[L’Actu – Avril 2025]
Une direction adjointe « responsable » pour donner un cap « durable » à l’INSA
C’était l’une des mesures phares annoncées par Alexandra Bertron : créer une direction adjointe totalement dédiée à la transition écologique et sociétale de l’établissement. Celle-ci est officiellement installée depuis le 6 mars 2025, date de la validation par le Conseil d’administration de la candidature de Gilles Hébrard à cette nouvelle fonction. CA qui validait du même coup une autre innovation à venir, la mise en place d’une structure dédiée au déploiement des actions définies dans le Schéma directeur transition écologique et sociétale.
C’est « un message politique fort », aime souligner celui qui a accepté de prendre les rênes de cette nouvelle direction, Gilles Hébrard. « Non seulement la création d’une direction adjointe est une première dans l’histoire de l’INSA Toulouse, mais la dédier au portage politique de cette transition écologique et sociétale illustre une double volonté : mettre ces enjeux au cœur de l’établissement et privilégier un mode de gouvernance collégial. »
La nomination de Gilles Hébrard à cette fonction n’est pas un hasard. Ce professeur et chercheur avait en effet occupé plusieurs fonctions stratégiques au sein de l’établissement, notamment celle de référent développement durable, aux côtés de Sandrine Laguerre. Et il croit à l’importance de faire bouger les choses dans ce domaine. « Cette mission va me permettre, avec davantage de moyens alloués, de porter au plus haut cette transition écologique et sociétale que l’on a réussi à implémenter depuis 3 ans mais avec des petits moyens », explique le nouveau directeur adjoint.
Accompagner sur 5 ans la définition et la mise en œuvre d’actions dans le cadre du Schéma directeur dédié
Gilles Hébrard est déjà en ordre de « bataille ». 80 % de sa mission, explique-t-il, porteront sur l’intégration de cette démarche dans l’ensemble des activités de l’établissement et 20 % à « accompagner » la directrice « sur les futurs choix qu’elle aura à faire ». Ces choix s’inscriront dans les objectifs qui ont été définis dans le Schéma directeur transition écologique et sociétale (SD TES), remis au ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche et présenté à la communauté insaienne le 3 avril dernier. Un projet « ambitieux », coconstruit avec l’ensemble des acteurs de l’INSA, personnels et étudiants, autour de 5 axes : stratégie et gouvernance ; formation et enseignement ; recherche et innovation ; décarbonation du campus ; vie sociale du campus.
Si évidemment des actions restent à « inventer », certaines ont déjà pris ou vont très vite prendre forme. Ainsi, la création de cette direction adjointe doit être complétée par celle d’un centre de transition écologique, dont la feuille de route doit être validée lors du prochain CA de juin. Celui-ci aura notamment pour fonction d’animer et coordonner des groupes de travail pour avancer sur les différents objectifs identifiés dans le schéma directeur, avec le soutien de référents opérationnels qui seront désignés dans chaque département ou structure. Ces référents devront faire vivre les décisions dans leurs entités et faire remonter des données pour la réalisation des bilans GES (gaz à effets de serre), alors que, dans son Contrat objectifs moyens performance (COMP) remis au rectorat en 2024, l’établissement s’est engagé à réduire de 10 à 15 % son bilan en la matière sur les 5 prochaines années.
Des « conventions citoyennes » pour considérer toutes les « visions »
Le centre devra aussi organiser des « conventions citoyennes » pour instaurer « de l’échange et de la controverse sur tous les thèmes », explique encore le directeur adjoint, convaincu qu’« il faut considérer tous les points de vue pour pouvoir dégager une transformation qui soit celle de l’ensemble de la communauté ».
Au-delà de ces premières structurations qui devront être réalisées d’ici cet été, Gilles Hébrard aura pour mission de mobiliser aussi, sur toute la durée du mandat, toutes les parties prenantes pour poursuivre les actions déjà engagées depuis 3 ans. À l’instar de ce qui a été fait pour réaliser des économies d’énergie (et de coûts) ou encore pour la restauration, afin de contribuer à diminuer l’empreinte carbone. L’INSA Toulouse est également partie prenante du plan de mobilité de la Communauté d’universités et établissements de Toulouse et s’est engagé à construire son propre plan de mobilité.. À titre d’exemple, les mesures prises pour réduire la consommation énergétique depuis 2022 ont permis, chaque année depuis 3 ans, de réduire les émissions de carbone à raison de 200 tonnes de CO₂ et d’économiser 300 000 €. Pour toutes ses actions, Gilles Hébrard devra jouer un rôle de « chef d’orchestre », comme il aime bien le résumer. En privilégiant « l’écoute », « plus efficace que l’injonction », et parce qu’« on ne peut rien faire sans la communauté ».
L’action générale voulue par l’INSA est à l’image de ce symbole : planter des arbres qu’il faudra arroser
pour qu’ils grandissent et produisent des bénéfices concrets en termes de développement durable
Rédaction : Camille Pons, journaliste
INSA Toulouse
135 avenue de Rangueil
31077 Toulouse cedex 4
Tél : 05 61 55 95 13
Fax : 05 61 55 95 00
J'ai toujours été passionné par les avions.
