[L’Actu – Avril 2026]
20 ans d’expertise et encore plus d’ambition
pour « Horizon INSA »
En 2006, l’INSA Toulouse imaginait un programme, Égalité des chances Ô Talents, pour accompagner des élèves du secondaire issus de milieux modestes vers l’enseignement supérieur. Deux ans plus tard, la qualité de ses actions lui valait le label Cordée de la réussite. Aujourd’hui, l’expérience accumulée sert un projet ambitieux mené à l’échelle du Groupe : Horizon INSA. Rien de tel qu’un vingtième anniversaire pour dresser un bilan des actions passées et se projeter vers l’avenir.
C’est certainement l’un des projets dont l’INSA Toulouse est le plus fier. S’inscrivant dans les valeurs qui ont donné naissance au modèle même de l’école, le projet Égalité des chances Ô Talents résonne comme une réussite au regard de plusieurs indicateurs : sa labellisation Cordée de la réussite, sa longévité, sa croissance (23 établissements du secondaire accompagnés) et son adaptation permanente aux enjeux actuels. L’expertise construite sur cette expérience vient depuis 2023 appuyer le déploiement d’Horizon INSA, un dispositif d’ouverture sociale et territoriale ambitieux porté par le Groupe INSA (lire l’article « S’ouvrir davantage à tous les profils »).
Ce sont les analyses de l’Institut Gaston Berger (IGB) du Groupe INSA, publiées dans deux livres blancs en 2021 et 2022, et révélant une érosion progressive de la diversité sociale et territoriale ainsi que des inégalités de réussite chez les élèves des écoles du Groupe INSA qui sont à l’origine de la rénovation de ce modèle construit sur la pensée du philosophe Gaston Berger. Pour lui, la diversité et l’égalité n’étaient pas seulement des préoccupations sociales mais des conditions nécessaires pour répondre aux défis d’un monde de plus en plus complexe et turbulent.
Renforcer les points forts du dispositif existant, lui donner une coloration scientifique et créer de nouvelles actions propres à Horizon INSA
Le Centre Gaston Berger (CGB), qui porte le dispositif pour l’INSA Toulouse, s’est donc lancé en 2023 dans Horizon INSA en s’inspirant des forces de son programme. Premières d’entre elles : la régularité et la diversité des actions proposées. « Alors que le label Cordées de la réussite n’exige que 3 actions minimum, nous proposons des activités sur 27 semaines par an », précise Julie Fortin, la directrice adjointe du CGB. « C’est ce qui fait la force d’un tel programme. La mobilisation des élèves dans le temps permet d’installer une relation réelle avec nos élèves INSA et cela a un impact très positif ! »
Autre dimension reprise, l’accompagnement de proximité, incluant un travail spécifique en direction des familles : ateliers pour les aider à accompagner leurs enfants dans leur orientation, conférences sur des thématiques telles que les troubles de l’apprentissage, l’enfant et l’écran, le genre et l’orientation… Originalité d’ailleurs, l’INSA Toulouse tient sa cérémonie de fin d’année le samedi afin de permettre à toutes les familles d’être présentes.
Égalité des chances Ô Talents et Horizon INSA, une même philosophie
S’ajoutent à cela des nouveautés pour répondre aux nouveaux enjeux. C’est sur les objectifs d’orientation que le curseur s’est le plus déplacé. « La rupture porte essentiellement sur le profil des élèves que nous accompagnons, des élèves qui doivent faire le choix d’enseignements de spécialité avec une coloration scientifique », commente en effet la directrice adjointe du CGB. Pourquoi ? « Alors qu’auparavant, il s’agissait juste d’amener ces élèves vers des études supérieures, l’idée aujourd’hui est de les accompagner davantage vers l’enseignement supérieur scientifique sélectif, dont le cursus de l’INSA. »
Un premier partenariat a démarré cette année avec l’école partenaire du Groupe INSA, ISIS Castres (Informatique et systèmes d’information pour la santé, composante de l’INU Champollion), pour déployer la Cordée dans 5 établissements du sud du Tarn. Ce qui permet, alors que l’INSA Toulouse s’est engagé à toucher 15 lycées généraux, de travailler d’ores et déjà avec 9 lycées de Haute-Garonne, Tarn et Tarn-et-Garonne. Le dispositif s’est élargi aussi du côté des collèges (12 collèges partenaires cette année au lieu de 8 l’année précédente), afin d’améliorer le continuum collège-lycée et développer l’appétence pour les sciences le plus tôt possible.
