[L’Actu – Juillet 2026]
La technique, mais jamais sans les sciences humaines
L’intérêt pour les sciences humaines au sein d’une formation scientifique et technique d’ingénieur n’est pas nouveau. Les premières formations d’ingénieur s’intéressaient déjà, dès le 18e siècle, au concept de progrès avant d’interroger, au 19e siècle, la façon dont les avancées technologiques faisaient évoluer les premières manufactures vers les entreprises. Et depuis le milieu du 20e siècle, elles privilégient une approche que résume ainsi la directrice du Centre des sciences humaines (CSH), Béatrice Jalenques-Vigouroux : « comment former des ingénieur.e.s pour qu’ils ou elles contribuent à ce que les sociétés soient heureuses tout en s’épanouissant personnellement, ainsi que leurs collègues, donc globalement, comment faire en sorte que les innovations soient ‘bonnes’ pour toute l’humanité ? »
Si l’INSA Toulouse n’est donc pas le premier établissement à intégrer dans son programme l’acquisition de compétences en sciences humaines, il est en revanche « très volontaire » sur le sujet. En témoignent l’existence du Centre des sciences humaines, le volume de cours consacrés aux sciences humaines et sociales (20 % des enseignements sur les 5 années du cursus) et le fait que tous les élèves-ingénieurs de l’école soient concernés par ces cours.
Nous voulons que les étudiants sachent fournir les bonnes informations, dans la bonne langue et avec un minimum d’égard pour leurs interlocuteurs.
À travers ces cours élaborés par les 20 enseignants permanents et 150 vacataires du CSH, nous cherchons d’abord à faire en sorte « que les futurs ingénieurs sachent fournir les bonnes informations, dans la bonne langue et avec le bon langage selon s’ils s’adressent à leur équipe, à leurs clients ou à leur hiérarchie, et avec un minimum d’égard pour leurs interlocuteurs », précise Béatrice Jalenques-Vigouroux. Deuxième grand objectif, qu’ils « comprennent l’organisation dans laquelle ils vont évoluer - d’où des cours sur la finance, le management, le marketing, etc. -, mais aussi la dimension culturelle dans laquelle ils vont évoluer, de façon à trouver les bons mots et les bonnes expressions selon les cultures auxquelles ils s’adressent. D’où le recrutement, en priorité, de ‘natifs’ pour enseigner les langues étrangères, parce que ce sont ces derniers qui connaissent le mieux ce cadre ».
Si les compétences recherchées ont évolué avec le temps - tout comme la forme adoptée pour les enseigner -, c’est parce que les enseignants du CSH ont su nourrir leurs réflexions de différentes manières. D’abord via des réseaux comme celui d’Ingenium, qui regroupe les enseignants en sciences humaines et sociales des formations en ingénierie, ou celui d’UPLEGESS, qui réunit les professeurs de langues des grandes écoles et des établissements supérieurs. Ensuite, en faisant remonter les attentes du « terrain ».
Des questions d’éthique à l’IA : depuis 2010, l’intégration progressive de nouveaux enjeux.
Dans la même lignée, des ingénieurs en poste sont conviés au sein de conseils de perfectionnement. Ces conseils servent à faire remonter les enjeux émergents du moment. C’est ainsi que l’on a pris progressivement en compte les questions d’éthique à partir de 2010, puis les enjeux sociaux-écologiques depuis 2017 et aujourd’hui l’IA. Le dernier conseil qui s’est déroulé le 4 mai, a, quant à lui, mis en exergue de nouvelles attentes concernant leurs futurs collaborateurs. « Alors qu’au début des années 2010, les entreprises aspiraient à ce que l’on apprenne la loyauté aux étudiants pour qu’ils restent fidèles à l’entreprise, aujourd’hui, elles attendent davantage qu’ils soient capables de percevoir l’environnement globalisé et complexe dans lequel ils vont évoluer. Ils sont donc fortement invités à ouvrir leur esprit, via des séjours à l’étranger ou autres expériences hors de l’INSA », résume la directrice du CSH.
Autre attente importante, que ces futurs ingénieurs soient porteurs d’une dimension éthique, qu’ils soient sensibles à la question des discriminations et soucieux de leurs collègues tout autant que de leurs actes. Enfin, les intervenants extérieurs ont souligné l’intérêt d’introduire « la culture de l’échec », donc d’amener ces étudiants à comprendre davantage un cheminement plutôt que de les encourager à faire un exercice parfait. « Parce que se tromper permet de tirer des leçons », éclaire Béatrice Jalenques-Vigouroux. « Il s’agit donc de déconstruire le métier d’élève, dans ce cas où le processus devient plus important que de réussir l’exercice. »
Résultat, le programme connaîtra encore des évolutions à la rentrée prochaine. Elles se traduiront notamment par le renforcement des dimensions d’interculturalité et de la prise en compte des enjeux socio-écologiques, ainsi que le lancement d’une expérience pilote sur la médiation scientifique et d’un module d’ouverture sur la conduite du changement, qui sera orienté sur le management de la complexité.
Rédaction : Camille Pons
INSA Toulouse
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