CRITT

Les centres régionaux d’innovation et transfert de technologie (CRITT) sont des structures régionales de recherche et de développement spécialisées par domaines de compétences. Comme le souligne BPI France, « leur vocation est d’accompagner les entreprises, dans leur recherche de rentabilité et de compétitivité, en les sensibilisant et en les aidant à renforcer leur potentiel technologique ». Forts de leur adossement aux laboratoires de recherche, ces centres sont voués au transfert d’objets technologiques, de savoir-faire et plus largement à l’accompagnement des entreprises dans leur projet d’innovation (nouveaux produits, nouveaux procédés, optimisation). Certains de ces centres sont publics, pleinement intégrés à des établissements d’enseignement supérieur et de recherche, comme les deux de l’INSA, les autres, une large majorité aujourd’hui, sont privés, sous statut associatif, mais ont la même vocation : bien ancrés dans le tissu régional, ils constituent aussi un relais entre les laboratoires de recherche et le monde des entreprises. Initialement sous statut associatif, les deux CRITT sont devenus des services de l’INSA avec la mise en place des SAIC (Services d’activités industrielles et commerciales) au début des années 2000. Les universités, comme l’INSA Toulouse, qui font le choix d’un SAIC (rebaptisé DOC pour Direction opérationnelle de la contractualisation), l’ont fait, entre autres, pour avoir la complète maîtrise de l’activité de valorisation. Et les deux CRITT de l’INSA comptent aujourd’hui parmi les 3 seuls existants sous statut public dans la région.

Ces deux CRITT ont en effet d’abord été créés sous forme associative à la fin des années 80 pour supporter les petites entreprises du tissu économique régional qui manquaient de ressources, matérielles (les outils), humaines et financières pour innover. Ils ont étendu, depuis, leur activité de transfert au-delà de leurs territoires et à tous types d’entreprises.

Le CRITT GPTE, qui fonctionne avec 13 ingénieurs, est spécialisé dans le Génie des procédés et les technologies environnementales. Sous tutelle à la fois de l’INSA Toulouse et de l’INPT (Institut national polytechnique de Toulouse), il accompagne une quarantaine de projets par an : de l’expertise simple (transfert de savoir-faire) jusqu’au développement, en passant par des qualifications de techniques et de procédés via un plateau technique.

Le second, le CRITT Bio-Industries, hébergé par l’INSA Toulouse et rassemblant 17 personnes, est expert en biotechnologies industrielles et techniques séparatives (de purification) : il conçoit, améliore, met en œuvre et pré-industrialise des procédés visant la production de biomasse ou de molécules d’intérêt (par exemple des enzymes pour l’alimentation ou la cosmétique, des antibiotiques ou des anticorps. Cette expertise s’applique à tous les domaines (agroalimentaire, agro-industrie, pharmaceutique, environnement, chimie fine, cosmétologie, matériaux…), de la prestation de recherche (B to B) au projet collaboratif en réponse à un appel à projets de l’ADEME, de l’ANR, etc. Ce CRITT porte entre 30 et 40 projets chaque année.

« Grâce à la réflexion que nous menons ‘‘est-ce que tel ou tel objet technologique ou savoir-faire n’intéresserait pas les entreprises ?’’, nous jouons un véritable rôle de courroie de transmission. »

Pourquoi, alors que la plupart sont restés sous forme associative, l’INSA Toulouse a-t-il pris la décision d’incorporer ces services à l’établissement au début des années 2000 ? « Pour répondre au besoin de ressourcement permanent, car il s’agit de faire passer de la recherche dans le domaine industriel et rien de mieux pour permettre cela que d’être proche des laboratoires, d’avoir ce ressourcement (savoir-faire, méthodologies, nouveaux objets, etc.) à portée de main », explique Xavier Lefebvre, le directeur du CRITT GPTE. « Notre CRITT, en partageant les mêmes espaces que les laboratoires INSA, fait ainsi de la veille permanente sur les avancées de la recherche et peut être pertinent sur ce qu’il propose. Nous sommes tous INSA, nous nous connaissons, nous nous ouvrons mutuellement les portes, nous discutons naturellement : pas besoin d’aller rechercher l’information lorsqu’on nous sollicite et, inversement, cette immersion nous donne la capacité d’être proactifs, donc force de proposition. »

