[L’Actu – Avril 2023 ]
ECIU University : 4 ans de plus pour déployer des approches interdisciplinaires innovantes
En 2019, le consortium ECIU, dont le Groupe INSA est membre, lançait son Université européenne dans le cadre de l’appel à projets « Alliances Européennes ». Trois ans plus tard, il est à nouveau lauréat de la 2e phase d’appel à projets. Outre étendre à tous les étudiants le modèle d’apprentissage innovant interculturel et interdisciplinaire qu’ils ont élaboré ensemble, les partenaires développeront durant ces prochaines années des actions pour encourager aussi la coopération au niveau de la recherche et de l’innovation.
En juillet 2022, le consortium ECIU était en effet lauréat à nouveau du deuxième appel à projets lancé par la Commission européenne pour former des Alliances européennes. Les 13 établissements qui composent ECIU University recevront 14,4 millions d’euros sur 4 ans pour renforcer le modèle déployé auparavant et développer de nouvelles actions, tant au niveau pédagogique qu’au niveau de la recherche.
Pour Marie-Agnès Détourbe, directrice des relations internationales de l’INSA Toulouse, ce second appel à projets constitue une véritable opportunité. Pas seulement parce qu’il va permettre d’étendre un modèle d’apprentissage, testé durant les 3 premières années sur les étudiants de niveau master, aux étudiants de niveau licence. Mais aussi parce que ces nouveaux financements vont permettre « une inscription dans la durée » et donc de « transformer en profondeur les universités sur des objets divers et pas seulement sur une dimension pédagogique ».
Des parcours d’apprentissage flexibles en complément de la formation et après la formation
Si celle-ci aime souligner le caractère « innovant » du modèle d’apprentissage offert aujourd’hui aux étudiants de toutes les universités membres, c’est parce qu’il ne ressemble pas à ce qui se faisait déjà en Europe pour encourager l’apprentissage interculturel ou la mobilité. « Nous n’avons pas voulu dupliquer ce qui se faisait déjà au niveau européen, comme par exemple délivrer des diplômes conjoints ou développer des échanges d’un semestre comme cela se fait dans le cadre d’Erasmus + », explique-t-elle. « Nous offrons ici des parcours d’apprentissage flexibles, fortement ancrés dans les écosystèmes locaux, qui viennent en complément de la formation diplômante des étudiants, ce qui leur permet de construire leurs propres parcours en fonction de leurs intérêts, mais qui leur permettra aussi, une fois diplômés et tout au long de leur vie, de continuer à acquérir de nouvelles compétences et connaissances. »
Deux types de formations originales sont proposées à ces étudiants : des challenges, qui sont des problèmes concrets proposés par un ou plusieurs partenaires et des micromodules qui leur permettent d’acquérir des connaissances ciblées pour résoudre les challenges.
Faire se croiser les regards
L’intérêt est double pour les étudiants qui se confrontent aux challenges : pouvoir, d’une part se saisir de cas concrets, et d’autre part être « mélangés » avec des étudiants d’autres pays mais aussi d’autres disciplines, l’objectif étant de « faire se croiser les regards, de les mettre en situation d’apprentissage interculturel et de renforcer le sentiment d’appartenance à l’Europe », précise Marie-Agnès Détourbe. Tout en ayant l’occasion de se former à des compétences transversales que l’on attend d’un futur ingénieur, comme savoir s’organiser en équipe, s’adapter, communiquer en langue étrangère, convaincre, etc.
Ces challenges ont aussi une autre vertu, celle de se positionner sur des enjeux de société. Inscrits principalement dans l’objectif de développement durable n°11 des Nations Unies (villes et communautés durables), ils s’ouvriront les prochaines années à d’autres ODD. Une orientation d’autant plus pertinente, observe encore Marie-Agnès Détourbe, qu’elle répond « à une attente forte des jeunes désireux de s’engager dans des apprentissages qui ont du sens. Ces challenges, dans le cadre desquels ils vont pouvoir être utiles à la société, les motivent beaucoup. »
Des challenges aussi pour des projets de recherche et d’innovation
À côté de ces challenges, les étudiants ont aussi accès à des micro-modules de formation pour compléter et renforcer des connaissances et compétences. Si la plupart sont proposés en ligne, certains sont conçus en format hybride et incluent une mobilité physique courte. Pour les challenges comme pour les micromodules, les étudiants pourront obtenir à terme des micro-certificats européens.
Enfin, même si la pédagogie est au cœur du projet ECIU University, les partenaires souhaitent également élargir leur champ d’actions au niveau de la recherche et de l’innovation, sachant que l’Alliance a déjà permis à certains des membres d’être lauréats sur d’autres appels à projets (sciences participatives dans le cadre du programme Horizon 2020, projet Boogie-U pour dynamiser l’entrepreneuriat, dans le cadre de l’appel à projets HE Innovate de l’EIT en 2021). Au sein même de l’Alliance, les membres envisagent ainsi d’étendre l’approche par challenges aux projets de recherche et d’innovation (challenge-based research and innovation), toujours en lien avec les écosystèmes locaux et à l’échelle européenne.
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J'ai toujours été passionné par les avions.
