[L’Actu – Octobre 2023 ]

Jean-Yves Dauxois, un nouveau « pilote » pour accompagner l’évolution de la formation

Jean-Yves Dauxois a pris ses fonctions de Directeur des Études et de la Formation de l’INSA Toulouse le 1er septembre 2023. Déjà connaisseur de l’établissement où il évoluait en tant que Professeur de Statistique depuis 2012 et Directeur du Département GMM de 2018 à 2021, il prend les manettes d’un poste qu’il a déjà expérimenté durant deux ans à l’École Centrale de Casablanca. Sa mission principale : assurer le portage politique de la formation sur l’établissement.

En quoi consiste votre mission ?

Ces dernières années, un travail conséquent de refonte de notre maquette de formation a été mené. Je dois accompagner son déploiement et suivre en particulier la façon dont la feuille de route va se décliner dans les différents départements. Je serai également amené à susciter et guider les nouvelles orientations qui permettront d’améliorer continuellement notre offre de formation sur les années à venir, formation dans laquelle la prise en compte des enjeux climatiques, énergétiques et numériques, notamment, va prendre de plus en plus d’importance. L’organisation de la formation à l’INSA Toulouse nécessite de savoir garder un objectif de cohérence et une vision unifiée de ce que doit être un ingénieur INSA, tout en permettant à chaque département de former les élèves dans leurs différentes spécialités.

Jean-Yves Dauxois

La nouvelle maquette est en partie opérationnelle dès cette année, que reste-t-il à faire ?

Nous avons déjà programmé pour les 3 premières années du cursus les cours qui seront 100 % dédiés aux grands enjeux sociétaux. Il nous reste néanmoins à insérer ces thématiques, dès que cela fait sens, au sein de cours non dédiés, tout au long de la scolarité de nos élèves, afin qu’ils sachent plus tard tenir compte de ces défis dans leurs domaines de spécialité. Nous avons également pour objectif d’adresser davantage l’interdisciplinarité et la complexité. Évolution qu’il va falloir préciser puis mettre en œuvre. Il s’agit en effet de former nos étudiants, au-delà de leur spécialité d’ingénieur, afin qu’ils sachent appréhender un problème dans sa globalité et dialoguer avec tous les spécialistes qui peuvent être impliqués dans un projet. Aujourd’hui, dans notre maquette, il y a encore relativement peu de lieux où les élèves des différents départements peuvent se retrouver pour travailler ensemble et se confronter à une certaine complexité qui transcende leurs domaines respectifs.

 

Quelles sont les grandes étapes de travail à venir ?

Deux groupes mèneront un travail d’observation sur ce qui se met en route dès cette année. Un groupe sera en charge de définir les indicateurs de mesure des impacts de cette nouvelle maquette dans la scolarité de nos étudiants : assiduité, mise à profit du temps libéré, évolutions des pédagogies, impact de l’interdisciplinarité, niveau de réussite et, à plus long terme, sur la perception que les entreprises auront de ces ingénieurs. Un autre groupe de travail effectuera un retour d’expérience sur le travail en mode projet de ces dernières années qui a abouti à cette évolution majeure de la formation. Trois autres groupes seront davantage sur un travail de conception. Le premier réfléchira sur la façon de mettre davantage en contact nos élèves avec les thématiques de l’interdisciplinarité et de la complexité. Un second mènera une réflexion sur la mise en œuvre d’un parcours recherche que nous souhaitons proposer dès la rentrée prochaine. Nous souhaitons en effet former davantage d’ingénieurs docteurs, double-compétence qui est, à titre d’exemple, très recherchée dans le domaine de l’IA. Il s’agit de définir des aménagements qui permettront à nos élèves de se former par et pour la recherche, et ce, bien avant la 5e année où des aménagements sont déjà possibles dans le cadre d’accords avec des masters auxquels nous sommes associés. Et de réfléchir à la façon dont on va pouvoir labelliser ces parcours. Un autre groupe aura pour mission de travailler sur la façon dont on peut introduire davantage la formation à l’IA dans toutes les spécialités et pas seulement en Génie Mathématique et Modélisation et Génie Électrique et Informatique comme c‘est le cas actuellement, car l’IA est maintenant présente dans tous les domaines. Enfin, un dernier travaillera sur l’Approche Par Compétences (APC). Il s’agit principalement de définir les
« savoir-agir » auxquelles nous devons former nos étudiants en sus de leurs compétences techniques : il s’agira d’identifier les compétences qui sont attendues chez tous les ingénieurs et celles qui sont spécifiques à chacune des spécialités, de définir la façon dont on les formera et les évaluera. Une partie que j’aimerais travailler avec le Groupe INSA afin que, là aussi, nous puissions partager une vision commune de ce qu’est un ingénieur INSA et que l’on partage donc la même vision de l’APC.

En quoi l’expérience à la direction des études et de la formation à l’École Centrale va vous aider à piloter la formation ?

Le pilotage de la formation est similaire, même si j’étais auparavant dans une plus petite école : je passe du catamaran au paquebot ! Il y a davantage de personnes impliquées, à coordonner, à accompagner dans une démarche de co-construction pour continuer à faire évoluer la formation.