Partager les questionnements qu’avaient, au même âge, les élèves ingénieurs d’aujourd’hui
Concernant les contenus, l’équipe innove surtout dans les programmes à destination des 4è et des 2ndes, car ces périodes précèdent des orientations fortes. Première ambition sur ces niveaux, « toucher toutes les classes », explique la directrice adjointe. « Pour donner au moins une fois à chaque élève la chance de rencontrer un binôme d’élèves ingénieurs en participant à l’animation ‘Mon parcours à ton âge’. Les élèves ingénieurs viennent partager les questions qu’ils se sont posées au même âge qu’eux : le choix du bac, des spécialités, la mobilité, Parcoursup, etc., leurs doutes, leurs réussites, leurs échecs, leurs astuces… L’objectif étant qu’ils aident les élèves du secondaire à se poser les bonnes questions, à se projeter dans l’enseignement supérieur, dans l’idée de quitter leur famille, etc. ».
Autre innovation, « INSA mobile » pour faire découvrir la science appliquée en 4è et montrer les applications dans le métier d’ingénieur via diverses expériences, comme extraire l’ADN d’une banane pour s’immerger dans la peau d’un expert scientifique. Pour les 2ndes, le CGB propose des conférences suivies d’expériences, baptisées « Explore les sciences », animées par un chercheur et une équipe d’élèves ingénieurs. Ils partagent une des applications de leur domaine de recherche : le plasma et son utilisation, la cybersécurité des objets connectés… Enfin, l’INSA organise sur le campus en août une « École d’été » à destination des futures terminales (méthodologie de travail en science, travail sur l’expression orale en français et anglais, réalisation d’un mini projet scientifique…) et des stages de formation en octobre et février.
Vers une voie spécifique de recrutement sur Parcoursup
Les actions ne sont pas toutes issues d’une feuille de route de départ. L’équipe du CGB s’adapte en continu. Elle a ainsi repris à bras le corps la question de la féminisation du programme. Car si c’est l’une des priorités de l’appel à manifestation d’intérêt « Compétences et métiers d’avenir » dans le cadre duquel Horizon INSA a été retenu, l’introduction du nouveau critère d’enseignements de spécialité scientifique a visiblement eu un effet négatif sur le taux de filles : en 2024-2025, elles n’étaient plus que 39 % contre 48 % avant la coloration scientifique du programme. En 4e, il s’agit donc d’essayer de déconstruire des représentations « en montrant que non seulement on peut comprendre les sciences, mais aussi s’amuser en faisant des expériences scientifiques », précise Violaine Roussier-Michon, directrice du CGB, tout en mettant davantage l’accent sur l’orientation. Et pour les 2ndes est organisée une journée sur le campus, dédiée aux stéréotypes : Sciences sans genre.
Enfin, à l’échelle du Groupe se prépare une autre transformation pour la prochaine année universitaire : l’ouverture d’une voie spécifique de recrutement sur Parcoursup pour les élèves accompagnés dans le cadre de ce nouveau programme.
Rédaction : Camille Pons, journaliste
INSA Toulouse
135 avenue de Rangueil
31077 Toulouse cedex 4
Tél : 05 61 55 95 13
Fax : 05 61 55 95 00
J'ai toujours été passionné par les avions.
Après une rentrée en classe préparatoire, il réalise rapidement que ce modèle ne lui correspond pas pleinement. Il trouve alors à l'INSA un équilibre entre exigence académique et ouverture à d'autres centres d'intérêt.
J'aimais aussi lire, sortir, avoir une vie en dehors des études.
Le choix du génie électrique s'impose ensuite naturellement. Pour celui qui rêve d'aéronautique, cette spécialité représente alors « le centre nerveux des avions ».
De la technologie au collectif
Diplômé, après des stages à Motorola, Jean-Marie Garigue rejoint Alcatel, où il travaille sur des systèmes de traitement du signal et de l'image pour satellites. Guidé par son goût pour les technologies, il poursuit ensuite son parcours chez Alcatel puis Thales, dans des domaines aussi variés que les radars, la cybersécurité, la navigation, l'observation optique ou les télécommunications spatiales.
Au fil des années, se renforce cette idée que la performance technique seule ne suffit pas.