Inversement, cette activité de transfert de technologie peut donner une vraie visibilité aux résultats de recherche, « en leur permettant d’arriver jusqu’à l’industrie, alors qu’ils peuvent très bien ne jamais être valorisés au-delà du stade de la publication scientifique, principal moyen de communication dont dispose le chercheur », poursuit Xavier Lefebvre. « Grâce à la réflexion que nous menons ‘‘est-ce que tel ou tel objet technologique ou savoir-faire n’intéresserait pas les entreprises ?’’, nous jouons un véritable rôle de courroie de transmission en particulier pour les petites et moyennes entreprises. »

De l’innovation avec une forte dimension environnementale

Le choix d’un CRITT de statut public simplifie aussi beaucoup la gestion : élimination d’un tiers (l’association) dans le contrat de transfert de technologie, gestion de la propriété intellectuelle et industrielle déléguée à l’établissement, mutualisation des services et compétences RH, informatiques, comptables, etc.  Et avec son projet de halle biotech, l’INSA Toulouse ambitionne de renforcer encore davantage les interactions entre tous les personnels experts qu’elle rassemble sur son campus (des CRITT, le laboratoire TBI et le démonstrateur pré-industriel), donc de consolider cette “courroie de transmission”. En effet, ce nouveau bâtiment permettra de regrouper, sur 15 000 m² dédiés aux biotechnologies industrielles, près de 450 personnes expertes dans les domaines de la biologie synthétique, du génie enzymatique, du génie fermentaire et du génie des procédés. 

Pour l’INSA Toulouse, l’idée principale, in fine, est de valoriser sa recherche & développement et son expertise par ce biais. Et notamment l’expertise qu’elle développe autour des questions environnementales. Le CRITT GPTE se positionne par exemple beaucoup sur la mise au point de solutions de traitement des eaux usées et de valorisation de leurs déchets. « Avant, les systèmes mis en œuvre se contentaient de détruire les déchets, de traiter les eaux avant leur rejet à nouveau dans les rivières », explique Xavier Lefebvre. « Nous nous attachons désormais à valoriser tout cela. D’abord en mettant au point des procédés pour récupérer les éléments constitutifs de ces sous-produits de l’activité humaine : en convertissant ces déchets en énergie, en bio-fertilisants ou en transformant le carbone pour en faire de nouvelles molécules. Et nous allons aussi réutiliser l’eau pour les process industriels. » Entre autre exemple concret figure un projet porté conjointement par les deux CRITT, baptisé ZEUS : la mise en œuvre de la première unité en France de recyclage d’eau en agroalimentaire à échelle industrielle, installée dans une usine de fabrication de sirops Monin.

Au sein du CRITT Bio-Industries, on travaille aussi actuellement sur un projet collaboratif financé par l’ADEME, baptisé Bio-Impulse et porté par Michelin. « L’objectif est de créer une nouvelle résine adhésive sans substance préoccupante, dite Substance of Very High Concern (SVHC) », explique Françoise Ouarne, la directrice du CRITT. « Par le développement de cette molécule d’intérêt biosourcée, ce projet va ouvrir de nouvelles applications aux biotechnologies dans le domaine des matériaux pour le domaine des pneumatiques mais également du bois (contreplaqué, aggloméré, isolants…). »

Légende photo : Xavier Lefebvre, Françoise Ouarne et Benjamin Percheron.

Rédaction : Camille Pons, journaliste

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J'ai toujours été passionné par les avions. 

Après une rentrée en classe préparatoire, il réalise rapidement que ce modèle ne lui correspond pas pleinement. Il trouve alors à l'INSA un équilibre entre exigence académique et ouverture à d'autres centres d'intérêt.

J'aimais aussi lire, sortir, avoir une vie en dehors des études. 

Le choix du génie électrique s'impose ensuite naturellement. Pour celui qui rêve d'aéronautique, cette spécialité représente alors « le centre nerveux des avions ».

 

De la technologie au collectif

Diplômé, après des stages à Motorola, Jean-Marie Garigue rejoint Alcatel, où il travaille sur des systèmes de traitement du signal et de l'image pour satellites. Guidé par son goût pour les technologies, il poursuit ensuite son parcours chez Alcatel puis Thales, dans des domaines aussi variés que les radars, la cybersécurité, la navigation, l'observation optique ou les télécommunications spatiales.