 

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J'ai toujours été passionné par les avions. 

Après une rentrée en classe préparatoire, il réalise rapidement que ce modèle ne lui correspond pas pleinement. Il trouve alors à l'INSA un équilibre entre exigence académique et ouverture à d'autres centres d'intérêt.

J'aimais aussi lire, sortir, avoir une vie en dehors des études. 

Le choix du génie électrique s'impose ensuite naturellement. Pour celui qui rêve d'aéronautique, cette spécialité représente alors « le centre nerveux des avions ».

 

De la technologie au collectif

Diplômé, après des stages à Motorola, Jean-Marie Garigue rejoint Alcatel, où il travaille sur des systèmes de traitement du signal et de l'image pour satellites. Guidé par son goût pour les technologies, il poursuit ensuite son parcours chez Alcatel puis Thales, dans des domaines aussi variés que les radars, la cybersécurité, la navigation, l'observation optique ou les télécommunications spatiales.

Au fil des années, se renforce cette idée que la performance technique seule ne suffit pas.

La performance technique a besoin de la performance collective pour conserver une longueur d'avance. 

Cette conviction l'amène vers le management de projets puis vers des fonctions de direction. Dans une famille d'enseignants où l'accomplissement collectif comptait davantage que les titres, il voit dans ces responsabilités une occasion d'agir sur la transformation des organisations, leur compétitivité et leur avenir.

Ces responsabilités nourrissent également chez lui un véritable sens entrepreneurial. Au fil de sa carrière, il a vu des entreprises prospérer, se transformer ou parfois disparaître faute d'avoir su anticiper les évolutions de leur marché. Pour lui, l'ingénieur a donc aussi un rôle à jouer dans la capacité des organisations à innover, à se réinventer et à préparer l'avenir.

Après plus de vingt ans chez Thales Alésia Space, il choisit de découvrir un nouvel univers en rejoignant la division avionique de Thales, en tant que responsable de l’ingénierie des équipements, avant d'intégrer Airbus en 2020. Une étape importante pour celui qui se dit particulièrement attaché à la dimension européenne du groupe et à son ancrage territorial.

Diversité, ouverture et sens pratique

Malgré un parcours qui l'a conduit vers de hautes responsabilités industrielles, Jean-Marie Garigue reste profondément attaché au modèle de formation de l'INSA. Il en retient d'abord la diversité. « J'ai eu beaucoup de plaisir à découvrir l'international, à côtoyer des étudiants tunisiens, norvégiens et bien d'autres. Cela ouvre les horizons. »

Cette expérience lui paraît aujourd'hui essentielle dans des entreprises mondiales comme Airbus, où la diversité des parcours nourrit la qualité des décisions.
Il souligne également la force du modèle des sciences appliquées. Les travaux pratiques, les projets et le contact avec le terrain développent un sens concret de la résolution de problèmes qu'il continue de valoriser chez les jeunes ingénieurs.
Mais, à ses yeux, l'INSA forme surtout des ingénieurs capables d'aller au-delà de la technique.

Comprendre le monde pour agir

Jean-Marie Garigue insiste sur l'importance des humanités dans la formation. Elles développent la capacité à analyser, argumenter et dialoguer avec des acteurs très différents. « Les ingénieurs doivent être capables de s'intégrer dans leur environnement et de comprendre le monde dans lequel ils agissent. »

Lecteur d'histoire des sciences et de conquête spatiale, il considère qu'aucune innovation ne peut être pensée indépendamment de son contexte économique, social, environnemental ou géopolitique. Cette compréhension des écosystèmes est devenue selon lui une compétence essentielle. Les entreprises, les technologies et les territoires n'évoluent jamais isolément ; leur performance dépend de leur capacité à interagir avec leur environnement et à aller chercher de l'intelligence à l'extérieur.

Très attaché à sa région d'origine, le Lot, il y voit également une manière de rester connecté aux réalités humaines qui doivent entourer l'innovation.

À cela s'ajoutent d'autres marqueurs du modèle INSA auxquels il reste très attaché : les activités associatives et la pratique sportive obligatoire. « Le sport, la culture, les passions personnelles participent aussi à la formation de l'ingénieur et du développement de sa curiosité. Les entreprises ont besoin de profils ouverts sur le monde, pas seulement de spécialistes enfermés dans leur domaine. »

Former les ingénieurs de demain

Face aux défis contemporains, Jean-Marie Garigue estime que le rôle de l'ingénieur est particulièrement stratégique. Transition climatique, intelligence artificielle, souveraineté technologique ou tensions géopolitiques imposent une approche toujours plus globale des problèmes.

Les compétences scientifiques demeurent fondamentales, mais elles doivent désormais s'accompagner d'autres qualités : apprendre en permanence, exercer son esprit critique, comprendre des écosystèmes complexes et fédérer des équipes.
« Le rôle de l'ingénieur se déplace progressivement de la technique pure vers la capacité à agréger des savoirs, interagir avec différents acteurs et construire une vision. »

Des premiers satellites aux systèmes spatiaux d'Airbus, son parcours illustre une conviction forgée au fil des années : les ingénieurs de demain devront maîtriser les technologies autant que les écosystèmes dans lesquels ils évoluent.

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