[L’Actu – Avril 2025]
AMI CMA :
VERS DES COMPÉTENCES D’AVENIR ?
En appuyant l’évolution de sa formation sur les appels à manifestation d’intérêt « Compétences et métiers d’avenir », l’INSA Toulouse fait d’une pierre deux coups. D’abord former ses futurs ingénieurs à des compétences très fortement attendues sur les filières stratégiques de demain et leur promettre une formation hautement qualitative, puisque les financements ainsi obtenus, ainsi que la mutualisation entre établissements partenaires, permettent d’acquérir des équipements et outils à la pointe et de mettre en place des modalités de formations très innovantes à très court terme.
Six projets, desquels l’INSA Toulouse est partenaire, ont d’ores et déjà été lauréats des premières vagues des appels à manifestation d’intérêt « Compétences et métiers d’avenir », dits AMI CMA. C’est beaucoup et c’est surtout un positionnement pertinent, comme le souligne Claude Maranges, professeur à l’INSA Toulouse qui pilote la plupart de ces projets au titre de sa fonction de directeur du département Formation et Vie étudiante à la COMUE de Toulouse. D’abord parce que « c’est l’occasion de faire évoluer nos contenus pédagogiques pour mieux former nos étudiants et les préparer à intégrer des filières stratégiques où il manque ou manquera des ingénieurs », résume l’enseignant. Car les AMI CMA de France 2030 ont en effet pour objectif d’accélérer le montage ou l’adaptation de formations existantes aux besoins de compétences des nouvelles filières et des métiers d’avenir (tout en repensant en même temps les dispositifs d’information et d’attractivité des métiers concernés). Et les subventions obtenues de l’Agence nationale de la recherche par ce biais, ainsi que la mutualisation des établissements partenaires permettront, non seulement de faire évoluer les contenus des formations, mais aussi d’acquérir des équipements à la pointe pour proposer des modalités de formation expérimentales ou pratiques très innovantes, et ce sur du très court terme.
6 projets en cours et 2 nouveaux déposés
C’est le projet Genhyo (Génération hydrogène Occitanie) qui a ouvert la voie. Lauréat de la première vague en juillet 2022, ce projet vise à accompagner les besoins en compétences de la filière de l’hydrogène décarboné des entreprises de la région Occitanie de bac-3 à bac+5 (lire « Quand l’hydrogène vert s’invite de plus en plus dans la formation » ). Cinq autres projets ont été lauréats après lui : un projet axé sur les technologies quantiques, QUANTEDU, le projet OSMOSE (Occitanie – Sensibilisation et montée en compétence en sécurité) pour développer les compétences en cybersécurité, le projet autour de l’avion bas carbone PEGASE (Processus d’élaboration généralisé de l’avion sans émission), COMETES (Compétences et métiers pour l’espace) dans le domaine du spatial et, depuis 2023, le projet Bio’Occ (Biothérapie & bioproduction en Occitanie), en réponse à une priorité nationale : produire des biomédicaments contre les cancers et les maladies chroniques, et créer les dispositifs médicaux de demain.
Deux autres ont été déposés depuis : un projet qui portera sur l’économie circulaire et un autre qui concernera les éoliennes en mer (porté par l’université de Montpellier, alors que les autres sont portés par la COMUE de Toulouse, sauf celui sur les biothérapies, porté par l’Université de Toulouse). Chaque projet a vocation, en embarquant des partenaires représentant l’écosystème de formation du secondaire au supérieur, sur une ou plusieurs régions selon les thématiques, à couvrir à terme les besoins en recrutement à tous niveaux (techniciens et ingénieurs).
Des projets pour « aller plus loin » : plus d’innovation, plus d’étudiants
Dans tous ces projets, l’INSA Toulouse ne part pas de rien mais poursuit l’idée de développer des approches davantage innovantes et/ou d’augmenter les flux d’étudiants dans des modules dédiés à la formation à ces compétences. Par exemple, pour la thématique cybersécurité, l’Institut a lancé à la rentrée dernière ses premiers TP avancés pour former ses étudiants et ceux d’autres écoles d’ingénieurs sur une « plateforme de cybersécurité », dite cyber range, autour de simulations et d’exercices à mener dans des conditions proches de la réalité (lire « Une nouvelle plateforme pour déployer des TP avancés en cybersécurité » ). Les financements obtenus par l’ANR sur ce projet doivent permettre de doubler les effectifs qui pourront être formés avec ces équipements spécifiques.
