Marion BONHOMME
Œuvrer pour une ville durable
Marion Bonhomme a suivi son cursus à l’INSA Toulouse, à la fois d’ingénieur et d’architecte grâce au double-diplôme monté avec l’École nationale supérieure d’architecture de Toulouse (ENSA). Et c’est ici qu’elle développera une spécialisation en pointe au regard des enjeux actuels, puisqu’elle orientera ses recherches, qui nourriront aussi son enseignement dans le Génie civil, autour d’une question devenue particulièrement prégnante : comment adapter nos villes aux canicules et à la surchauffe urbaine, tout en préservant le confort des habitants et en limitant les consommations d’énergie ?
Avignonnaise d’origine, Marion Bonhomme a, dès son bac en poche, déroulé quasiment tout son parcours dans les murs de l’INSA Toulouse.
Une école qu’elle avait choisie au départ pour sa dimension généraliste, « très rassurante », puisqu’elle lui laissait le temps de choisir entre plusieurs options.
C’est également ici qu’elle décrochera un doctorat, en 2013, puis sera titularisée en 2017 en tant que Maîtresse de conférences rattachée au LMDC (Laboratoire matériaux et durabilité des constructions), après avoir fait ses premières années au laboratoire de recherche en architecture (LRA) de l’ENSA.
La certitude qu’il faut faire de la recherche orientée sur les enjeux environnementaux
Ce parcours, elle semblait y être prédestinée dès son entrée à l’INSA, puisqu’elle avait déjà la volonté de faire de la recherche, même si elle se voyait plutôt en biologie, parce qu’elle ne savait pas que l’on pouvait faire de la recherche en Génie civil. Elle découvrira à l’INSA Toulouse qu’il est effectivement possible de faire de la recherche dans ce domaine et acquerra également la certitude qu’il faut désormais mener celle-ci en prenant en compte les enjeux environnementaux dans les constructions – d’ailleurs, son diplôme d’ingénieur sera estampillé de l’option Génie climatique -. Et ce à l’échelle de la ville, devenue depuis son « terrain de jeu » de prédilection.
Le déclic se fera à l’aune de sa première expérience professionnelle au sein d’un bureau de contrôle, durant son stage de fin d’études puis en tant que salariée de 2008 à 2010 en parallèle de ses deux dernières années d’études en architecture. Elle y fera de l’assistance à maîtrise d’ouvrage en qualité environnementale et performance énergétique des bâtiments, ce qui réveillera son envie de faire de la recherche. « C’est à ce moment-là que j’ai vu les limites des approches à l’échelle du bâtiment et des certifications environnementales », se souvient la chercheuse. « Dans le privé, l’objectif premier est d’être rentable. Du coup, on a rarement le temps de creuser les questions scientifiques qui peuvent émerger. On faisait souvent le minimum pour obtenir la certification et lorsque nous agissions, c’était seulement à l’échelle d’un bâtiment. C’est là que l’idée de faire de la recherche est revenue, avec la certitude qu’il y avait un intérêt à travailler sur une échelle plus large, la ville. »
Elle débutera ses travaux au LRA puis au LMDC, où elle avait réalisé sa thèse, déjà voulue à l’échelle urbaine, au croisement de l’architecture et de l’ingénierie. Cette thèse visait à « étudier les interactions entre l’évolution de la ville et celle du climat à travers différents scénarios sur 100 ans, et à imaginer comment on pourrait atténuer l’augmentation de la chaleur et s’adapter au changement climatique », explique Marion Bonhomme. Non seulement cette thèse confirmera la pertinence de l’orientation, puisqu’elle lui vaudra le Prix spécial de la thèse sur la ville, mais, en plus, elle posera les bases de tous ses futurs travaux.
La titularisation à l’INSA Toulouse : un coup d’accélérateur à ses recherches
En effet, aujourd’hui, toutes les activités de recherche de Marion Bonhomme sont reliées aux questions de la ville, du climat et de l’énergie, plus particulièrement autour de l’adaptation des villes aux canicules. Elles prennent trois formes complémentaires :
- la modélisation multi-échelles des interactions ville-énergie-climat (simulations microclimatiques, modélisation de la rénovation énergétique des bâtiments et confort estival) ;
- la caractérisation des matériaux urbains et l’expérimentation in situ (pour valider les modélisations énergie-climat) ;
- le transfert des connaissances aux acteurs opérationnels de l’aménagement urbain confrontés à l’urgence de prendre des décisions face aux canicules.
