[L’Actu – Juillet 2024]

Quand l’hydrogène vert s’invite
de plus en plus dans la formation

Depuis juillet 2022, l’INSA Toulouse est partenaire du projet Genhyo. Piloté par l’Université de Toulouse, ce projet qui vise à accompagner les besoins en compétences de la filière de l’hydrogène décarboné a été lauréat de l’appel à manifestation d’intérêt « Compétences et métiers d’avenir » de France 2030 et récompensé en décembre dernier par le prix du jury lors de la cérémonie des « compétences et métiers d’avenir Awards ». Sandrine Alfenore, référente du projet pour l’INSA Toulouse, dresse un point d’étape sur sa mise en œuvre, notamment en matière de développement de la formation. 

 

Sandrine Alfenore

Sandrine Alfenore

Le premier axe de ce projet concerne le développement de formations pour répondre aux besoins actuels ou à venir de la filière : qu’a-t-on développé à l’INSA Toulouse ?

C’est en effet le premier axe de ce projet dit Genhyo (Génération hydrogène Occitanie), qui a pour ambition de structurer la filière hydrogène en termes de formations pour répondre aux besoins des entreprises de la région Occitanie, de bac-3 à bac+5. Nous nous appuyons pour ce faire sur les diagnostics et les travaux de prospective établis par l’Observatoire des métiers, qui a été mis en place dans le cadre de l’axe 4. Il s’agit de développer des formations initiales ou continues soit dédiées à des métiers, soit « colorées », soit de sensibilisation (aux enjeux et risques de la filière, au marché, etc.).

À l’INSA Toulouse, l’un des 9 établissements d’enseignement supérieur partenaires, deux départements sont impliqués : Génie biochimique (GB) et Génie des Procédés : eau, énergie, environnement (GP3E). Des modules obligatoires ou optionnels en lien avec la filière H2 sont en cours de déploiement. En GB, par exemple, la formation intègre des enseignements sur les biocatalyseurs qui permettent de produire ou d’utiliser l’hydrogène vert. En GP3E, nous avons prévu de dispenser des modules sur la production et le stockage d’hydrogène. Il s’agit soit d’insuffler des éléments de base sur les enjeux de la filière, soit d’aller plus loin pour que nos ingénieurs aient une expertise dans ce domaine, s’ils le souhaitent. Il y a de vrais défis à relever pour nos ingénieurs pour décarboner nos industries. Grâce à ces modules, ils pourront contribuer aux transformations à venir.

 

Quels sont les besoins qui ont déjà été identifiés ?

Nous sommes en train d’élaborer une cartographie des métiers. Nous savons qu’il va y avoir des besoins du niveau bac pro à ingénieur : en maintenance industrielle, en informatique/électronique, en procédés, etc. Nous avons par exemple des besoins immédiats pour l’entretien et la maintenance des stations de recharge en hydrogène. Nous savons aussi que nous devons former des ingénieurs à la fabrication des électrolyseurs et plus largement sur les aspects production/stockage. Le pic concernant le besoin en compétences en la matière est attendu l’an prochain.

 

Le projet va-t-il permettre de financer des équipements spécifiques ?

En appui de ces modules, il est prévu l’achat de matériel et le financement de plateformes technologiques. Mais nous disposerons surtout, à partir de septembre 2026, d’installations mutualisées sur le techno-campus de Francazal. Sur 8 000 m² de surface, 500 m² seront dédiés à cette plateforme pédagogique.

 

Où en êtes-vous concernant la formation des formateurs ?

Nous avons prévu de former 1 500 formateurs sur 5 ans. La formation a été déployée cette année et a déjà concerné une vingtaine de personnes. À l’INSA Toulouse, l’objectif est d’en former entre 5 et 10, mais j’espère arriver à mobiliser davantage d’enseignants, notamment à l’occasion du Festival Futurs Proches – Campus en transition qui se déroulera à Toulouse le 3 octobre prochain.

 

Je crois que c’est une filière d’avenir et qu’on a notre carte à jouer

en y formant nos ingénieurs !

 

Pourquoi avoir choisi de soutenir le développement de cette filière régionale ?

Ici, les deux départements qui ont répondu à l’appel à projets ont déjà des activités de recherche autour des énergies vertes qui irriguent la formation. C’est le cas par exemple de TBI (Toulouse Biotechnology Institute) qui mène des travaux sur les procédés/bioprocédés de production et d’utilisation de l’hydrogène. Cela s’inscrit aussi dans la lignée de la récente réforme de la maquette de formation de l’INSA Toulouse qui intègre les enjeux de transformation sociale et environnementale : or, l’hydrogène vert fait partie des nouveaux vecteurs énergétiques d’intérêt. Il était donc logique que l’on soit partie prenante.

 

Après les 5 ans de financement de l’ANR et la fin du projet prévue fin 2027, cette dynamique d’adaptation de la formation aux métiers de l’hydrogène décarboné perdurera-t-elle ?

Nous avons l’ambition de pérenniser ces actions de formation en conservant cette flexibilité pour nous adapter aux besoins en emplois. Ce secteur a vocation à être porté par la Région. Et je ne vois pas comment on pourrait s’arrêter en 2027 alors que les projections qui ont été faites jusqu’en 2050 montrent qu’il y aura de vrais besoins. De mon côté, j’ai accepté de prendre les rênes du projet à l’INSA Toulouse car je crois que c’est une filière d’avenir. Et plus le projet avance, plus je suis convaincue qu’on a notre carte à jouer en y formant nos ingénieurs !