Après une rentrée en classe préparatoire, il réalise rapidement que ce modèle ne lui correspond pas pleinement. Il trouve alors à l'INSA un équilibre entre exigence académique et ouverture à d'autres centres d'intérêt.
J'aimais aussi lire, sortir, avoir une vie en dehors des études.
Le choix du génie électrique s'impose ensuite naturellement. Pour celui qui rêve d'aéronautique, cette spécialité représente alors « le centre nerveux des avions ».
De la technologie au collectif
Diplômé, après des stages à Motorola, Jean-Marie Garigue rejoint Alcatel, où il travaille sur des systèmes de traitement du signal et de l'image pour satellites. Guidé par son goût pour les technologies, il poursuit ensuite son parcours chez Alcatel puis Thales, dans des domaines aussi variés que les radars, la cybersécurité, la navigation, l'observation optique ou les télécommunications spatiales.
Au fil des années, se renforce cette idée que la performance technique seule ne suffit pas.
La performance technique a besoin de la performance collective pour conserver une longueur d'avance.
Cette conviction l'amène vers le management de projets puis vers des fonctions de direction. Dans une famille d'enseignants où l'accomplissement collectif comptait davantage que les titres, il voit dans ces responsabilités une occasion d'agir sur la transformation des organisations, leur compétitivité et leur avenir.
Ces responsabilités nourrissent également chez lui un véritable sens entrepreneurial. Au fil de sa carrière, il a vu des entreprises prospérer, se transformer ou parfois disparaître faute d'avoir su anticiper les évolutions de leur marché. Pour lui, l'ingénieur a donc aussi un rôle à jouer dans la capacité des organisations à innover, à se réinventer et à préparer l'avenir.
Après plus de vingt ans chez Thales Alésia Space, il choisit de découvrir un nouvel univers en rejoignant la division avionique de Thales, en tant que responsable de l’ingénierie des équipements, avant d'intégrer Airbus en 2020. Une étape importante pour celui qui se dit particulièrement attaché à la dimension européenne du groupe et à son ancrage territorial.
Diversité, ouverture et sens pratique
Malgré un parcours qui l'a conduit vers de hautes responsabilités industrielles, Jean-Marie Garigue reste profondément attaché au modèle de formation de l'INSA. Il en retient d'abord la diversité. « J'ai eu beaucoup de plaisir à découvrir l'international, à côtoyer des étudiants tunisiens, norvégiens et bien d'autres. Cela ouvre les horizons. »
Cette expérience lui paraît aujourd'hui essentielle dans des entreprises mondiales comme Airbus, où la diversité des parcours nourrit la qualité des décisions.
Il souligne également la force du modèle des sciences appliquées. Les travaux pratiques, les projets et le contact avec le terrain développent un sens concret de la résolution de problèmes qu'il continue de valoriser chez les jeunes ingénieurs.
Mais, à ses yeux, l'INSA forme surtout des ingénieurs capables d'aller au-delà de la technique.
Comprendre le monde pour agir
Jean-Marie Garigue insiste sur l'importance des humanités dans la formation. Elles développent la capacité à analyser, argumenter et dialoguer avec des acteurs très différents. « Les ingénieurs doivent être capables de s'intégrer dans leur environnement et de comprendre le monde dans lequel ils agissent. »
Lecteur d'histoire des sciences et de conquête spatiale, il considère qu'aucune innovation ne peut être pensée indépendamment de son contexte économique, social, environnemental ou géopolitique. Cette compréhension des écosystèmes est devenue selon lui une compétence essentielle. Les entreprises, les technologies et les territoires n'évoluent jamais isolément ; leur performance dépend de leur capacité à interagir avec leur environnement et à aller chercher de l'intelligence à l'extérieur.
Très attaché à sa région d'origine, le Lot, il y voit également une manière de rester connecté aux réalités humaines qui doivent entourer l'innovation.
À cela s'ajoutent d'autres marqueurs du modèle INSA auxquels il reste très attaché : les activités associatives et la pratique sportive obligatoire. « Le sport, la culture, les passions personnelles participent aussi à la formation de l'ingénieur et du développement de sa curiosité. Les entreprises ont besoin de profils ouverts sur le monde, pas seulement de spécialistes enfermés dans leur domaine. »
Former les ingénieurs de demain
Face aux défis contemporains, Jean-Marie Garigue estime que le rôle de l'ingénieur est particulièrement stratégique. Transition climatique, intelligence artificielle, souveraineté technologique ou tensions géopolitiques imposent une approche toujours plus globale des problèmes.
Les compétences scientifiques demeurent fondamentales, mais elles doivent désormais s'accompagner d'autres qualités : apprendre en permanence, exercer son esprit critique, comprendre des écosystèmes complexes et fédérer des équipes.
« Le rôle de l'ingénieur se déplace progressivement de la technique pure vers la capacité à agréger des savoirs, interagir avec différents acteurs et construire une vision. »
Des premiers satellites aux systèmes spatiaux d'Airbus, son parcours illustre une conviction forgée au fil des années : les ingénieurs de demain devront maîtriser les technologies autant que les écosystèmes dans lesquels ils évoluent.
Dans un souci d'alléger le texte et sans aucune discrimination de genre, l'emploi du genre masculin est utilisé à titre épicène.