S’inscrire dans le projet ciblant l’économie circulaire permettra également d’aller plus loin. Sur ce projet, les financements attendus dans le cadre de l’AMI CMA doivent, par exemple, permettre de mettre en place des démonstrateurs pour récupérer les eaux usées des résidences du campus et apprendre aux étudiants à les purifier et les recycler. Un autre démonstrateur doit également permettre, en collaboration avec l’École nationale supérieure d’architecture Toulouse, d’apprendre aux étudiants à concevoir des bâtiments à énergie positive et en recyclant des matériaux.
Autre exemple, dans le cadre du projet PEGASE consacré à l’avion décarboné, pour répondre aux besoins de formations à bac+5, les partenaires prévoient le développement de formations qui incluront un focus sur l’éco-conception et l’analyse du cycle de vie des produits conçus. Un objectif est également de créer des projets communs entre étudiants de différents niveaux et de différentes formations. Le projet prévoit également, à bac+8, la mise en œuvre d’un important programme doctoral axé sur l’électrification des aéronefs puisque plus de 40 thèses seront financées sur 5 ans couvrant un large spectre de niveaux de maturité technologique. Sur le projet COMETES, l’idée est de développer un parcours coloré spatial sur plusieurs années (lire « À la conquête de l’espace » ), etc. « Tout cela s’inscrit dans la lignée de la réforme de la formation qui avait été initiée avec The Shift Project : nous voulons préparer nos étudiants à être acteurs de ces transitions », résume Claude Maranges. « Qu’ils aient non seulement les compétences techniques, mais aussi les soft skills pour pouvoir mener ensuite les conduites du changement. »
Un projet inter-INSA pour former des ingénieurs issus de milieux plus modestes
Enfin, l’INSA Toulouse s’est positionné sur un projet qui vient tout juste d’être lauréat et s’inscrit exclusivement sur le volet information et attractivité des métiers, puisqu’il vise à redonner une impulsion à l’ouverture sociale dans le recrutement. Baptisé « Horizon INSA » et déjà testé en partie depuis la rentrée 2023, ce projet a été présenté au nom du Groupe INSA. Les INSA ont prévu d’amener davantage d’étudiants issus de milieux modestes ou de territoires isolés jusqu’au niveau ingénieur : en accompagnant les élèves de la seconde à la terminale, en mettant en place un dispositif de recrutement spécifique, en accompagnant ces élèves ensuite au sein de l’INSA, pour les amener jusqu’au diplôme.
Et l’établissement réfléchit d’ores et déjà à se positionner sur la prochaine vague d’AMI CMA, autour d’un projet qui concernera cette fois-ci la filière électronique, car celle-ci manque aussi cruellement de techniciens et d’ingénieurs.
Rédaction : Camille Pons, journaliste
INSA Toulouse
135 avenue de Rangueil
31077 Toulouse cedex 4
Tél : 05 61 55 95 13
Fax : 05 61 55 95 00
J'ai toujours été passionné par les avions.
Après une rentrée en classe préparatoire, il réalise rapidement que ce modèle ne lui correspond pas pleinement. Il trouve alors à l'INSA un équilibre entre exigence académique et ouverture à d'autres centres d'intérêt.
J'aimais aussi lire, sortir, avoir une vie en dehors des études.
Le choix du génie électrique s'impose ensuite naturellement. Pour celui qui rêve d'aéronautique, cette spécialité représente alors « le centre nerveux des avions ».
De la technologie au collectif
Diplômé, après des stages à Motorola, Jean-Marie Garigue rejoint Alcatel, où il travaille sur des systèmes de traitement du signal et de l'image pour satellites. Guidé par son goût pour les technologies, il poursuit ensuite son parcours chez Alcatel puis Thales, dans des domaines aussi variés que les radars, la cybersécurité, la navigation, l'observation optique ou les télécommunications spatiales.
Au fil des années, se renforce cette idée que la performance technique seule ne suffit pas.
La performance technique a besoin de la performance collective pour conserver une longueur d'avance.
