[L’Actu – Octobre 2024]

Mettre au point des outils d’aide à la décision pour lutter contre la surchauffe urbaine

Le LMDC vient de se lancer dans un projet national d’envergure : celui-ci vise à mettre au point des outils d’évaluation pour que les acteurs de l’aménagement urbain puissent faire les bons choix de solutions pour lutter contre les phénomènes de surchauffe urbaine. Les 70 partenaires engagés dans l’aventure devront, d’ici 2028, caractériser, évaluer et comparer des solutions en s’appuyant sur ce qui s’est déjà fait mais aussi sur des démonstrateurs « grandeur nature », dont la Grande rue Saint-Michel à Toulouse.

a.C’est une réalité croissante, les villes et les acteurs de l’aménagement s’interrogent sur les leviers qui peuvent permettre de faire face aux fortes chaleurs et rafraîchir l’espace public urbain. Si des solutions sont déployées et expérimentées à différentes échelles (travail sur les matériaux, les sols, les végétaux, l’albédo des surfaces, c’est-à-dire la part des rayonnements solaires qui sont renvoyés vers l’atmosphère…), pour booster les avancées en la matière, il apparaît encore nécessaire, d’une part de faire progresser la compréhension, la conception et l’évaluation de solutions et, d’autre part, de ne pas se contenter de progresser sur ces aspects à la seule échelle d’un laboratoire, mais bien à l’échelle d’un « vrai » aménagement urbain. C’est ici que le projet national collaboratif ISSU (Innovations et solutions face à la surchauffe urbaine) prend tout son sens.

Le LMDC (Laboratoire matériaux et durabilité des constructions) compte parmi les organismes publics et privés engagés dans le projet, avec d’autres organismes de recherche, des maîtres d’ouvrage, des acteurs de l’ingénierie, des entreprises de travaux, des bureaux de contrôle et des industriels. Le travail attendu des 70 partenaires ? Établir un référentiel et une méthodologie pour évaluer l’impact des solutions destinées à réduire la surchauffe urbaine. L’objectif « concret » du projet ? Pouvoir proposer des solutions de rafraîchissement et fournir des outils d’évaluation de ces solutions selon différents contextes pour aider à la décision les acteurs du secteur de l’aménagement, dont les politiques et ainsi promouvoir les bonnes pratiques.

Plus précisément, ce projet, programmé sur 4 ans, va s’articuler autour de trois grands « volets » :

  • caractériser des composants du rafraîchissement urbain et établir un catalogue de ces composants, naturels ou artificiels, avec leurs propriétés thermiques et hydriques ;
  • identifier et mettre en œuvre des outils d’évaluation et d’analyse de la performance globale de ces solutions ; ceux-ci devront permettre de faire des prédictions de comportements de ces solutions dans différents contextes ;
  • mettre en place et suivre des démonstrateurs instrumentés pour tester ces outils.

 

Observer l’impact de solutions installées dans la Grande rue Saint-Michel à Toulouse

Le premier volet sera davantage d’ordre « bibliographique », explique Gilles Escadeillas, professeur des universités embarqué dans l’aventure avec deux autres chercheurs du LMDC, Marion Bonhomme et Stéphane Ginestet. Il va consister à faire « un état des lieux des solutions proposées pour résoudre ces problématiques de chaleur urbaine », complète Stéphane Ginestet. « Ce sera une sorte d’état de l’art des bonnes pratiques afin que les villes puissent se les approprier .»

Les 2e et 3e volets du projet se traduiront, à Toulouse, par le développement d’un jumeau numérique – un travail sur lequel ces chercheurs ont développé une expertise pointue dans le cadre de leurs précédentes recherches-, en s’appuyant sur une « évaluation grandeur nature » de plusieurs solutions qui vont être mises en œuvre dans la Grande Rue Saint-Michel : évaluation incluant des données météo, des suivis de températures au sol, de température ambiante (avec mesures à 1,50 m du sol pour le ressenti du piéton), d’hygrométrie de l’air et de vitesse des vents ainsi que des suivis de perméabilité et d’humidité dans les sols, etc., mais aussi le ressenti des usagers via des questionnaires car celui-ci est important, insiste Gilles Escadeillas, afin de remettre l’usager « au centre des problématiques ».