Après une rentrée en classe préparatoire, il réalise rapidement que ce modèle ne lui correspond pas pleinement. Il trouve alors à l'INSA un équilibre entre exigence académique et ouverture à d'autres centres d'intérêt.
J'aimais aussi lire, sortir, avoir une vie en dehors des études.
Le choix du génie électrique s'impose ensuite naturellement. Pour celui qui rêve d'aéronautique, cette spécialité représente alors « le centre nerveux des avions ».
De la technologie au collectif
Diplômé, après des stages à Motorola, Jean-Marie Garigue rejoint Alcatel, où il travaille sur des systèmes de traitement du signal et de l'image pour satellites. Guidé par son goût pour les technologies, il poursuit ensuite son parcours chez Alcatel puis Thales, dans des domaines aussi variés que les radars, la cybersécurité, la navigation, l'observation optique ou les télécommunications spatiales.
Au fil des années, se renforce cette idée que la performance technique seule ne suffit pas.
La performance technique a besoin de la performance collective pour conserver une longueur d'avance.
Cette conviction l'amène vers le management de projets puis vers des fonctions de direction. Dans une famille d'enseignants où l'accomplissement collectif comptait davantage que les titres, il voit dans ces responsabilités une occasion d'agir sur la transformation des organisations, leur compétitivité et leur avenir.
Ces responsabilités nourrissent également chez lui un véritable sens entrepreneurial. Au fil de sa carrière, il a vu des entreprises prospérer, se transformer ou parfois disparaître faute d'avoir su anticiper les évolutions de leur marché. Pour lui, l'ingénieur a donc aussi un rôle à jouer dans la capacité des organisations à innover, à se réinventer et à préparer l'avenir.
Après plus de vingt ans chez Thales Alésia Space, il choisit de découvrir un nouvel univers en rejoignant la division avionique de Thales, en tant que responsable de l’ingénierie des équipements, avant d'intégrer Airbus en 2020. Une étape importante pour celui qui se dit particulièrement attaché à la dimension européenne du groupe et à son ancrage territorial.
Diversité, ouverture et sens pratique
Malgré un parcours qui l'a conduit vers de hautes responsabilités industrielles, Jean-Marie Garigue reste profondément attaché au modèle de formation de l'INSA. Il en retient d'abord la diversité. « J'ai eu beaucoup de plaisir à découvrir l'international, à côtoyer des étudiants tunisiens, norvégiens et bien d'autres. Cela ouvre les horizons. »
Cette expérience lui paraît aujourd'hui essentielle dans des entreprises mondiales comme Airbus, où la diversité des parcours nourrit la qualité des décisions.
Il souligne également la force du modèle des sciences appliquées. Les travaux pratiques, les projets et le contact avec le terrain développent un sens concret de la résolution de problèmes qu'il continue de valoriser chez les jeunes ingénieurs.
Mais, à ses yeux, l'INSA forme surtout des ingénieurs capables d'aller au-delà de la technique.
Comprendre le monde pour agir
Jean-Marie Garigue insiste sur l'importance des humanités dans la formation. Elles développent la capacité à analyser, argumenter et dialoguer avec des acteurs très différents. « Les ingénieurs doivent être capables de s'intégrer dans leur environnement et de comprendre le monde dans lequel ils agissent. »
Lecteur d'histoire des sciences et de conquête spatiale, il considère qu'aucune innovation ne peut être pensée indépendamment de son contexte économique, social, environnemental ou géopolitique. Cette compréhension des écosystèmes est devenue selon lui une compétence essentielle. Les entreprises, les technologies et les territoires n'évoluent jamais isolément ; leur performance dépend de leur capacité à interagir avec leur environnement et à aller chercher de l'intelligence à l'extérieur.
Très attaché à sa région d'origine, le Lot, il y voit également une manière de rester connecté aux réalités humaines qui doivent entourer l'innovation.
À cela s'ajoutent d'autres marqueurs du modèle INSA auxquels il reste très attaché : les activités associatives et la pratique sportive obligatoire. « Le sport, la culture, les passions personnelles participent aussi à la formation de l'ingénieur et du développement de sa curiosité. Les entreprises ont besoin de profils ouverts sur le monde, pas seulement de spécialistes enfermés dans leur domaine. »
Former les ingénieurs de demain
Face aux défis contemporains, Jean-Marie Garigue estime que le rôle de l'ingénieur est particulièrement stratégique. Transition climatique, intelligence artificielle, souveraineté technologique ou tensions géopolitiques imposent une approche toujours plus globale des problèmes.
Les compétences scientifiques demeurent fondamentales, mais elles doivent désormais s'accompagner d'autres qualités : apprendre en permanence, exercer son esprit critique, comprendre des écosystèmes complexes et fédérer des équipes.
« Le rôle de l'ingénieur se déplace progressivement de la technique pure vers la capacité à agréger des savoirs, interagir avec différents acteurs et construire une vision. »
Des premiers satellites aux systèmes spatiaux d'Airbus, son parcours illustre une conviction forgée au fil des années : les ingénieurs de demain devront maîtriser les technologies autant que les écosystèmes dans lesquels ils évoluent.
Dans un souci d'alléger le texte et sans aucune discrimination de genre, l'emploi du genre masculin est utilisé à titre épicène.