Cette conviction l'amène vers le management de projets puis vers des fonctions de direction. Dans une famille d'enseignants où l'accomplissement collectif comptait davantage que les titres, il voit dans ces responsabilités une occasion d'agir sur la transformation des organisations, leur compétitivité et leur avenir.
Ces responsabilités nourrissent également chez lui un véritable sens entrepreneurial. Au fil de sa carrière, il a vu des entreprises prospérer, se transformer ou parfois disparaître faute d'avoir su anticiper les évolutions de leur marché. Pour lui, l'ingénieur a donc aussi un rôle à jouer dans la capacité des organisations à innover, à se réinventer et à préparer l'avenir.
Après plus de vingt ans chez Thales Alésia Space, il choisit de découvrir un nouvel univers en rejoignant la division avionique de Thales, en tant que responsable de l’ingénierie des équipements, avant d'intégrer Airbus en 2020. Une étape importante pour celui qui se dit particulièrement attaché à la dimension européenne du groupe et à son ancrage territorial.
Diversité, ouverture et sens pratique
Malgré un parcours qui l'a conduit vers de hautes responsabilités industrielles, Jean-Marie Garigue reste profondément attaché au modèle de formation de l'INSA. Il en retient d'abord la diversité. « J'ai eu beaucoup de plaisir à découvrir l'international, à côtoyer des étudiants tunisiens, norvégiens et bien d'autres. Cela ouvre les horizons. »
Cette expérience lui paraît aujourd'hui essentielle dans des entreprises mondiales comme Airbus, où la diversité des parcours nourrit la qualité des décisions.
Il souligne également la force du modèle des sciences appliquées. Les travaux pratiques, les projets et le contact avec le terrain développent un sens concret de la résolution de problèmes qu'il continue de valoriser chez les jeunes ingénieurs.
Mais, à ses yeux, l'INSA forme surtout des ingénieurs capables d'aller au-delà de la technique.
Comprendre le monde pour agir
Jean-Marie Garigue insiste sur l'importance des humanités dans la formation. Elles développent la capacité à analyser, argumenter et dialoguer avec des acteurs très différents. « Les ingénieurs doivent être capables de s'intégrer dans leur environnement et de comprendre le monde dans lequel ils agissent. »
Lecteur d'histoire des sciences et de conquête spatiale, il considère qu'aucune innovation ne peut être pensée indépendamment de son contexte économique, social, environnemental ou géopolitique. Cette compréhension des écosystèmes est devenue selon lui une compétence essentielle. Les entreprises, les technologies et les territoires n'évoluent jamais isolément ; leur performance dépend de leur capacité à interagir avec leur environnement et à aller chercher de l'intelligence à l'extérieur.
Très attaché à sa région d'origine, le Lot, il y voit également une manière de rester connecté aux réalités humaines qui doivent entourer l'innovation.
À cela s'ajoutent d'autres marqueurs du modèle INSA auxquels il reste très attaché : les activités associatives et la pratique sportive obligatoire. « Le sport, la culture, les passions personnelles participent aussi à la formation de l'ingénieur et du développement de sa curiosité. Les entreprises ont besoin de profils ouverts sur le monde, pas seulement de spécialistes enfermés dans leur domaine. »
Former les ingénieurs de demain
Face aux défis contemporains, Jean-Marie Garigue estime que le rôle de l'ingénieur est particulièrement stratégique. Transition climatique, intelligence artificielle, souveraineté technologique ou tensions géopolitiques imposent une approche toujours plus globale des problèmes.
Les compétences scientifiques demeurent fondamentales, mais elles doivent désormais s'accompagner d'autres qualités : apprendre en permanence, exercer son esprit critique, comprendre des écosystèmes complexes et fédérer des équipes.
« Le rôle de l'ingénieur se déplace progressivement de la technique pure vers la capacité à agréger des savoirs, interagir avec différents acteurs et construire une vision. »
Des premiers satellites aux systèmes spatiaux d'Airbus, son parcours illustre une conviction forgée au fil des années : les ingénieurs de demain devront maîtriser les technologies autant que les écosystèmes dans lesquels ils évoluent.
Dans un souci d'alléger le texte et sans aucune discrimination de genre, l'emploi du genre masculin est utilisé à titre épicène.