Au fil des années, se renforce cette idée que la performance technique seule ne suffit pas.

La performance technique a besoin de la performance collective pour conserver une longueur d'avance. 

Cette conviction l'amène vers le management de projets puis vers des fonctions de direction. Dans une famille d'enseignants où l'accomplissement collectif comptait davantage que les titres, il voit dans ces responsabilités une occasion d'agir sur la transformation des organisations, leur compétitivité et leur avenir.

Ces responsabilités nourrissent également chez lui un véritable sens entrepreneurial. Au fil de sa carrière, il a vu des entreprises prospérer, se transformer ou parfois disparaître faute d'avoir su anticiper les évolutions de leur marché. Pour lui, l'ingénieur a donc aussi un rôle à jouer dans la capacité des organisations à innover, à se réinventer et à préparer l'avenir.

Après plus de vingt ans chez Thales Alésia Space, il choisit de découvrir un nouvel univers en rejoignant la division avionique de Thales, en tant que responsable de l’ingénierie des équipements, avant d'intégrer Airbus en 2020. Une étape importante pour celui qui se dit particulièrement attaché à la dimension européenne du groupe et à son ancrage territorial.

Diversité, ouverture et sens pratique

Malgré un parcours qui l'a conduit vers de hautes responsabilités industrielles, Jean-Marie Garigue reste profondément attaché au modèle de formation de l'INSA. Il en retient d'abord la diversité. « J'ai eu beaucoup de plaisir à découvrir l'international, à côtoyer des étudiants tunisiens, norvégiens et bien d'autres. Cela ouvre les horizons. »

Cette expérience lui paraît aujourd'hui essentielle dans des entreprises mondiales comme Airbus, où la diversité des parcours nourrit la qualité des décisions.
Il souligne également la force du modèle des sciences appliquées. Les travaux pratiques, les projets et le contact avec le terrain développent un sens concret de la résolution de problèmes qu'il continue de valoriser chez les jeunes ingénieurs.
Mais, à ses yeux, l'INSA forme surtout des ingénieurs capables d'aller au-delà de la technique.

Comprendre le monde pour agir

Jean-Marie Garigue insiste sur l'importance des humanités dans la formation. Elles développent la capacité à analyser, argumenter et dialoguer avec des acteurs très différents. « Les ingénieurs doivent être capables de s'intégrer dans leur environnement et de comprendre le monde dans lequel ils agissent. »

Lecteur d'histoire des sciences et de conquête spatiale, il considère qu'aucune innovation ne peut être pensée indépendamment de son contexte économique, social, environnemental ou géopolitique. Cette compréhension des écosystèmes est devenue selon lui une compétence essentielle. Les entreprises, les technologies et les territoires n'évoluent jamais isolément ; leur performance dépend de leur capacité à interagir avec leur environnement et à aller chercher de l'intelligence à l'extérieur.

Très attaché à sa région d'origine, le Lot, il y voit également une manière de rester connecté aux réalités humaines qui doivent entourer l'innovation.

À cela s'ajoutent d'autres marqueurs du modèle INSA auxquels il reste très attaché : les activités associatives et la pratique sportive obligatoire. « Le sport, la culture, les passions personnelles participent aussi à la formation de l'ingénieur et du développement de sa curiosité. Les entreprises ont besoin de profils ouverts sur le monde, pas seulement de spécialistes enfermés dans leur domaine. »

Former les ingénieurs de demain

Face aux défis contemporains, Jean-Marie Garigue estime que le rôle de l'ingénieur est particulièrement stratégique. Transition climatique, intelligence artificielle, souveraineté technologique ou tensions géopolitiques imposent une approche toujours plus globale des problèmes.

Les compétences scientifiques demeurent fondamentales, mais elles doivent désormais s'accompagner d'autres qualités : apprendre en permanence, exercer son esprit critique, comprendre des écosystèmes complexes et fédérer des équipes.
« Le rôle de l'ingénieur se déplace progressivement de la technique pure vers la capacité à agréger des savoirs, interagir avec différents acteurs et construire une vision. »

Des premiers satellites aux systèmes spatiaux d'Airbus, son parcours illustre une conviction forgée au fil des années : les ingénieurs de demain devront maîtriser les technologies autant que les écosystèmes dans lesquels ils évoluent.

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