 

Rédaction : Camille Pons, journaliste

 

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J'ai toujours été passionné par les avions. 

Après une rentrée en classe préparatoire, il réalise rapidement que ce modèle ne lui correspond pas pleinement. Il trouve alors à l'INSA un équilibre entre exigence académique et ouverture à d'autres centres d'intérêt.

J'aimais aussi lire, sortir, avoir une vie en dehors des études. 

Le choix du génie électrique s'impose ensuite naturellement. Pour celui qui rêve d'aéronautique, cette spécialité représente alors « le centre nerveux des avions ».

 

De la technologie au collectif

Diplômé, après des stages à Motorola, Jean-Marie Garigue rejoint Alcatel, où il travaille sur des systèmes de traitement du signal et de l'image pour satellites. Guidé par son goût pour les technologies, il poursuit ensuite son parcours chez Alcatel puis Thales, dans des domaines aussi variés que les radars, la cybersécurité, la navigation, l'observation optique ou les télécommunications spatiales.

Au fil des années, se renforce cette idée que la performance technique seule ne suffit pas.

La performance technique a besoin de la performance collective pour conserver une longueur d'avance. 

Cette conviction l'amène vers le management de projets puis vers des fonctions de direction. Dans une famille d'enseignants où l'accomplissement collectif comptait davantage que les titres, il voit dans ces responsabilités une occasion d'agir sur la transformation des organisations, leur compétitivité et leur avenir.

Ces responsabilités nourrissent également chez lui un véritable sens entrepreneurial. Au fil de sa carrière, il a vu des entreprises prospérer, se transformer ou parfois disparaître faute d'avoir su anticiper les évolutions de leur marché. Pour lui, l'ingénieur a donc aussi un rôle à jouer dans la capacité des organisations à innover, à se réinventer et à préparer l'avenir.

Après plus de vingt ans chez Thales Alésia Space, il choisit de découvrir un nouvel univers en rejoignant la division avionique de Thales, en tant que responsable de l’ingénierie des équipements, avant d'intégrer Airbus en 2020. Une étape importante pour celui qui se dit particulièrement attaché à la dimension européenne du groupe et à son ancrage territorial.

Diversité, ouverture et sens pratique

Malgré un parcours qui l'a conduit vers de hautes responsabilités industrielles, Jean-Marie Garigue reste profondément attaché au modèle de formation de l'INSA. Il en retient d'abord la diversité. « J'ai eu beaucoup de plaisir à découvrir l'international, à côtoyer des étudiants tunisiens, norvégiens et bien d'autres. Cela ouvre les horizons. »

Cette expérience lui paraît aujourd'hui essentielle dans des entreprises mondiales comme Airbus, où la diversité des parcours nourrit la qualité des décisions.
Il souligne également la force du modèle des sciences appliquées. Les travaux pratiques, les projets et le contact avec le terrain développent un sens concret de la résolution de problèmes qu'il continue de valoriser chez les jeunes ingénieurs.
Mais, à ses yeux, l'INSA forme surtout des ingénieurs capables d'aller au-delà de la technique.

Comprendre le monde pour agir

Jean-Marie Garigue insiste sur l'importance des humanités dans la formation. Elles développent la capacité à analyser, argumenter et dialoguer avec des acteurs très différents. « Les ingénieurs doivent être capables de s'intégrer dans leur environnement et de comprendre le monde dans lequel ils agissent. »

Lecteur d'histoire des sciences et de conquête spatiale, il considère qu'aucune innovation ne peut être pensée indépendamment de son contexte économique, social, environnemental ou géopolitique. Cette compréhension des écosystèmes est devenue selon lui une compétence essentielle. Les entreprises, les technologies et les territoires n'évoluent jamais isolément ; leur performance dépend de leur capacité à interagir avec leur environnement et à aller chercher de l'intelligence à l'extérieur.

Très attaché à sa région d'origine, le Lot, il y voit également une manière de rester connecté aux réalités humaines qui doivent entourer l'innovation.

À cela s'ajoutent d'autres marqueurs du modèle INSA auxquels il reste très attaché : les activités associatives et la pratique sportive obligatoire. « Le sport, la culture, les passions personnelles participent aussi à la formation de l'ingénieur et du développement de sa curiosité. Les entreprises ont besoin de profils ouverts sur le monde, pas seulement de spécialistes enfermés dans leur domaine. »

Former les ingénieurs de demain

Face aux défis contemporains, Jean-Marie Garigue estime que le rôle de l'ingénieur est particulièrement stratégique. Transition climatique, intelligence artificielle, souveraineté technologique ou tensions géopolitiques imposent une approche toujours plus globale des problèmes.

Les compétences scientifiques demeurent fondamentales, mais elles doivent désormais s'accompagner d'autres qualités : apprendre en permanence, exercer son esprit critique, comprendre des écosystèmes complexes et fédérer des équipes.
« Le rôle de l'ingénieur se déplace progressivement de la technique pure vers la capacité à agréger des savoirs, interagir avec différents acteurs et construire une vision. »

Des premiers satellites aux systèmes spatiaux d'Airbus, son parcours illustre une conviction forgée au fil des années : les ingénieurs de demain devront maîtriser les technologies autant que les écosystèmes dans lesquels ils évoluent.

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