« Si on peut démontrer scientifiquement l’efficacité des solutions mises en œuvre, on pourra faire changer les idées »

Pourquoi ce lieu ? « Parce que cette rue avait été identifiée par Toulouse Métropole comme étant soumise à des îlots de chaleur – il y a peu de végétalisation, un espace dédié principalement à la circulation motorisée, la voirie est faite en enrobé noir… – et qu’elle devait être rénovée », explique le chercheur. « Toulouse Métropole a proposé ce démonstrateur au projet national en nous y associant pour la partie scientifique : nous aurons ainsi l’opportunité, en plus des données qui avaient été collectées avant sa rénovation, de l’instrumenter pour collecter les données durant les travaux – ceux-ci ont démarré en septembre et vont durer 18 mois – mais aussi après, durant 4 ans. Et nous pourrons évaluer ainsi en quoi les solutions choisies pour ce réaménagement peuvent contribuer à abaisser les températures ».

L’équipe vient d’apprendre que la Grande rue Saint-Michel a été sélectionnée parmi les démonstrateurs intégrés au projet. Les travaux de recherche spécifiques à ce lieu vont être confiés à un doctorant dans le cadre d’une thèse co-financée par l’Université libanaise et l’INSA. L’enjeu est important, poursuit Gilles Escadeillas. « Si nous parvenons à démontrer scientifiquement l’efficacité des solutions mises en œuvre, nous pourrons faire changer les mentalités et faire en sorte que les politiques optent davantage pour des solutions garantissant un abaissement des niveaux de chaleur ressentis. Et ça, dans un délai relativement court grâce à un démonstrateur dans lequel nous allons tester de vraies solutions, dans la vraie vie ! »

Le site web du projet et les ressources : projet ISSU

 

Quelques solutions qui vont être évaluées dans la Grande rue Saint-Michel

Parmi les solutions qui vont être mises en œuvre dans le démonstrateur toulousain figurent :

  • un aménagement privilégiant la pluridisciplinarité des voies (motorisée sur une seule voie et un seul sens, vers la ville, cyclable avec 2 825 m² de piste dédiée, et piétonne sur 8 350 m²) ;
  • la végétalisation de 750 m² (plantation de massifs et de 41 arbres) ;
  • l’utilisation d’enrobé grenaillé pour 4 000 m² de voirie (plus clair qu’un enrobé classique, il doit permettre l’amélioration de l’albédo des surfaces) ;
  • la perméabilisation des sols pour permettre l’évapotranspiration (revêtement de stationnement en granit gris à joints perméables) ;
  • l’instauration d’un système permettant de collecter les eaux pour arroser les arbres, selon le principe des tranchées de Stockholm ; il consiste à creuser des fosses remplies d’un mélange pierre/terre, dans lesquelles les racines des arbres se plongent facilement et sont alimentées en eau de pluie récupérée via un système de puits et dirigée vers le substrat de roches et de gravats qui agit alors comme un bassin de stockage.

 

Rédaction : Camille Pons, journaliste

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J'ai toujours été passionné par les avions. 

Après une rentrée en classe préparatoire, il réalise rapidement que ce modèle ne lui correspond pas pleinement. Il trouve alors à l'INSA un équilibre entre exigence académique et ouverture à d'autres centres d'intérêt.

J'aimais aussi lire, sortir, avoir une vie en dehors des études. 

Le choix du génie électrique s'impose ensuite naturellement. Pour celui qui rêve d'aéronautique, cette spécialité représente alors « le centre nerveux des avions ».

 

De la technologie au collectif

Diplômé, après des stages à Motorola, Jean-Marie Garigue rejoint Alcatel, où il travaille sur des systèmes de traitement du signal et de l'image pour satellites. Guidé par son goût pour les technologies, il poursuit ensuite son parcours chez Alcatel puis Thales, dans des domaines aussi variés que les radars, la cybersécurité, la navigation, l'observation optique ou les télécommunications spatiales.

Au fil des années, se renforce cette idée que la performance technique seule ne suffit pas.

La performance technique a besoin de la performance collective pour conserver une longueur d'avance. 