Et c’est sa titularisation à l’INSA Toulouse en 2017 qui va « booster » ses travaux. « J’ai eu accès à des collaborations auxquelles je n’avais pas pu prétendre jusque-là, en particulier avec des industriels du bâtiment pour travailler sur des matériaux moins défavorables au climat », explique la chercheuse, qui est aussi élue au Conseil d’administration et membre du Conseil de laboratoire du LMDC. « Et cela m’a permis de dégager deux grands volets à explorer dans mes travaux : le micro-climat et la rénovation thermique, et le confort d’été à l’échelle du bâtiment. »
Pour la première thématique, des projets ont été menés par exemple avec Météo France et l’Institut Carnot MECD (Matériaux et équipements pour la construction durable). Marion Bonhomme vient par ailleurs de démarrer le projet ADEME ICEtool+, en collaboration avec EGIS, Nobatek et le LRA. Sur la 2e thématique, on peut citer, entre autres, POPSU, un projet mené avec Toulouse Métropole et des laboratoires en sciences sociales et politiques, dont le LISTT (Laboratoire interdisciplinaire solidarités, sociétés, territoires) et le LRA . Son objectif est le déploiement d’un réseau « d’espaces refuges » en cas de canicule, pour que les citoyens puissent se rafraîchir tout en maintenant une vie sociale. Le LMDC a pour mission de faire des recommandations pour le choix et la rénovation des bâtiments pouvant faire office de « lieux frais ». Ainsi, une thèse en cours vise à comparer différentes propositions d’aménagements : isolations, protections solaires, mises en place de systèmes de rafraîchissement mixte (combinaison graduelle de ventilation naturelle, de brasseurs d’air et de climatisation) pour éviter des surconsommations d’énergie.
Toulouse en « living lab »
Trois bâtiments publics toulousains ont été instrumentés dans le cadre de cette thèse, afin d’évaluer si les phénomènes modélisés correspondent au comportement des bâtiments en période de forte chaleur. « Cela constitue une sorte de living lab pour tester les choses dans la vraie vie, comme cela avait déjà été fait à Cahors », précise la chercheuse. « Et d’éclairer certaines questions pour lesquelles il n’y a pas encore de consensus scientifique, comme l’impact de l’inertie thermique en cas de canicule prolongée. »
Autre projet phare que l’on peut évoquer, le projet national collaboratif ISSU (Innovations et solutions face à la surchauffe urbaine), dans lequel Marion Bonhomme s’investit depuis 2024 avec Gilles Escadeillas et Stéphane Ginestet. Celui-ci vise à mettre au point des outils d’évaluation pour que les acteurs de l’aménagement urbain puissent faire les bons choix de solutions pour lutter contre les phénomènes de surchauffe urbaine (lire « Mettre au point des outils d’aide à la décision pour lutter contre la surchauffe urbaine »).
Convaincre ses étudiants que l’interdisciplinarité est la clé face aux défis environnementaux
Au-delà du coup d’accélérateur donné à ses recherches, la titularisation de Marion Bonhomme à l’INSA Toulouse a eu un autre effet positif : celui de pouvoir nourrir la formation d’ingénieurs de ces avancées scientifiques et des approches à avoir pour relever ces défis sociétaux. Responsable de plusieurs programmes, dont le PTP Génie Urbain (Parcours transversal pluridisciplinaire) ouvert aux étudiants de 5e année des départements de Génie Civil et de Génie des Procédés Eau, Énergie, Environnement, la chercheuse instille cette dimension dans quasiment tous ses enseignements.
Je trouve du sens à mon travail, mais j’aimerais avoir plus d’impact.
Le PTP Génie urbain lui tient d’autant plus à cœur, comme le double-diplôme avec l’ENSA dont elle a aussi repris les rênes, parce que ces programmes proposent, entre autres approches, des croisements de plusieurs disciplines. Or la chercheuse est convaincue que les réponses aux questionnements que posent les défis sociétaux et environnementaux actuels « se trouvent dans l’interdisciplinarité ». « L’INSA m’a permis de créer une véritable synergie entre ma thématique de recherche et mes enseignements », explique-t-elle. « Que j’ai aussi pu nourrir de mon expérience professionnelle, notamment du constat qu’il existe un manque de collaboration entre les ingénieurs et les architectes, particulièrement dans les toutes premières phases du projet de construction. Or, il y a un réel intérêt à travailler de manière intégrée, en croisant les deux approches, en particulier à l’échelle urbaine où les problématiques sont multiples et complexes ».
La maîtresse de conférences s’évertue donc à former les élèves-ingénieurs avec des architectes, des sociologues, des paysagistes, des écologues, etc. Et entre autres innovations qu’on lui doit en ce sens figure l’atelier-interformations (lire « Œuvrer pour la ville en interdisciplinarité »), qu’elle anime au sein du PTP Génie urbain : un apprentissage par défi sur cinq jours pour penser la transition environnementale d’un quartier de Toulouse Métropole, en réunissant au moins quatre formations de l’Université de Toulouse (ingénierie, architecture, géographie et sciences politiques).
Enfin, comme toute passionnée, Marion Bonhomme traduit cet intérêt dans son mode de vie. L’enseignante-chercheuse a choisi de vivre en appartement, d’utiliser le vélo, de ne pas prendre l’avion… « pour être cohérente avec ce qu’[elle] enseigne ». Un effort important même si son enthousiasme est « un peu en demi-teinte ». « Je trouve du sens à mon travail, mais j’aimerais avoir plus d’impact. Mais en étant à l’INSA Toulouse, en développant les rapports avec les collectivités locales, nous commençons à être entendus et à voir notre expertise reconnue. De même, nous enseignons à nos étudiants des moyens d’agir et de s’adapter au climat, donc à ne pas être impuissants, et nous leur donnons aussi des arguments dont ils vont pouvoir se servir face aux maîtres d’ouvrage. »
Rédaction : Camille Pons, journaliste
INSA Toulouse
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