La performance technique a besoin de la performance collective pour conserver une longueur d'avance.
Cette conviction l'amène vers le management de projets puis vers des fonctions de direction. Dans une famille d'enseignants où l'accomplissement collectif comptait davantage que les titres, il voit dans ces responsabilités une occasion d'agir sur la transformation des organisations, leur compétitivité et leur avenir.
Ces responsabilités nourrissent également chez lui un véritable sens entrepreneurial. Au fil de sa carrière, il a vu des entreprises prospérer, se transformer ou parfois disparaître faute d'avoir su anticiper les évolutions de leur marché. Pour lui, l'ingénieur a donc aussi un rôle à jouer dans la capacité des organisations à innover, à se réinventer et à préparer l'avenir.
Après plus de vingt ans chez Thales Alésia Space, il choisit de découvrir un nouvel univers en rejoignant la division avionique de Thales, en tant que responsable de l’ingénierie des équipements, avant d'intégrer Airbus en 2020. Une étape importante pour celui qui se dit particulièrement attaché à la dimension européenne du groupe et à son ancrage territorial.
Diversité, ouverture et sens pratique
Malgré un parcours qui l'a conduit vers de hautes responsabilités industrielles, Jean-Marie Garigue reste profondément attaché au modèle de formation de l'INSA. Il en retient d'abord la diversité. « J'ai eu beaucoup de plaisir à découvrir l'international, à côtoyer des étudiants tunisiens, norvégiens et bien d'autres. Cela ouvre les horizons. »
Cette expérience lui paraît aujourd'hui essentielle dans des entreprises mondiales comme Airbus, où la diversité des parcours nourrit la qualité des décisions.
Il souligne également la force du modèle des sciences appliquées. Les travaux pratiques, les projets et le contact avec le terrain développent un sens concret de la résolution de problèmes qu'il continue de valoriser chez les jeunes ingénieurs.
Mais, à ses yeux, l'INSA forme surtout des ingénieurs capables d'aller au-delà de la technique.
Comprendre le monde pour agir
Jean-Marie Garigue insiste sur l'importance des humanités dans la formation. Elles développent la capacité à analyser, argumenter et dialoguer avec des acteurs très différents. « Les ingénieurs doivent être capables de s'intégrer dans leur environnement et de comprendre le monde dans lequel ils agissent. »
Lecteur d'histoire des sciences et de conquête spatiale, il considère qu'aucune innovation ne peut être pensée indépendamment de son contexte économique, social, environnemental ou géopolitique. Cette compréhension des écosystèmes est devenue selon lui une compétence essentielle. Les entreprises, les technologies et les territoires n'évoluent jamais isolément ; leur performance dépend de leur capacité à interagir avec leur environnement et à aller chercher de l'intelligence à l'extérieur.
Très attaché à sa région d'origine, le Lot, il y voit également une manière de rester connecté aux réalités humaines qui doivent entourer l'innovation.
À cela s'ajoutent d'autres marqueurs du modèle INSA auxquels il reste très attaché : les activités associatives et la pratique sportive obligatoire. « Le sport, la culture, les passions personnelles participent aussi à la formation de l'ingénieur et du développement de sa curiosité. Les entreprises ont besoin de profils ouverts sur le monde, pas seulement de spécialistes enfermés dans leur domaine. »
Former les ingénieurs de demain
Face aux défis contemporains, Jean-Marie Garigue estime que le rôle de l'ingénieur est particulièrement stratégique. Transition climatique, intelligence artificielle, souveraineté technologique ou tensions géopolitiques imposent une approche toujours plus globale des problèmes.
Les compétences scientifiques demeurent fondamentales, mais elles doivent désormais s'accompagner d'autres qualités : apprendre en permanence, exercer son esprit critique, comprendre des écosystèmes complexes et fédérer des équipes.
« Le rôle de l'ingénieur se déplace progressivement de la technique pure vers la capacité à agréger des savoirs, interagir avec différents acteurs et construire une vision. »
Des premiers satellites aux systèmes spatiaux d'Airbus, son parcours illustre une conviction forgée au fil des années : les ingénieurs de demain devront maîtriser les technologies autant que les écosystèmes dans lesquels ils évoluent.
Dans un souci d'alléger le texte et sans aucune discrimination de genre, l'emploi du genre masculin est utilisé à titre épicène.