Cette conviction l'amène vers le management de projets puis vers des fonctions de direction. Dans une famille d'enseignants où l'accomplissement collectif comptait davantage que les titres, il voit dans ces responsabilités une occasion d'agir sur la transformation des organisations, leur compétitivité et leur avenir.

Ces responsabilités nourrissent également chez lui un véritable sens entrepreneurial. Au fil de sa carrière, il a vu des entreprises prospérer, se transformer ou parfois disparaître faute d'avoir su anticiper les évolutions de leur marché. Pour lui, l'ingénieur a donc aussi un rôle à jouer dans la capacité des organisations à innover, à se réinventer et à préparer l'avenir.

Après plus de vingt ans chez Thales Alésia Space, il choisit de découvrir un nouvel univers en rejoignant la division avionique de Thales, en tant que responsable de l’ingénierie des équipements, avant d'intégrer Airbus en 2020. Une étape importante pour celui qui se dit particulièrement attaché à la dimension européenne du groupe et à son ancrage territorial.

Diversité, ouverture et sens pratique

Malgré un parcours qui l'a conduit vers de hautes responsabilités industrielles, Jean-Marie Garigue reste profondément attaché au modèle de formation de l'INSA. Il en retient d'abord la diversité. « J'ai eu beaucoup de plaisir à découvrir l'international, à côtoyer des étudiants tunisiens, norvégiens et bien d'autres. Cela ouvre les horizons. »

Cette expérience lui paraît aujourd'hui essentielle dans des entreprises mondiales comme Airbus, où la diversité des parcours nourrit la qualité des décisions.
Il souligne également la force du modèle des sciences appliquées. Les travaux pratiques, les projets et le contact avec le terrain développent un sens concret de la résolution de problèmes qu'il continue de valoriser chez les jeunes ingénieurs.
Mais, à ses yeux, l'INSA forme surtout des ingénieurs capables d'aller au-delà de la technique.

Comprendre le monde pour agir

Jean-Marie Garigue insiste sur l'importance des humanités dans la formation. Elles développent la capacité à analyser, argumenter et dialoguer avec des acteurs très différents. « Les ingénieurs doivent être capables de s'intégrer dans leur environnement et de comprendre le monde dans lequel ils agissent. »

Lecteur d'histoire des sciences et de conquête spatiale, il considère qu'aucune innovation ne peut être pensée indépendamment de son contexte économique, social, environnemental ou géopolitique. Cette compréhension des écosystèmes est devenue selon lui une compétence essentielle. Les entreprises, les technologies et les territoires n'évoluent jamais isolément ; leur performance dépend de leur capacité à interagir avec leur environnement et à aller chercher de l'intelligence à l'extérieur.

Très attaché à sa région d'origine, le Lot, il y voit également une manière de rester connecté aux réalités humaines qui doivent entourer l'innovation.

À cela s'ajoutent d'autres marqueurs du modèle INSA auxquels il reste très attaché : les activités associatives et la pratique sportive obligatoire. « Le sport, la culture, les passions personnelles participent aussi à la formation de l'ingénieur et du développement de sa curiosité. Les entreprises ont besoin de profils ouverts sur le monde, pas seulement de spécialistes enfermés dans leur domaine. »

Former les ingénieurs de demain

Face aux défis contemporains, Jean-Marie Garigue estime que le rôle de l'ingénieur est particulièrement stratégique. Transition climatique, intelligence artificielle, souveraineté technologique ou tensions géopolitiques imposent une approche toujours plus globale des problèmes.

Les compétences scientifiques demeurent fondamentales, mais elles doivent désormais s'accompagner d'autres qualités : apprendre en permanence, exercer son esprit critique, comprendre des écosystèmes complexes et fédérer des équipes.
« Le rôle de l'ingénieur se déplace progressivement de la technique pure vers la capacité à agréger des savoirs, interagir avec différents acteurs et construire une vision. »

Des premiers satellites aux systèmes spatiaux d'Airbus, son parcours illustre une conviction forgée au fil des années : les ingénieurs de demain devront maîtriser les technologies autant que les écosystèmes dans lesquels ils évoluent.

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